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INTRODUCTION

Le problème de la main d'œuvre industriel'e, qui se posait dijà avant 1914 pour notre pays, par suite de sa faible natalité, est passé, depuis la guerre, au premier rang des nréoccupations des économistes et des producteurs. Plus d’un million et demi de morts, des millions d'hommes mutilés ou malades, dont la capacité productrice a subi une atteinte grave et parfois com lète, tel est, pour la France, le triste bilan économique du cataclysme mondia’. Il la laisse appauvrie dans ses éléments les plus vigoureux, au moment même où il lui faut relever des ruines immenses, avant de reprendre à armes égales la lutte, plus âpre que jamais, pour conserver et améliorer son rang sur le marché économique.

Pour combler les vides .et fournir à la production la main d'œuvre dont elle a besoin, on a fait appel à la main d'œuvre féminine ou étrangère; au-delà de cet accroissement de personnel en quantité, on s'efforce aussi d'augmenter le rendement individuel, soit au moyen d’une organisation scientifique de la production (système Taylor), soit en stimulant l’intérôt personnel par des primes à la production ou par des participations aux bénéfices.

D’autres méthodes visent plus loin que la productivité immédiate de l'ouvrier ; elles s’attaquent au

problème de la main d'œuvre en ce qu'il a de permanent et s’efforcent de rechercher les causes de la crise pour y apporter des remèdes définitifs. On part de la constatation d’un fait constant, déjà ancien, d’une portée générale, la crise de l'apprentissage. Les patrons ne trouvent plus d’'apprentis à former ou ne veulent plus en former. La qualité de la production est compromise par le défaut de préparation professionnelle et le recrutement de certaines professions riscue de se tarir en ouvriers qualifiés.

La crise de l'apprentissage remonte à de longues années.

Dès 1851, le législateur a pris des mesures, d’ailleurs inefficaces, pour y remédier.

En 1900, le Conseil supérieur du Travail constatait la décroissance de l'apprentissage en France et procédait à une vaste enquête auprès des Chambres de Commerce, des Conseils de Prud'hommes, des Bourses du Travail, des syndicats professionnels, des coopératives de production, etc. Dans son rapport au Conseil suérieur sur les résultats de cetie enquête, M. Briat constate cette décadence: « Un fait, dit-il, domine cette enquête et en constitue le résu tat le plus important: il y a décroissance de l'instruction professionnelle des ouvriers français. Cette constatation pénible est définitivement acquise au débat, car elle est faite par les deux tiers des institutions économiques et professionnelles qui ont répondu et on sait que ces institutions sont entre eles très di‘férentes, pour ne pas dire très opposées. »

À la veille de la guerre, cette situation ne s'était nullement améliorée. D'après les chiffres cités par

LES CHAMBRES DE MÉTIERS EN FRANCE Fi

M. Verlot, député (1), les jeunes gens qui recevaient un complément d'instruction technique étaient au nombre de 3.000 dans l’agriculture, tandis que 597.000 étaient dépourvus de tout enseignement complémentaire. Les jeunes filles qui recevaient des notions techniques et ménagères étaient au nombre d'environ 3.000 et 45.000 en étaient privées. Parmi les 800.000 jeunes gens employés dans l'industrie et le commerce, 23.000 recevaient un complément d’enseignement technique dans les écoles techniques, 70.000 dans les cours subventionnés par l'Etat et 52.000 dans les cours fondés par l'initiative privée. Ainsi 150.000 jeunes gens, soit 8 p. 100 seulement des ouvriers et employés, recevaient un complément d'enseignement technique.

« Il est lamentable, ajoute un rapport ol de penser que les Allemands ont constaté avec malice que sur 500.000 prisonniers de guerre français, épars dans divers camps, 400.000 au moins n'avaient pas appris un métier. » (2)

D’après les statistiques, « sur 875.000 jeunes gens des deux sexes employés dans le commerce et l’industrie, 800.000 ne sont liés à aucun patron par contrat d'apprentissage et franchissent, moralement abandonnés, la période critique qui conduit jusqu’à 48 ans. » (3)

(4) Verlot, Chambre des Députés, séance du 15 juin 1920.

(2) Rapport de M. Mathiot au Comité régional de la XVII° réqion économique, séance du 7 janvier 1921, cité dans le Rapport du Directeur au Conseil d'Administration de la Chambre de métiers de Clermont-Ferrand et de la Région du Centre sur l'exercice 1922, nage 2.

(3) Rapport au Comité Directeur de l’Union des Chambres syndicales de l'Est, séance du 16 décembre 1922, p. 5.

Les causes de la décadence de l'apprentissage ont été assez souvent exposées pour qu'il suffise de les rappeler brièvement.

La suppression du régime corporatif en a été la cause initiale. Comme le dit M. Scelle, les corporations « faisaient de l'apprentissage la porte entrebaillée, mais unique, de la profession. » (1) En 1789, ces vieilles organisations économiques avaient besoin d’être rajeunies, modernisées. L'Assemblée Constituante les supprime et proclame la liberté du travail. (Décret du 2-17 mars 1791, art. 7) Allant plus loin, trois mois après, dans la crainte de les voir se rétablir par voie détournée, par un second décret des 14-17 juin 1791 (Loi Le Chapelier), elle interdit aux

ens de même métier non seulement de s'associer, mais même de se réunir. La loi du 17 mars 1791 a fait disparaître avec les jurandes et les maïîtrises le système d'apprentissage obligatoire qui résultait de la nécessité, pour pouvoir exercer une profession, de faire un stage chez un membre de la corporation et de subir avec succès un examen de compagnonnage ou, pour devenir maître, de produire un « chef d'œuvre. »

Elle n’a pas songé à le remplacer; d’ailleurs les hommes de la Révolution se préoccupaient beaucoup plus de l’enseignement primaire à culture générale que de l’apprentissage. La loi du 27 brumaire an III, rédige rar Lakanal et abrogée dès l’an IV, se contentait de prescrire des visites des élèves des écoles primaires dans les manufactures et les ateliers.

(3) G. Scelle. Le Droit ouvrier, p. 155 in fine.

La décadence de l'apprentissage s’est surtout accentuée sous l'influence des transformations économiques et sociales.

On a souvent imputé au développement du machinisme le déclin de l’apprentissage. Au travail personnel, aux qualités intellectuelles et manuelles de l’ouvrier se substitue la machine, qui fait de lui un manœuvre. La spécialisation intense à laquelle conduit le machinisme réduit la fonction de l’ouvrier à une tâche parcellaire, toujours identique, qui peut s’apprendre en quelques journées d'atelier.

