ADOLPHE HAVARD, ÉDITEUR
RUE SAIITT- JACQUF8 , S34.
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OBADUATE «CHOOl OF (èUSINESS AOMtNiSTRATIÔ»
AVERTISSEMENT DE L'ÈDITEtJR.
Les Chaînes de V Esclavage ^ comme nous l'avons dit dans notre Prospectus, furent composées dans la langue aiiglaise , quinze ans avant notre révolution.
Nous saisissons Toccasion dé le répéter ici , car l'époque de la composition de cet ouvrage prouve de la manière la plus incontestable, que Marat avaît^ en 1774? l^s mêmes idées, la même haine pour les tyrans et toutes leurs atrocités , que lorsque la révolution éclata.
Maintenant doit-on être surpris qu'il ait poursuivi le crime avec cette persévérance , cette activité qu'on trouve rarement , même dans ceux qui se dévouent aux intérêts de la chose publique ? Non.
Pressé par le temps , nous n'avons pu placer en tête de cette édition, une notice détaillée sur la vie
et les ouvrages de ce citoyen; un jour, nous en avons l'espoir , nous nou$ en occuperons.
Le portrait place en tête de cette édition est d'une ressemblance parfaite ; nous pouvons l'affirmer.
I^a peinture dont s'est servi l'artiste nous a été confiée par la sœur même de Marat; et jamais cette peinture n'avait été prise pour modèle. Il sera facile de s'en convaincre par la comparaison que chacun pourra faire avec les autres portraits de Marat publiés jusqu'à ce jour, qui, à quelques exceptions près, ne sont , de l'aveu de la sœur de Marat, que d'ignobles caricatures. .
Qu'il nous soit permis de consigner ici toute la reconnaissance que nous Hevons à mademoiselle Marat, femme remarquable : par son amour pour la patiie , son caractère noble et indépendant , sont esprit et ses connaijssances.
DISCXHJRS PaELIMINAIRE.
Lorsque dlioiribles convulsions torturent les entrailles da la patrie , c'est un devoir pour tout homme de cœur de s'occuper de politique; et jamais oela né fut pbis éminemment utile qu'aujourd'hui, où la patrie a dans son propre sein le poison de la monarchie. Ce n'est pas qu'on ne puisse être honnête homme et pourvu d'estimables qualités, sans examiner à chaque instant de la vi&, p(Mr ainsi dire , la marche gouvernementale. On peut être bon éjpoux, bon père , plein d'empressement à obliger ses amis : mais là ne se bornent pas les devoirs du vrai citoyen. L'homme qui ne porte intérêt qu'à ce qui l'entoure, n'a qu'une fraction, de vertu ; il n'est point égoïste par rapporta ceux qu'il connaît, qu'il affectionne, mais, il l'est certainement par rapport aux masses.
La politique, peuples, ne l'oubliez pas, c'est la science du gouvernement; et s'en occuper, c'est exercer un contrôle perpétuel sur les actes des hommes arrivés au pouvoir. Lors même qu'ils sont de votre choix, les surveiller est pour vous un devoir de tous les înstans. Un grand homme à cjui la France,
— ÏV
le monde entier même, est redevable des plus importantes améliorations introduites dans le système social a écrit: Quand uii citoyen dit que m'importe, la patrie est perdue.
Aussi , rendre les hommes incfîfféretis sur ce qui doit les intéresser tous et le plus, ce fut toujours le plan des tyrans, de ces hommes qui posent des barrières sur la terre, taillent le genre humain par portions qu'ils se distribuent à leur fantaisie^
De pareilles, idées révoltent plus ou pioins les citoyens^ fieloQ qu'ils sont plus ou iDoins avan&és danâ leur éducation politique. Aussi, que l'on feuillette les. annales «de Thistoire , on verra que les princes en généralont tous travaillé à entraver l'esprit humain dans sdn.mouvement de progression* Et quand ils en viennent à leurs fins , ils font de prétendues concessions aux peuples et viennent effrontément leur dire que leur bonheur est l'objet de toute leur sollicitude.: Hypocrisie et profonde et raffinée en même temps ! Gomme si chez eux tout ^ la plupart du temps, n'était pas calcul depuiâ la cruauté jusqu'à la clémence ! ils jouent avec la vie des hommes; on ne saurait jamais trop le répéter aux nations jusqu'à persuasion complète.
