‹ Les chaines de fleurs comédie en un acte mêlée de chantChapitre 19 sur 30 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

MUGUETTE, vivement*.

Ah! mon ami, je ne dis pas cela... je ne m’apercevais pas... il y a des nuages! il pleuvra... ne sortons pas...

Elle s’assied & gauche.

VALBREUSE.

Ne sortons pas!... c’est facile à dire... comme c’est amusant de rester chez soi... comme une bête du Jardin-des- Plantesl... tu sais que j’aime à sortir, à prendre l’air...

MUGUETTE

Au fait, vous avez raison... sortons, malgré la pluie!...

Elle se lève.

VALBREUSE, se levant.

Ah I voilà!... sortir... dépenser de l’argent... toujours... comme s’il ne vaudrait pas mieux rester tranquillement chez soi, à causer... mais non! (Passant à gauche.**) Oh! les femmes... montrer leurs toilettes, se faire conduire au spectacle... Il faut convenir, Muguette, que vous avez un caractère déplorable!

MUGUETTE, peinée.

Moi?...

VALBREUSE.

Oui... depuis quelques jours vous êtes changée!... Vous voulez une chose, une minute après vous changez d’idée...; il faudrait pourtant savoir à quoi vous en tenir... Sortonsnous?... restons-nous?

muguet rE.

Eh bien! restons !...

VALBREUSE.

Mais! si j’ai besQin de sortir, moi? je sens le renfermé que c’est une horreur!

muguette.

Eh bien ! alors, sortons.

VALBREUSE.

Ah! tenez, Muguette, si vous me contrariez toujours comme ça... moi, j’aime mieux en finir tout de suite... ça n’est pas vivre que de se disputer pour des riens!

MütUETTE, avec reproche.

Alfred, vous n’êtes pas franc... vous, autrefois si bon, si bienveillant... je ne sais pourquoi... ou plutôt si... je le sais... et j’ai envie de pleurer... et je ne veux pas pleurer devant vous.

Elle remonte lentement.

* Muguette, Valbreuse.

** Valbreuse, Muguette.

if LES CHAINES DE FLEURS

VALBREÜSE, il part.

Devant le bouillon Duval, un zouave!...

MÜGÜETTE, au fond, se retournant.

Alfred I pourquoi ne pas me dire nettement que vous ne m’aimez plus?

Elle redescend.

VALBREÜSE.

Eh bien ! quand ça serait?... Il arrive tous les jours qu’on croit s’aimer... ou plutôt qu’on croit se convenir... Alors, on fait des projets... ou se berce sur les ailes d’or de la semaine qui vient... puis, on s’aperçoit tout à coup que l’on s’est trompé, que la sympathie est un mythe... Alors, dans ce cas-là...

MÜGÜETTE.

Dans ce cas-là?...

VALBREÜSE.

Dans ce cas-là... on se séparel...

MÜGÜETTE.

On se sépare!... (Portant son mouchoir h ses yeux.) NOUS quitter!... est-ce bien vous qui avez prononcé ce mot-là?...

Valbreuse s'assied en détournant la tête.

Air : Berthe, croyez-moi ( Piano de Berthe).

Lorsque, ce matin, causant d’avenir,

Un passé joyeux à nous vint s’offrir,

Ne disiez-vous pas :

• Si de la tonnelle

• Le lilas est mort, mon amour fidèle

• Survit au lilas? »

VALBREÜSE.

Moi... je disais ça?...

MÜGÜETTE.

Même air.

Mais c’était folie... et, je lésais bien,

Du passé joyeux il ne reste rien.

L’abandon, hélas I Est à notre porte!... *

Adieu, mon amour!... le printemps l’emporte Avec les lilas !

Elle tomba assise sur le canapé.

VALBREÜSE, h part, se leraat. ,

Je suisémul... tenons ferme!... passer pour le successeur d’Une Chaîne aux yeux de Bussang... jamais ! (Haut.) Je veux être franc !... je ne vous aime plus !...

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