Cette opinion est très contestable. La machine n’a pas supplanté dans toutes les industries le travail manuel. L'habileté manuelle demeure indispensable dans les industries d’art et de luxe, le bâtiment, le vêtement, etc. Dans les industries mêmes qui font usage de machines, l’ouvrier doit connaître leur technique, pour mieux les utiliser, accroître leur rendement et savoir les réparer. « Le travail sur des machines-outils exige de l'attention, de la réflexion, de l'intelligence, de l'initiative et de l'esprit de décision. Un conducteur de machines, observateur, d’esprit alerte, écartera les opérations accessoires, améliorera les montages, placera sous sa main et à sa portée tout l'outillage qui lui sera indispensable. L’effort intelligent, nécessaire pour restreindre les opérations improductives, ne peut être attendu que d’un ouvrier qualifié, connaissant sa machine, la comprenant, la dominant, sachant bien tout ce qu’on peut lui demander, ayant acquis, par conséquent, un minimum de connaissances techniques générales, avec une éducation professionnelle appropriée. L'ouvrier

doit savoir limer, buriner, cémenter, tremper, etc. pour être à même de réparer et d'entretenir les outils qui équipent la machine. Il faut à l’ouvrier moderne de l'adresse et de la dextérité pour contrôler les pièces, pour assurer leur interchangeabilité, effectuer les travaux de montage et de finissage. » (1)

En un mot, à côté des manœuvres spécialisés, l'industrie a besoin, pour la conduite et l’utilisation des machines, d'ouvriers qualifiés ; seul un apprentissage peut les former.

On dit encore que la spécialisation croissante n’exige plus de l’ouvrier une connaissance complète de tous les processus de fabrication.

Or la division du travail risque d'entraîner pour l’ouvrier trop spécialisé des chômages. Dans son propre intérêt, comme dans l'intérêt bien compris de la production, il faut chercher à former moins des ouvriers spécialisés que des ouvriers complets, susceptibles de s'adapter à une tâche un peu différente, si leur tâche ordinaire vient à manquer ou si une offre avantageuse se présente dans une branche voisine. A ce point de vue aussi, l'apprentissage, entendu dans un sens un peu large, est une nécessité pour l’industrie. Si le machinisme avait entraîné la décadence de l’apprentissage, c’est qu’il l'aurait rendu inutile. Or la grande industrie se plaint, comme la petite industrie, de la crise de l'apprentissage.

L'évolution des conditions économiques et sociales

(1) Communication à l'Association française pour le développement de l'enseignement technique, 1922, citée par nes Problèmes sociaux du travail industriel, 2° série, p. 29.

a contribué largement à cette crise. Les lois de protection ouvrière, certes indispensables, ont imposé à l'industrie de très lourdes charges pour l'hygiène et la sécurité des ateliers. Des lois successives ont réduit la durée de la journée de travail pour une partie ou pour l’ensemble du personnel ou imposé le repos hebdomadaire tout en maintenant les salaires, dont les syndicats s'efforcent même, par une action incessante, de relever le niveau. Il est naturel que les patrons réduisent au minimum les frais généraux de leurs entreprises. Or la formation d’apprentis est une charge sérieuse. Le patron doit distraire son temps ou celui de ses contremaîtres de l’œuvre productrice pour apprendre le métier à des débutants. Il a tendance à voir seulement le temps perdu pour la production de plus en p us rapide, la matière première sacrifiée, les machines abîmées. Et, par surcroît, l'état des mœurs n’admet plus que les parents de l'apprenti rémunèrent le maître d’apprentissage. Celui-ci doit former l'apprenti gratuitement ou même lui donner des indemnités en argent ou en nature (nourriture, logement).

Aussi bien nombre de patrons Horoie ils à former des apprentis ou cherchent-ils, puisqu'ils les paient, à les faire produire. Ils les emploient à faire des courses, des travaux ménagers, des besognes simples et oublient que les débutants sont chez eux pour apprendre la profession.

Le législateur lui-même, quoique animé des meilleures intentions, a parfois contribué indirectement à la crise de l’apprentissage, par exemple, en fixant à dix heures la durée de la journée de travail pour les

ouvriers adultes travaillant dans les mêmes locaux que des jeunes gens de moins de dix-huit ans. (Loi du 30 mars 1900)

Cette disposition « a tué l'apprentissage. La présence d’un seul apprenti dans les ateliers de construction mécanique, par exemple, entraîne la journée de dix heures, sans heures supplémentaires possibles. Aussi les patrons de ces ateliers se sont-ils hâtés de congédier leurs apprentis. » (1)

La généralisation de la journée de huit heures, résultant de la mise en vigueur de la loi du 23 avril 1919, a supprimé ce calcul; mais en réduisant encore le temps a loué pour la production, elle n’a guère incité les patrons à former des apprentis.

De leur côté, les parents ont tendance à préférer pour leurs enfants (et la hausse du coût de la vie n’est pas pour modifier cette mentalité), à trois ou quatre années d'apprentissage gratuit ou peu rémunéré, une place de coursier, de manœuvre, où « l’on gagne de suite. » Ou bien, après avoir débuté chez un patron, l'apprenti le quitte au bout de quelques mois pour une place mieux rétribuée. Il ne manque pas de concurrents peu scrujuleux pour débaucher les apprentis formés aux frais de leurs collègues.

En un mot, les industriels et les commerçants, les parents et les enfants, se laissent guider par leur intérêt immédiat, par le souci de la clientèle ou l’appât du gain. Cette conception réaliste à courte vue leur dissimule lPimpérieuse nécessité de l’apprentissage, seul susceptible de fournir aux métiers la

(1) Rapport présenté par M. Coignet à la Chambre de commerce de Lyon, juillet 1905. Turmann, op. cit., p. 31

main d'œuvre nombreuse et habile dont ils ont besoin et de faire des jeunes gens des ouvriers qualifiés, indispensables à la production, donc assurés contre le chômage et la réduction des salaires.

Les efforts du législateur pour remédier à la crise de l'apprentissage ont été inefficaces. La loi du 22 février 4851, modifiée dans ses détails par les lois des 19 mars 1874, 2 novembre 1892, 30 mars 1900, 13 juillet 1906 et 25 juillet 1919, n’a pas formulé les règles de l'apprentissage avec une précision suffisante; elle oblige seulement le maître d’apprentissage à donner à l’apprenti l’enseignement progressif et complet du métier, en échange du temps et du travail qu’i! est tenu de lui consacrer; c’est un devoir trop vague, une responsabilité trop redoutable dans sa généralité, pour pouvoir être efficacement sanctionnée.

L'article 13 prévoit, il est vrai, que celui qui se livrera au détournement de l'apprenti formé par ses concurrents « pourra être passible de tout ou partie de l'indemnité à prononcer au profit du maître abandonné. » Mais la preuve du détournement étant pratiquement impossible à administrer, cette disposition est restée lettre morte. (1)

(4) A ce sujet, il est curieux de signaler que dans le but d'assurer la stabilité de l'apprenti durant le temps de l'apprentissage chez le maître qui lui enseigne le métier, M. Le Guen, député, au cours de la discussion du budget de i’Enseignement technique (2° séance du 3 décembre 1924, J. O. Déb. parlem. Chambre, p. 193), a demandé le rétablissement, dans les communes et dans les villes du carnet d'apprentissage qui existait autrefois. L’utilité de ce carnet serait, d'une part, d'empêcher un concurrent déloyal ou égoïste de « venir prendre dans là maison à côté un apprenti qui a

La loi de 1851 se préoccupe surtout de la protection de l'apprenti. Elle exige du maître d’apprentissage plus de garanties de moralité que de compétence technique. Elle le considère comme un père de famille, investi de droits et tenu d'obligations analogues à ceux de la puissance paternelle. Il doit surveiller la conduite et les mœurs de l'apprenti, veil er à son instruction, etc. (1) Cette conception paternaliste et familiale ne convient guère qu’à l'artisan occupant un ou deux apprentis et son application se conçoit difficilement dans les grandes entreprises où le chef d'industrie ne connaît pas personnellement ses ouvriers ni ses apprentis. L'évolution des” mœurs relègue cette notion de l’apprentissage au rang des institutions démodées. Les débutants n’acceptent plus d’être traités comme des enfants et assujettis à une véritable puissance paternelle du patron; ils entendent être traités comme des travailleurs libres et majeurs.