Eh! mon Dieu, pour être convaincu sur l'heure , il ne faut que prendre connaissance des faits , et ceux de notre époque sont bien suffisans.
O toi! Pologne, sœur de la France, toi qui, sur les champs de bataille , mêlas ton sang à notre sang,
toi dont la reconnaissance inscrivit le nom sur nos ' drapeaux victorieux , n'es-tu pas là avec tes débris épars en tous. lieux pour attester le brigandage, les forfaits inouïs , l'assassinat, le massacre de l'innocent jusque dans les bras de sa tendre mère!
O Nicolas ! vil scélérat, ton nom seul fait remonter tout le sang vers le cœur; on étouffe quand on songe^à tous tes crimes !
Ah ! de quelle vertu ne serait pas doué celui qui
te ,....., et te ferait
faire le tour du monde traîné sur la claie.
Et pourtant il est des approbateurs de ta conduite ! et ce sont les rois tes confrères! ce sont eux qui ont affermi ton bras rougi du sang polonais. Êh bien ! nous faisons des vœux, et Dieu sait s'ils sont ardens, pour que le sort que nous te souhaitons
Et, quand on pense qu'avec le système qu'on voudrait adopter de toutes parts, en tous lieux, des malheurs doivent toujours succéder à d'autres malheurs ! Mais nont tant d'infamie réveille l'humanité jusque dans les cœurs les plus froids, les plus timides ; et chacun finit enfin par voir où l'on voudrait nous mener.
Un mouvement de résistance existe; les nations s'organisent, s'entendent sur leurs communs intérêts : et s'il est un beau spects^cle, un spectacle digne de faire verser des larmes au citoyen vertueux et sensible , c'est la concorde universelle vers laquelle nous marchons infailliblement.
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Citoyens, qu'il est beau de poursuivre nue telle tâche; qu'il est glorieux d'accomplir une telle mission ! Et nous nous ralentirions d'une minute ! oh ! non; nous ne le ferons pas : nous ne. voudrions pas <ju'on nous dit que. nous avons retardé le triomphe de Thumanité.
Ce triomphe , pour quiconque suit , étudie , apprécie les conséquences de chaque événement, les tergiversations du pouvoir, les hésitations qui le mettent chaque jour plus à découvert et font sentir sa faiblesse; ce triomphe, dis-je, est certain.
Mais pour l'effectuer que ne faut-il pas faire encore ? Il faut travailler l'esprit des nations , faire passer dans l'esprit de tous les hommes les principes inébranlables qui se sont déjà emparés d'un grand nombre de citoyens. Les tyrans, nous le savons , voudront résister; eh bien! tant mieux : ils n'en périront que plus vite. Ce que nous désirons le plus , c'est qu'ils ne nous tyrannisent pas en détail. Si la monarchie avait fait en France en trois mois ce qu'elle a fait depuis trois ans , il y a déjà long-temps que l'abominable système existant serait renversé.
Ne nous plaignons donc pas des fautes des gouvernemens; laissons-les faire : ils se coupent un bras^ avec l'autre. Mais ayons sur eux une attentive surveillance; que rien n'échappe à nos yeux, et chaque infamie qu'ils commettront sera un pas de plus de fait vers le nouvel ordre de choses.
Ce nouvel ordre de choses déjà , et c'est là qu'est toute notre espérance, effraie moins à mesure
— vu
qut'il s'approdbtô plus : la raison en est simple , claire et accessible à tout esprit calme , juste et de bopne foi.
II est donc évident que nous avançons ; le nier , ce serait nier le mouvement. D'ailleurs il n'est pas dans la nature de l'intelligence humaine de rester stationnaire; on pourrait prouver cela par Thistoire. Or , son mouvement est rétrograde ou progressif; mais il ne peut être rétrograde , car il n'est pas dans la nature que Fhomme se plie avec grâce au mouvement que Ton fait pour l'écraser : au contraire , il recherche en toutes choses ce qui peut le plus faire son bien être , ce qui est le plus en rapport avec l'humanité , la raison et le bon sens.
