SCÈNE VI
SALAMBO, bas à Muguette.
Regarde!
Elle fait des passes magnétiques.
BUSSANG, à part.
Ah 1 bon t une séance publique maintenant... (il laisse tomber sa plume. Haut.) Qu’est-ce que j'éprouve? (a part.) Dissimulons !
' SALAMBO, qui a passé K droite, par derrière Bussang.
Dormez, Anatole !
BUSSANG, faisant semblant de lutter *.
Voyons, Salambô, ce que vous faites là est étroit, ma chère... je me suis levé à onze heures... et vous m’endormez à midi et demil
SALAMBO.
Obéissez t
BUSSANG.
Ah!...
Il fait semblant de dormir.
SALAMBO, à Muguette.
Crois-tu au magnétisme, maintenant?
MUGUETTE
Oh! ouil
SALAMBO, à Bussang.
Que fait en ce moment votre ami Valbreuse ?
BUSSANG.
Il achète la brochure du Major Trichemann.
SALAMBO.
A quoi pense-t-il ?
- BUSSANG.
Au célibat.
SALAMBO.
Que signifient ces points rouges sur votre almanach?
BUSSANG.
L’instant délicieux où nous devons vous renvoyer à vos familles.
SALAMBO.
Pourquoi voulez-vous vous séparer de moi, Anatole?
BUSSANG, larmoyant.
Parce que vous aimez trop les artichauts.
* Muguette, Bussang, Salambô.
SA.LAMBO, k Muguette.
Est-il lucide, hein?
MUGUETTE
C’est horrible !
SALAMBO.
Tu vas voir... la vengeance ! (k Bassang.) Anatole, écrivez I
BUSSANG, prenant la plnme.
Voilà !
Il écrit sons la dictée de Salambd.
SALAMBO, dictant.
« Mon cher tuteur, j’ai le plaisir de vous annoncer que j’épouse mademoiselle Adélaïde Blandin, dite Salambô, jeune fille que j’ai gravement compromise par mes assiduités. »
BUSSANG, s’arrêtant.
Mais non... voyons...
SALAMBO.
Écrivez !
BUSSANG, écrivant.
Ça y est.
SALAMBO.
Signez... cachetez.
Voilà!
Il plie sa lettre et la met sons enveloppe.
SALAMBO.
Mettez l’adresse!
BUSSANG, écrivant.
« A Monsieur... monsieur Dufrison, Batignolles. »
Il va ponr se lever. .
iSALAMBO, plaçant devant loi une feuille de papier timbré, qu'elle tire
de sa poche.
Ce n’est pas fini !
BUSSANG.
Salambô, vous abusez de mon sommeil.
SALAMBO.
Je le veux I
BUSSANG. •
Allez...
SALAMBO, dictant.
Paris, le 19 juillet 1866. Bon' pour francs cinquante mille.