A cette législation déjà ancienne, fragmentaire et insuffisante, il est intéressant d’opposer les principales mesures récemment prises par un certain nombre de cantons suisses à propos de l'apprentissage.

En très grande majorité, ils imposent le contrat d'apprentissage écrit, dans lequel ils voient la meil-

déjà reçu quelque formation » et, d'autre part, d'inciter l'apprenti à rester chez le patron auquel il a été confié jusqu’à la fin de l'apprentissage.

‘4) M. $celle (Le Droit ouvrier. p. 156), fait remarquer très justement que le législateur de 1851 « s'était déjà rendu. compte que le rôle du « maître » n'était que le prolongement de celui del'instituteur, qu’il existait une liaison étroite entre l’enseignement public et l'éducation professionnelle. »

leure garantie contre la rupture sans motif du lien d'apprentissage, principale cause de l'échec de la formation professionnelle, et le seul moyen de contrôle des obligations réciproques. Un exemplaire du contrat doit être remis aux autorités officiellement chargées de la surveillance de l’apprentissage. Des contrats-types ont été élaborés avec le concours des sociétés des arts et métiers ou des associations commerciales.

D'autre part, le contrat trouve sa sanction dans l'examen professionnel, rigoureusement obligatoire à la fin de l'apprentissage et passé devant une commission d'examens désignée par des organes professionnels.Les apprentis sont tenus de justifier de l’accomplissement des 5/6<s au moins du temps d’apprentissage et subissent une épreuve d'atelier et un examen oral professionnel et d'instruction générale. Les travaux d'examen sont exposés en public et des diplômes sont distribués. Dans certains cantons, les noms des patrons sont publiés à côté de ceux des apprentis reçus et le canton du Valais a décidé de réserver les adjudications de travaux aux patrons établis avant la loi sur les apprentis ou à ceux qui, depuis cette loi, auraient obtenu leur diplôme de fin d'apprentissage. (1)

Les légis'ations cantonales sont de date assez récente. Il faut signaler les lois de Zoug, Bâle-Ville, Saint-Gall, Berne, Zurich, Fribourg, ainsi que celles d’Argovie, de Vaud et du Valais.

(4) Cf. l'étude du D’ Emile Savoy, conseiller d'Etat de Fribourg, « L'Apprentissage en Suisse », résumée par Turmann, op. cit. p. 57 et suiv.

Il n'existe point encore de législation fédérale sur l'apprentissage, mais l'Office Fédéral du Travail a rédigé un avant-projet concernant l’organisation de la formation professionnelle des apprentis. Avant de le soumettre au département fédéral, l'Office du Travail l’a communiqué aux autorités cantonales compétentes et aux organisations professionnelles pour qu’elles puissent présenter leurs observations. Le projet n'a pas encore abouti et a même sou evé une vive opposition, qui est loin d’être calmée de la part des employeurs. (Informations du B. I. T.)

En Suède, il a été également présenté un avantprojet de loi prévoyant le contrat d'apprentissage obligatoire dans les métiers proprement dits; dans l'industrie et le commerce, l'obligation ne serait imposée que lorsqu'il existe dans la commune une école professionnelle subventionnée par l'Etat. La fréquentation de l’école d’apprentissage deviendrait obligatoire dans tous les cas. Le contrôle de l’application de la loi incomberaït à des comités d’apprentissage locaux paritaires, composés d'employeurs et d'ouvriers et nommés par les autorités communales. (Informations du B.IT.)

En Be’gique, on demande aussi d'instaurer l’obligation légale de l'apprentissage pour intensifier l'éducation professionnelle de la jeunesse ouvrière et agir efficacement sur la productivité industrielle de la nation.

Dans un article paru dans la Revue Economique Internationale, M. Omer Buysse (1) montre l'intérêt

(1) Cf. Revue Economique internationale, n° du 10 nov. 1924, p. 107 à 127: « Comment réagir contre l'extinction

qu'il y aurait à inscrire le principe de l'obligation de l'apprentissage dans la loi sur le contrat de travail, qui viserait également l’apprentissage. En vertu de cette loi étendue, « le chef d’entreprise serait ainsi rétabli dans son rôle historique d’éducateur professionnel de la jeunesse ouvrière. »

Le contrat d'apprentissage obligatoire est aussi préconisé en Belgique par M. Wiskermann, qui suggère, en outre, la remise à tout apprenti, à la fin de la période d'apprentissage, d’un « carnet diplôme », indiquant le stage de pratique, la nature des cours professionnels suivis, les examens subis, le degré de capacité et de moraité. Il y aurait intérêt, observe M. Wiskermann, au point de vue de la production, à exiger de la main d'œuvre des garanties de « savoir faire » correspondant aux salaires. octroyés. « Au même titre qu'un médecin, ingénieur ou avocat, un ouvrier qualifié, se présentant comme tel, devrait être porteur d’un diplôme, d’un certificat de capacité d’études d'apprentissage. » (1)

Le principe du contrat d'apprentissage écrit obligatoire est à la base de deux propositions de loi déposées en France l’une par MM. Henri Michel et Mascuraud, l’autre par M. Constant Verlot. (2) La se-

menaçante de l'apprentissage? L'obligation légale », par Omer Buvyse.

(14) Wiskermann, article paru dans le Bulletin du Comité Central Industriel. cité par la Revue mensuelle de l'Union des Industries Métallurgiques et Minières. etc.,7, rue de Madrid, Paris, août-septembre 1924, n°° 54 et 55. ?

(2} Proposition de loi de MM. Henri Michel et Mascuroud, sénateurs. J. Off. Sénat, séance du 7 mars 1912, Doc. Par em., Sénat, n° 94. — Proposition de loi de M. Constant Verlot. député, J. Off., Chambre, session de 1917, Doc. parlem., n° 3944.

conde est déjà votée par la Chambre depuis le 25 septembre 1919; elle exige la rédaction d’un écrit pour la va idité du contrat, étend la réglementation nouvelle à tous les métiers manuels, organise la surveillance de l’apprentissage et institue un examen à son expiration.