Eh bien ! marcher vers la perfection, c'est marcher droit à la République : et la République, qu'on ose encore appeler utopie, n'est autre chose que le gouvernement du pays avec la participation de tout le pays.
Oui^nons avançons. Pense-t-on qu'aujourd'hui on respecterait assez peu la morale pour demander le rappel à l'ordre d'un orateur ^ qui dirait à la tribune que nous avons payé quatorze millions pour hâter l'arrivée d'un tigre (don Miguel) en Portugal? Je ne le crois pas. Ce n'est pas que je suppose un seul instant, Dieu m'en garde, que Bizieu du Lézard, De Conny et Dutertre aient changé de manière de voir : dans le fond de leur âme ils ont aujourd'hui, comme àcette époque, des autels pour la tyrannie, le servilisme
^ Labbey duPompièrcs. Séance du 19 mai 1829.
et le brigandage. Mais il savent, ces hommea et tous leurs dignes acolytes, que l'opinion publique est trop avancée pour crier à Findécence dans un pa* r^ cas.
£t certes, c'est un grand pas de Êdt, que l'opinion, en quelques années, en soit venue à se fme respecter ainsL
Oui, l'opinion publique est en progrès; le patriotisme gagne tous les cœurs, s'empare de toutes les âmes; il dispute pied à pied le terrain à la tyrannie, et la refoule vers le tombeau où elle doit des*»» cendre.
C'est maintenant dans la célérité du mouvement qu'on donnera au patriotisme de la masse que tout dépend. Abandonné à lui-même , lé patriotisme certainement ne meurt pas , mais il est moins ardent. Il faut donc l'alimenter sans cesse de ce qui chaque jour lui donne et plus de force et plus de lumières. Et cet aliment , il consiste principaleknent dans la haine que doit inspirer la dégoûtante corruption de la monarchie.
Déjà la révolution de 89, produite par les lumières que le iS"" siècle fit passer dans toutes les tétes,avait ébranlé tous ces trônes qu'on avait osé croire solides; de nouvelles idées, que pour un temps le despotisme impérial a comprimées , changèrent la face du monde; aujourd'hui elles ont repris leur cours, et plus enracinées , parce que ^expérience nous a profité, nous ne sommes pas dans la disposition de nous livrer au premier hypocrite ou audacieux qui
voudrait s'emparer des rênes de l'État^ nous prooiit-il la meilleure des républiques:
Que d'encouragemens un tel état de choses ne doit-il pas donner à cette multitude innombrable de citoyens qui sont considérés j sur cette terre y comme s'ils étaient des bétes de somme. On n'a point égard à leur intelligence qui se développe de plus en plus; à l'instruction qu'ils acquièrent et qui leur donne le sentiment de leur dignité , de leurs droits; qui leur facilite les moyens de s'entendre, de s'associer pour multiplier leurs forces et résister à l'oppression. Non, on ne le veut pas, le parti en est pris; et les rois, en le prenant, sont conséquens avec eux-mêmes : ils prouvent toutes leurs craintes , et que la monarchie, ce vieil édifice, vermoulu et à demicroulé, n'a plus pour étais que les bois pourris de leurs trônes.
Si nous ne sommes pas encore au but, nous Fentrevoyons. Nous savons où nous marchons; nous savons ce que nous voulons; nous battons en brèche la vieille enceinte de la monarchie ; bientôt nous serons maîtres de la place et justice sera faite à oeux qui tirent sur nous.
Et alors, rasant aux cris de l'enthousiasme et de la joie ce repaire où le crime ae lègue de père en fils, où l'on forge des fers aux nations en leur parlant de liberté, où on les abrutit en leur pariant d'instruction, où on leur souffle le germe du vice et de la corruption , en leur parlant de morale et vertu; alors, dis -je, nous construirons l'édifice
social sur un sol vierge; l'haleine empestée des rois ne sera plus un principe de mort pour la liberté, ce germe toujours renaissant et pourtant tant de fois écrasé sous les pieds des tyrans.