La loi du 28 mars 1882 sur lhstructon primaire obligatoire, reprenant et développant l'idée de la loi du 27 brumaire an III, se proposait de préparer les enfants à la pratique des métiers, en inscrivant dans les programmes scolaires les matières suivantes : pour les garçons, « travaux manuels et usage des outils des principaux métiers, éléments du dessin, du mode age » et, pour les filles, « travaux à l’aiguille ». Mais cette disposition n’a pas reçu en fait d’application générale; dans les écoles où l’enseignement manuel a été organisé, il a bientôt versé dans la spécialisation et s'est orienté vers les métiers du fer et du bois, contribuant ainsi à pousser les enfants vers. ces métiers dès lors encombrés et à leur faire délaisser les autres pro’essions.

Les organisations professionnelles ne pouvaient rester indifférentes au problème du recrutement de la main d'œuvre et l'initiative privée dut se préoccuper de remédier à une crise que le législateur était impuissant à conjurer. Il est naturel'ement impossible de mentionner tous les efforts individuels faits en vue d'organiser l'apprentissage. Ces efforts ont été d’abord dispersés, sans vues d'ensemble, sans coordination. Puis les Chambres syndicales patronales, comprenant la nécessité économique et sociale de l’apprentissage, ont essayé de l’organiser sur des ba-

ses plus générales. Elles s'en tiennent ordinairement à la formule suivante: formation pratique à l'atelier et instruction théorique par cours complémentaires.

Sur le premier point, l’action des Chambres syndicales, réservant la liberté des entreprises dans leurs ateliers, s’est bornée à fixer les directives de l’apprentissage. « En ce qui concerne l’apprentissage à l’atelier, les Chambres syndicales ont peu à peu consigné une série d'observations qui constituent aujourd’hui, dans chaque profession, une sorte de doctrine acquise. ELes ont défini le pourcentage approximatif d’apprentis à prévoir annuellement, par rapport au personnel total de la profession. Elles ont souvent élaboré le cadre d’un contrat d'apprentissage, dont elles recommandent l’utilisation aux chefs d’établissements. Dans certains cas, elles sont entrées dans le détail des conseils à leur donner au point de vue de l'organisation technique des ateliers d’apprentis ; c'est ainsi que, dans la branche des métaux, le système de la séparation des apprentis d'avec les compagnons se généralise de plus en plus. Le groupement a permis, d'autre part, aux établissements de déterminer les conditions de salaires les mieux appropriées aux circonstances. Il a facilité, enfin, l’organisation des méthodes d'émulation, qui sont le stimulant indispensable de la bonne volonté des enfants. » (1)

Ces initiatives, sont, certes, méritoires. Il est bon d'introduire dans chaque profession des règles uni-

(4) P. Villey, L'Organisation professionnelle des employeurs dans l’industrie française, p. 273.

formes sur l'apprentissage. Mais cela ne suffit pas à résoudre la crise qu’il subit. L'action des Chambres syndicales patrona'es en matière d'apprentissage est condamnée à rester incomplète, pour plusieurs motifs qui tiennent à leur caractère même.

D'une part, chaque chambre syndicale ne représente en principe qu'une profession et la coordination qu’elle apporte aux efforts des entreprises individuelles s’arrête à la profession qu'elle représente et est à la fois limitée à cette profession et au ressort territorial de la Chambre syndicale. Or les Chambres syndicales sont parfois très spécialisées et leur circonscription est souvent très réduite. Leur champ d'action est donc restreint. C’est un inconvénient sérieux, car la crise de l'apprentissage n'a pas un aspect différent dans chaque profession et dans chaque localité. Cette crise affecte l’ensemble de l'industrie et a ses causes générales. Tout en tenant compte des diversités qu’elle est susceptible de présenter suivant les mitiers ou les lieux, elle comporte des remèdes communs à toutes les professions, que les Chambres syndicales spécialisées et à circonscription locale sont impuissantes à proposer.

Les syndicats, il est vrai, peuvent se fédérer entre plusieurs professions et p'usieurs circonscriptions. Mais outre que ces formations fédératives ne sont pas partout réalisées et qu’elles n’englobent que rarement l’ensemble des professions de l’ensemble d’une région, leur action se trouve limitée par le caractère patronal des Chambres syndicales. La question de J’aprrentissage n'intéresse pas seulement les producteurs; elle touche également aux intérêts de la main

d'œuvre. La loi de 1851, nous l’avons vu, s’est surtout préoccupée de protéger les apprentis. C’est que toutes les questions que pose l'apprentissage sont des questions ouvrières autant que patronales. L'apprenti doit trouver chez le patron un maître qui assure sa formation professionnelle; il a généralement droit à un salaire; en s’engageant, il contracte des ob igations. Les ouvriers veulent éviter l’'embouteillage de leur profession et la sous-concurrence par la limitation du nombre des apprentis. Si l’on répudie le caractère exclusivement individuel du contrat d'apprentissage, ce n’est pas à la réglementation patronale qu'il faut aboutir, mais à une sorte de convention col ective de l'apprentissage, c’est-à-dire à une réglementation élaborée par les représentants de tous les intéressés. par conséquent, par un organisme constitué sur le mode paritaire. Une réglementation d'ordre purement patronal place les apprentis dans une situation d’infériorité, en maintenant en ce qui les concerne le caractère individuel du contrat d'apprentissage.

La réforme de l'apprentissage ne suppose pas seulement une réglementation, la formation d’un contrattype. Imbus de la conception de leur intérêt immédiat, les patrons, les parents, les jeunes gens discernent mal l’impérieuse nécessité de l'apprentissage, c’est-à-dire l'intérêt professionnel ou l'intérêt de leur avenir. Le problème se pose donc aussi sous l’aspect d'un problème d'éducation. Il faut modifier la mentalité des individus et les conduire à la notion exacte de ‘eur véritable intérêt. Une Chambre syndicale patronale peut bien agir sur ses membres, mais son origine rendra presque toujours suspecte aux jeunes

ouvriers et à leurs parents l'influence qu’elle tente d'exercer sur eux.

La formation professionnelle ne comprend pas seulement l'apprentissage proprement dit, c’est-à-dire la formation manuelle à l'atelier. En dehors des exercices manuels, elle exige un enseignement : théorique, général et professionnel à la fois. On donne à cet enseignement professionnel le nom d'enseignement technique, réservant le nom d’apprentissage à la formation manuelle à l'atelier. Nous emploierons ces termes consacrés par l'usage, sans nous dissimuler qu'ils ne s'opposent pas aussi nettement l’un à l’autre et qu'ils forment un tout souvent diffici'e à dissocier. La théorie et la pratique sont étroitement unies dans le métier. La vieille discussion de la supériorité de l'atelier ou de l’école nous paraît oiseuse; l’un et l’autre ont pour but la formation professionnelle et doivent se combiner étroitement.

Sous cette réserve de terminologie, les patients efforts du sénateur Astier ont abouti au vote de la loi du 25 juillet 1919 (1) à laque!le on a donné son nom. Cette loi organise l’enseignement technique pour les professions industrielles et commerciales, à la différence de la loi de 1851, qui ne réglementait l'apprentissage que dans l’industrie.

La loi Astier prévoit deux sortes d'organismes: les écoles et les cours.

(1) Le premier projet de loi relatif à a manière a été déposé en 1905 par M. Fernand Dubief. Il a été rapporté par M. Astier en juillet 14940.

Elle ne concerne que les établissements d’enseignement technique, c’est-à-dire ceux qui sont placés sous le contrôle du Ministre du Commerce et, depuis le décret du 2 janvier 1920, du Sous-Secrétaire d'Etat de l'Enseignement technique. Elle les divise en écoles publiques, nationales, départementales et communa'es, et en écoles privées, fondées par des particuliers, des syndicats ou des Chambres de commerce et subdivisées en écoles ordinaires, écoles reconnues par l'Etat et écoles spéciales.

La capacité pour diriger une école d'enseignement technique ou v professer est la même que pour être maître aux termes du contrat d'apprentissage: autrement dit, la loi s'occupe plus de la moralité du personnel que de sa valeur technique. |

La loi Astier consolide l'existence d’un grand nombre d’éco'es préexistantes et leur donne un statut légal.

Cette loi organise, en outre, des cours professionnels de perfectionnement ou de préapprentissage pour les apprentis et ouvriers et leur en impose la fréquentation. C’est là son but essentiel. Ces cours peuvent être instituss librement par les communes ou par l'initiative privée. Ce n'est que s'ils font défaut ou s'ils sont jugés insuffisants que Îes communes sont tenues par la loi de les créer et de pourvoir aux dépenses de leur fonctionnement. Elles pourront dans ce cas obtenir des subventions des pouvoirs publics.

Le Sous-Secrétaire d'Etat de l'Enseignement Technique a, en effet, le droit de décider par arrêté, après avis du Comité départemental de l'Enseignement technique, la création de cours de perfectionnement

partout où ils seront reconnus nécessaires dans un département. Il appartiendra alors à une commission professionnelle locale de déterminer quels seront les cours obligatoires et comment ils devront être organisés.

En posant le principe de l’ob'igation pour tous les apprentis et ouvriers de moins de 18 ans de suivre des cours professionnels, on peut dire dès maintenant que la loi Astier a supposé le. problème de l’apprentissage réso'u. Elle a négligé la question du recrutement des apprentis à l'atelier, qui était la première à résoudre.

L'obligation concerne à la fois l'apprenti et le patron. Les apprentis, les ouvriers et les employés de moins de 18 ans doivent suivre les cours, sauf dispense résultant d’un diplôme ou d’un certificat d’aptitude professionnel’ e, qui est délivré au plus tôt après trois ans d’études. Les cours publics sont gratuits. La fréquentation des cours payants, organisés par exemple par le chef de l'établissement industriel ou commercial, peut être considérée comme équiva'ente.

De leur côté, les patrons sont tenus de laisser à leur personnel âgé de moins de 18 ans la liberté de suivre ces cours. Les cours ont lieu pendant la durée légale de la journée de travail, au minimum pendant 4 heures par semaine ou 100 heures par an, et au maximum pendant 8 heures par semaine ou 200 heures par an. Les patrons doivent s'assurer de la fréquentation des cours en visant les carnets de leurs apprentis.

Les sanctions de la loi du 25 juillet 1919 consistent en un diplôme de fin d’études pour couronner l’ap-

prentissage (1) et en une pénalité (amendes de 5 à 15 francs), précédée d’une mise en demeure contre le patron ou l’apprenti en cas de non-observation des dispositions légales.

Le principe de la fréquentation obligatoire pendant la durée de la journée de travail aurait sans doute donné d’appréciables résultats, si la loi ne l'avait e.lemime annihilé par des exceptions. Le ministre peut accorder des dérogations spéciales, sur la demande des commisions départementales ou locales de l’enseignement technique. Et surtout, l'obligation cesse pour les patrons, dans tous les établissements industriels et commerciaux où la durée du travail n'excède pas huit heures par jour ou quarante-huit heures par semaine. Or, peu après la promulgation de la loi Astier, la journée de huit heures a été généralisée dans le commerce et l’industrie. L'obligation n'est donc plus qu’une façade et la loi, en devenant facultative, a perdu son unique chance de succès.

Le nombre des écoles et des cours professionnels subventionnés relevant de la direction de l’enseignement technique était de 143 au 1% janvier 1892; il s'élevait, à la fin de l’année 1924, à 1.172, c’est-à-dire

(1) Une circulaire du ministre de la Guerre et des Pensions, en date du 28 août 1923, a invité les commandants de recrutement à tenir le p'us grand compte du certificat d'aptitude professionnelle délivré en vertu de la loi du 25 juillet 1919 « pour la détermination de la subdivision d'arme d'incorporation des jeunes soldats, sans toutefois que ce certificat puisse en aucun cas être considéré comme donnant droit à une incorporation à telle ou telle arme ou service et pas davantage à tel'e ou telle garnison (Cf. Bull. Chambre de métiers de la Gironde et du Sud-Ouest, décembre 1923. p. 309).

huit fois plus (1). C’est une bien faible augmentation et un chiffre encore minime pour l’ensemble de la France. L'enseignement technique et professionnel s’adresse, en principe, à environ 850.000 jeunes gens des deux sexes, se destinant aux carrières commerciales et industrielles. En fait, sur ce nombre, à peine 250.000 reçoivent le complément d'instruction professionnelle dont ils ont besoin. (2)

D'autre part, l’organisation et la surveillance des cours, d’après les décrets portant application de la loi Astier, est assurée par des comités départementaux et locaux où domine l'élément administratif. La composition des comités départementaux est fixée par décret. Les commissions locales comprennent le maire, des délégués du Conseil municipal, des délégués de la Chambre de commerce, des délégués élus par les ouvriers et emp'ovés, un inspecteur de l’enseignement technique, un inspecteur du travail et un membre de l’enseignement primaire.

Des comités composés en majorité de fonctionnaires ne peuvent présenter la même compétence que les m:mbres des professions, lorsqu'il s’agit de déterminer les cours techniques à créer, d’en arrêter les programmes, d'en nommer les professeurs, etc. Au lieu de mesurer la place aux professionnels dans les conseils appelés à statuer sur des questions de métiers, il faut constituer un organisme qui leur soit

(4) Déclaration du rapporteur du budget de l'Enseignement technique, Chambre, 2° séance du 2 décembre 1924, J. Off. Débats parlem., Chambre, p. 4075, col. 2.

(2) Déclaration du rapporteur, loc. cit., p. 4076. Cf. la déclaration du Sous-Secrétaire d'Etat à l'Enseignement technique, loc. cit., p. 4084.

propre. L'échec de la loi Astier, l'indifférence à laquelle s’est beurtée son application s'explique en grande partie par la collaboration trop restreinte demandée à l'élément professionnel.

Pour apprécier la situation de la France au point de vue de l’enseignement technique, il est juste d'ajouter aux écoles et aux cours créés en vertu de cette loi les cours professionnels dus à des initiatives d'ordre administratif ou privé. Il est nature’lement impossible de citer ici tous les cours d'instruction générale ou proprement professionnels fondés par les communes, les chambres de commerce, les associations privées, les entreprises particulières et les syndicats patronaux.