Oui 9 tremblez 9 misérables , et vos* satellites aussi; les armes qui doivent vous combattre , elles sont toutes forgées, et la vengeance les a remises aux mains des peuples en leur criant mauchez; que la Marseillaise f escortée de tousses souvenirs, vous souffle le courage au cœur; afïranchissez-vous, le temps en est venu; c'est la vertu, c'est le ciel, c'est la voix de Dieu même qui le veut, qui vous l'ordonne !!!
Alors , rois , tous vos sceptres et vos couronnes seront mis au pilon. £t vous.... attendons; ce que les nations font est toujours bien fait et surtout sans appel.
Ainsi les peuples sont prêts ; ils sont impatiens ; il s'échauffent dans la longe qui les tient captifs : mais ils iie bougeront pas avant que le moment de bouger soit arrivé.
Et c'est dans le laps de temps qu'il leur reste encore à parcourir qu'ils achèveront de se mûrir. La presse, cet ardent foyer qui entretient l'esprit humain dans un état toujours complet d'ébullition, est la sentinelle avancée des peuples ; elle veille à tous leurs intérêts j ouvre les entrailles de la fourberie, et les leur montre; accable de sa voix accusatrice des ministres qui, à l'exemple de leurs maîtres , se font voleurs et viennent parler publiquement de leur vieille probité.
Elle apprend aux nations que la vertu j comme on l'a déjà dit ^ se débat depuis des millions d'ans y entre les mains du crime; qu'à quelque époque et dans -quelque pays que ce soit, la royauté fut toujours animée des mêmes idées et dirigée par les mêmes principes.
Seulement les époques diflereht , en ce sens que les peuples apportent plus ou moins de résistance à la tyrannie qu'on exerce sur eux; c'est sur ce point que l%omme qui suit de l'œil l'esprit humain dans sa course, s'arrête et juge de son degré de maturité; il peut bien quelquefois faire une pause ; mai s en somme , la civilisation , pour quiconque en a suivi l'histoire , est un point de lumière que l'on voit grandit : tous les événemens concourent à en rendre la clarté plus forte, plus accessible à tous les regards, et ce ne sont pas les eHbrts que l'on fait pour nous plonger dans l'ignominie et l'esclavage qui lui font faire le moins de progrès.
Ce principe établi, l'étude de l'histoire écrite comme elle doit l'être , est l'arsenal où l'on trouve le plus d'armes contre le système monarchique, système absurde , inhumain , offensant pour les hommes.
Ah ! s'il est un livre qui prouve cela par les faits , c'est , sans contredit , celui que précèdent ces réflexions. L'esprit est effrayé de tant d'infamies. Jamais, il nous semble, on n'avait fait une étude aussi approfondie de causes de la tyrannie et des maux auxquels nous sommes en proie. Que le livre
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de Marât justifie bien ce mot de ce Romain qui disait qu un roi ne peut être qu*une méchante bête !
Si en toutes choses il faut connaître les causes du mal pour y apporter renïède, jamais but ne fut mieux atteint.
En effet, que de crimes , que d'atrocités , qiie de fourberies , d'astuces , de vols , d'hypocrisies , d'immoralités de tous genres! quelle galerie de scélérats n'y passons-nous pas en revue! Et puis des hommes aussi vils que plats viennent encore effrontément nous vanter ce qui fait gémir tant de nations depuis des millions d'ans? Allez^ gens sans pudeur, sortez de nos rangs; votre place est au pied des trônes : là, soumis, obéissans, attentifs au moindre geste du maître, vous exécutez ses ordres avant même qu'il ait parlé, afin d'obtenir plus tôt votre récompense. Rien ne vous coûte; et la lâcheté est pour vous la moindre chose. Allez, j'aime à le croire , la vertu n'a jamais parlé à vos cœurs : vous seriez trop malheureux !
Citoyens, si dans notre douleur tant d'horreurs et de bassesses nous attristent, nous arrachent des larmes, ah! n'en doutons pas, ces larmes sont les vapeurs qui forment la foudre : soyons courageux , persévérans; continuons à faire , l'histoire en main, l'autopsie du cœur des rois , et en y voyant la source des malheurs qui désolent la terre , chacun de nous s'écriera : Je suis surpris de la patience du gei^re