Signalons, comme exemple d'initiative communa'e, les cours municipaux de Tourcoing. L'Institut Colbert, à Tourcoing, réunit l’école primaire supérieure et l’école pratique de commerce et d'industrie. Son organisation repose sur le principe qu'il faut produire industriellement cu, en tout cas, s'inspirer toujours des procédés et des méthodes du travail industriel. A côté de cette école, qui s'adresse à une minorité de jeunes gens, la municipalité a organisé des cours professionnels à l’usage des apprentis et des ouvriers du commerce et de l’industrie, en utilisant les locaux, le matériel et le personnel de l’école. Ces cours sont adaptés aux différentes professions, suivant les demandes des syndicats patronaux et ouvriers, avec le concours du personnel enseignant et de gens de métier. Cette organisation est complétée par l’école pratique de jeunes filles, industrielle, commerciale et ménagère et par des cours du soir.

Tous les cours sont facultatifs, mais sont suivis par de nombreux élèves (1.100 avant la guerre), même des adultes. (1)

Nous aurons l'occasion d'exposer l’action de la Société d'enseignement professionnel du Rhône et nous nous contentons ici de la mentionner. Depuis quelques années, plusieurs chambres syndicales ont eu recours à elle pour organiser l’apprentissage dans leur profession, notamment le syndicat patronal des bijoutiers et orfèvres et la Chambre syndicale de la méta lurgie. Moyennant une subvention que lui alloue le groupement syndical intéressé, la Société d’enseignement professionnel organise les cours d’après les directives qu'il lui donne. A la différence des cours ordinaires, payants (3 à 15 fr. pour six mois) et donnés le soir, ces cours sont professés pendant la durée de la journée de travail et le temps qu'y passent les apprentis leur est payé.

L'effort des syndicats patronaux est extrêmement important en ce qui concerne l’organisation de cours professionnels, surtout dans les industries des métaux et du bâtiment. On trouvera dans l'ouvrage remarquable de M. E. Villey (2) la liste imposante des frincipaux groupements professionnels qui ont fondé des cours.

D'autre part, dars un livre fort bien documenté, M. Pluyette (3) expose les différents types d’organi-

(4) Cf. Verlot, Rapport sur l'Enseignement technique, ns Bouiloux-Lafont, Les Chambres de métiers, pp. 56 et suiv.

(2) P. Villey, op. cit., p. 274-275 ,note 1.

(3) P: Pluvette, L'enseignement professionnel dans les industries métallurgiques, mécaniques, électriques et indus-

sation d'enseignement professionnel créés en France par dix chambres syndicales des groupes métallurgiques. mécaniques, électriques et annexes, telles que la Chambre syndicale des constructeurs et fondeurs de l”’Est, le Syndicat des mécaniciens, chaudronniers et fondeurs de France (région parisienne), la Chambre syndicale des carrossiers de Paris et des départements, etc. et vingt établissements industriels appartenant à ces groupes, dont les Aciéries de Longwy, les usines Renault, la Compagnie des chemins de fer d'Orléans et les établissements Schneider et Cf. Pour apprécier la grandeur de leur effort, il suffit, remarque M. Pluyette, d'observer que les sommes consacrées en 1922 à l’enseignement professionnel théorique par les seules organisations qu'il cite, se sont élevées à 2 millions de francs environ, alors qu'en 1921. les sommes allcuées à la fois par l'Etat, les d“partements et les communes n'ont pas atteint 3 mi lions pour toute la France. (1)

Il est juste de mentionner aussi l'importance de l’œuvre accomplie par les Chambres de commerce en matière d'enseignement technique. Sans entrer dans le détail de leur activité à cet égard, nous aurons l’occasion de signaler la part prise par certaines chambres de commerce à la création de Chambres de métiers et l’aide financière ou matérielle qu’elles ont apportée aux cours professionnels organisés par ces Chambres. La Chambre de commerce de Paris est

tries annexes. édité par l'Union des industries métallurgiques et minières. Paris, 1923. Voir: Organisations collectives, p. 143 à 297; Organisations individuelles, p. 209 (1) Pluyette, op. cit. Introduction, p. 19 et 20.

au premier rang de celles qui se sont intéressées à la formation professionnelle et ses efforts ont porté à la fois sur le préapprentissage, l’apprentissage proprement dit et l’enseignement technique. La Chambre de commerce de Lyon a contribué, par son appui moral et financier, à la réorganisation de l’apprentissage dans l’industrie de la soierie.

Les cours complémentaires organisés par les syndicats patronaux, ont lieu généralement deux ou trois fois par semaine, après la journée de travail, à la fin de l'après-midi où le soir : le moment paraît mal choisi pour retenir l'attention et assurer l’assiduité des auditeurs. Les Syndicats ont dû élaborer des programmes adaptés à chaque profession et aux phases de l'apprentissage en atelier; trouver des professeurs; assurer la mise en œuvre matérielle.

Grâce à ces initiatives des communes, des Chambres de commerce et des syndicats s’est créé un véritable réseau de cours professionnels, que complètent les cours obligatoires prévus par la loi Astier. Quelques éloges que méritent ces efforts multipliés, les défenseurs mêmes de l’action patronale reconnaissent que « les organismes disséminés sur tout le territoire ne procurent pas, à loin près, tout le rendement qu’on pourrait attendre d’une solution d’ensemble du problème de l’apprentissage. » (1)

L'initiative des syndicats patronaux se heurte, en effet, ici aux mêmes obstacles qu’en matière d’apprentissage. Leur caractère spécialisé, leur ressort étroit ne leur permettent pas de prendre des mesures

(4) P. Villey, op. cit., p. 275.

générales applicables à l’ensemble des professions d'une région; leur recrutement patronal donne aux décisions prises un caractère uni atéral qui les rend suspectes aux ouvriers et aux employés, exclus de la discussion d’un problème qui les intéresse au même degré que les patrons, et explique leur réserve à l'égard des efforts patronaux.

Les mêmes objections peuvent être faites aux organismes créés par les Chambres de commerce.

Ainsi l'expérience fait ressortir l'impuissance de la loi et l'insuffisance de l’action administrative et syndicale à résoudre dans son ensemble la crise de la formation professionnelle. De cette constatation se dégage une triple conclusion: d’une part, c’est à des corps représentatifs des professions, et non à des conseils d’origine administrative, qu'il convient de confier l’organisation de l’apprentissage et de l’enseignement technique; d'autre part, ces corps, appelés à statuer sur des questions qui présentent des caractères communs à l’ensemble des professions, doivent être interprofessionnels, dans l’acception la plus large du mot, au lieu de reposer sur le principe d’une spécialisation syndicale; enfin, ces corps interprofessionnels doivent être constitués sur la base paritaire.

En un mot, sans détruire l’œuvre sociale déjà accomplie en matière de formation professionnelle, il fallait trouver un organe susceptible, par son caractère interprofessionnel, par sa circonscription étendue, de dépasser la sphère d’action des Chambres de commerce, des syndicats et des communes, de coordonner tous les efforts, de dominer toutes les initia-

tives et d'introduire l’uniformité par une réglementation générale.

C'est de ces considérations qu'est née l’idée des Chambres de métiers. L'institution fonctionnait en Allemagne depuis 1897, mais était restée inaperçue en France. La notion d'un intérêt général supérieur à l'intérêt de chaque profession, fondement même des Chambres de métiers, se fait jour timidement au Congrès de l'apprentissage tenu à Roubaix en 1911, à propos de la limitation du nombre des apprentis, dans un rapport de M. Burgard, secrétaire adjoint de la Fédération française des travailleurs du Livre:

« Certes, écrit M. Burgard, cette limitation peut être conforme aux intérêts spéciaux de la typographie, mais il nous semble qu'il aurait été plus juste de la subordonner aux intérêts généraux de toutes les professions et d'accord avec les Chambres de métiers. Car enfin, si dans les autres professions, on imitait la typographie et qu’on limite le nombre des apprentis dans chaque métier, il pourrait arriver aue le nombre total des admissibles comme apprentis dans tous les ateliers industriels fût inférieur à celui des enfants ayant besoin d'entrer en apprentissage.

«Il y a une limitation qui semblerait plus logique; c'est celle de la limitation des ate'iers admis à prendre des apprentis. Car combien en est-il ne présentant aucune garantie d’un bon apprentissage, soit faute de personnel carable d'enseigner, quelque chose, soit par défaut d'outil age suffisant ou par suite d’une spécialisation dans un genre de travail incompatible avec un enseignement rationnel et complet

de la profession! C’est là une question délicate, et là encore se montre chez nous cette lacune de Chambres de métiers, qui seraient amenées à se prononcer en connaissance de cause. » (1)

Cette suggestion demeure sans suite au Congrès de Roubaix. Cependant, quelques mois auparavant, la première Chambre de métiers française s'était fondée à Limoges. Il faut attendre jusqu’en 1914 pour en voir naître une seconde en Anjou. Le retour de l’Alsace-Lorraine à la France attire l’attention sur une des Chambres de métiers allemandes, désormais française et des plus prospère, la Chambre d'Alsace et de Lorraine. En 1919, une nouvelle Chambre de métiers se fonde à Bordeaux. Sous l’énergique impulsion de son directeur, M. Mauvezin, elle manifeste aussitôt une puissante vitalité. Sous son influence, d’autres Chambres de métiers éclosent successivement sur divers points du territoire.

À la formation professionnelle proprement dite, c’est-à-dire à l'apprentissage et à l’enseignement technique, la Chambre de métiers d’Alsace et de Lorraine et la Chambre de métiers de la Gironde ajoutent, à la même époque, une nouvelle forme d'activité des plus féconde, qui va passer au premier rang des préoccupations professionnelles: l'orientation professionnelle.

Le problème de l'orientation professionnelle consiste à déterminer les règles méthodiques qui doivent présider au choix des professions.

Au cours du xix° siècle, des atténuations successi-

(1) Cité dans le Bull. trim. de l’Assoc. internat. pour la lutte contre le chômage, janv.-juin 19142, p. 146.

ves ont été apportées au principe de la liberté du travail, posé par la Révolution: la législation et la convention collective ont transformé le caractère individuel du contrat de travail; la loi et l'initiative privée ont modifié l'aspect individuel du contrat d'apprentissage. Au contraire, le principe était resté, jusqu'aux premières années du xx° siècle, à peu près intact, en ce qui concerne le libre choix des professions.

On considérait comme une liberté essentielle le droit pour un individu d’embrasser la profession de son choix. Le caractère trop absolu, antisocial de cette liberté n’est apparu que récemment, et d’abord dans une hypothèse spécia'e. Il à fallu la multiplication des accidents de personnes occasionnés par les tramways aux Etats-Unis pour attirer l’attention sur les dangers que présentait l'embauchage des watitmen en dehors de toute aptitude professionnelle. Le D' Münsterberg, directeur du Laboratoire de psychologie expérimentale à l’Université Harvard, fut amené à rechercher les aptitudes indispensables aux wattmen et à examiner si les wattmen en fonctions ou les candidats possédaient ces aptitudes. Il les plaçait sur un tramway reconstitué, qu'il faisait circuler dans des conditions semblab'es à celles de la rue. Un appareil enregistrait les réactions du conducteur. (1)

(4) II est à signaler. dans cet. ordre d'idées, que le Sous- Secrétaire d'Etat de l'Enseignement technique a inauguré tout réceniment, le 7 janvier 1925, le laboratoire de psychotechnique organisé par la Société des transports en commun de la région parisienne, en vue de déterminer les aptitudes des aspirants chauffeurs et wattmen et de contrô-

Ces travaux scientifiques tendaient à résoudre par la méthode expérimentale le problème de la détermination des aptitudes. Des laboratoires s’efforcaient d'analyser les aptitudes psychiques des individus, par des épreuves mentales ou «tests » (témoins, épreuves).

La guerre a mis au premier plan de l’actualité le problème de l’orientation professionnelle. Pour diminuer les trop nombreux accidents d'aviation, on a soumis les aspirants aviateurs à un examen psychophysio'ogique en vue de déterminer leur faculté d’appréciation des distances, leur degré de réaction nerveuse. Aux Etats-Unis, il a fallu constituer d’un seul coup une armée avec ses cadres et ses effectifs, sans disposer de la sélection qu’opère le temps; c’est par des « tests » sur une large échelle qu'ont été désignés les chefs. Enfin, l'orientation professionnelle a été appliquée à la rééducation des mutilés de guerre (1) en

ler celles des mécaniciens en fonctions, qui seront examinés tous les cinq ans.

Des épreuves dynamiques fixent le point de fatigabilité des sujets, c’est-à-dire la limite extrême de leur résistance musculaire. Puis sont examinées les facultés d'attention et de réaction psychomotrices. Le candidat chauffeur est installé sur un sièse d'autobus, avec leviers et pédales; on reconstitue en chambre la vie de la rue: présentation d’un film pour le distraire, lampes vertes ou rouges qui s’allument à l’improviste, sons de trompe: il doit aussitôt faire la manœuvre correspondant à chaque signal. Le wattman est placé sur une plate-forme de tramway; un film fait accourir vers lui véhicules et piétons; une bande enregistre ses moindres gestes.

Tout conducteur comptant un accident ne pourra continuer son service qu'après avoir prouvé sa résistance au « choc émotif ». (Cf. « Le Matin » du 8 janvier 1925).

(4) La loi du 2 janvier 1918 a ouvert aux mutilés et réformés de la guerre le droit à la rééducation professionnelle.

vue de les adapter à une profession compatible avec leur état physique.

Désormais le problème se pose dans sa généralité. L'orientation professionnelle apparaît comme un des aspects du problème de la main d'œuvre, comme une condition préalable à la solution de la crise de l’apprentissage. A quoi sert, en effet, de donner à des jeunes gens l’enseignement manuel et l'instruction technique nécessaires à l'exercice d’un métier, si leur état physique, psychologique, mental leur interdit ce métier? C’est vouer d'avance à l’échec les efforts les mieux intentionnés. La formation professionnelle ne peut prendre toute sa valeur, toute son efficacité, que si les jeunes gens ont été préalablement dirigés vers les professions avec méthode, c’est-à-dire d’après leurs aptitudes.

En dehors de cet élément physique et psychique qui la rattache à la formation professionnelle, l'orientation professionnelle présente un aspecl économique. Dans le choix d’une profession, ne doivent pas entrer en ligne de compte uniquement les qualités physiques ou psychiques de l'individu en tant qu'elles s'adaptent aux qualités requises d’une pro-

Les lois des 28 juin 1918 et 31 mars 1919 ont chargé l'Office national des mutilés de pourvoir à la rééducation, dont le bénéfice a eté étendu aux veuves de guerre. (Loi du 24 juin 1919) Une proposition de loi déposée par M. Henry Chéron, sénateur, le 13 juin 1919, et adoptée par le Sénat le 31 mars 1920 tend à admettre les mutilés du travail dans les éco es de rééducation professionnelle des mutilés, moyennant le remboursement du prix de la journée. Les ministères intéressés se sont mis d'accord avec l'Office pour faire acueillir dans ses écoles les mutilés du travail à partir du 1°: janvier 1924.

fession. La décision d'orientation doit aussi tenir compte des conditions économiques, c'est-à-dire de l’état du marché. Même si un jeune homme semble désigné par son état physique et mental pour une profession déterminée, son intérêt comme celui de la profession envisagée conseille de l'en écarter, si elle est encombrée et ne lui offre que la chance d’un salaire médiocre et le risque du chômage. D’une manière plus générale, tous les éléments économiques doivent participer au choix d’un métier : salaires, chances d'avancement, sécurité contre le chômage, etc.

L'orientation professionnelle se ramène ainsi à trois opérations: déterminer les aptitudes nécessaires à l'exercice de chaque profession; déterminer les aptitudes de chaque individu; déterminer la valeur économique de chaque profession.

La question de l'orientation professionnelle préoccupe aujourd'hui la plupart des pays. (1)

En Allemagne, les universités et les écoles supérieures d'enseignement technique se consacrent ardemment à l’étude des problèmes qu’elle soulève. Dès 1902, on avait commencé à créer des Offices de renseignements pour le choix des professions. Depuis 4919, un arrêté du gouvernement prussien oblige les villes de plus de 10.000 habitants à créer

(1) Les indications qui suivent sont empruntées aux sources suivantes: Renue Internationale du Travail. B. I. T., juin 1922, p. 1066 à 1079; Turmann. Prolèmes sociaux du Travail industriel. 2° série, pp. 21 et 22: Dnsciers de l’Artion Ponulaire. Comptoir peycholonique des profecs'ons d'Utrerht indice de classement 61, février et mars 1923; Fontègne, L'Orientation professionnele, p. 135 et suiv.

un Office d'orientation professionnelle et,. depuis 1920, un organe rattaché au Ministère du Travail du Reich (Arbeitsvermittlung) fonctionne comme Office central d'orientation professionnelle et coordonne l’activité des 463 offices disséminés dans le pays. Il a pour organe le « Reichs Arbeitsblatt ».

L'Autriche s'intéresse aussi à l'orientation professionnelle et possède quelques offices. Le Laboratoire de psychologie de l'Université de Vienne, celui d’Innsbrück ont publié des études sur les motifs du choix d'une carrière et la façon de déterminer quelques aptitudes professionnelles (par exemple, cel’es des chauffeurs d'automobiles, des ingénieurs électriciens, des ouvriers du bâtiment, des employés de bureau, etc.)

Aux Etats-Unis, l'élan a été donné par le professeur Frank Parsons, qui exposa sa méthode pour l'orientation professionnelle de la jeunesse dans « Choosing a Vocation ». Un mot d’ordre fut donné: « donner à chaque capacité la profession qu'il faut ». Avec la doctrine de spécialisation du travail à l’extrême en vue d’un mei leur rendement, préconisée par l'ingénieur Taylor et la collaboration du professeur de psychologie de l’Université Harvard, Hugo Münsterberg, la psychologie expérimentale entra au service, de la pratique économique. Des « vocation bureau » et « vocation guidance » fonctionnent dans toutes les grandes villes; les offices de Washington, de Boston et de Cincinnati sont parmi les plus actifs. Le Service professionnel pour jeunes gens de la ville de New-York (Vocational Service for Juniors), créé en octobre 1920, a une section d’orien-

tation professionnelle qui travaille surtout en collaboration avec les écoles. Elle détache des orienteurs dans neuf établissements d'enseignement. (1)

Il existe aux Etats-Unis une Association nationale d’orientation professionnelle (National Vocational Guidance Association).

En Suisse, de divers côtés, on a ouvert des « cabinets d'orientation professionnelle ». Le plus ancien est celui qui a été créé à Genève par l'Institut J.-J. Rousseau et qui possède un laboratoire de psychotechnique. Un cours d'orientation professionnelle a été professé à Genève en septembre 1920, sous les auspices de la Confédération des Offices d’apprentissage de la Suisse Romande.

Un « Institut psychotechnique » à caractère semi-officiel s’est ouvert à Zurich au début de l’année 1922. Il fonctionne en collaboration avec l’'Université de Zurich.

Les spécialistes sont d’avis que l'orientation professionnelle ne doit être pratiquée qu’en collaboration avec les organisations et représentations professionnelles et suivant les points de vue et les besoins reconnus par les professionnels. Dans son rapport annuel sur l’année 1924, l’Assoctation Suisse des Conseils d'apprentissage et de protection des apprentis estime qu’il faut réduire au minimum le nombre des offices d'orientation professionnelle et leur attribuer un champ de travail aussi vaste que possible. Des personnalités compétentes et s’occu-

(4) Cf. Rev. Internat. du Travail (B. I. T.), mai 1923.

pant exclusivement de cette tâche doivent être placées à la direction de ces offices. (1).

En Grande-Bretagne, il faut mentionner l’activité de l'Institut National de Psychologie Industrielle (National Institute of Industrial Psychology), fondé en 1921, où l’on applique à la direction du choix des professions les données les plus récentes de la psychologie expérimentale.

En vertu de l'Education Act du 28 novembre 1910, l'orientation professionnelle doit être organisée, en Ang'eterre, par les autorités scolaires. Celles-ci doivent s’efforcer d'obtenir des jeunes gens ou de leurs parents, d’abord une prolongation de la période scolaire, ensuite, le choix d’une occupation eu rapport avec les capacités personnelles de l’enfant et qui assure moins un gain immédiat que l’apprentissage d’un métier et un emploi stable.

Citons, en Espagne, l’Institut de Barcelone et ses filiales en Catalogne. Son activité a suscité un grand intérêt dans les milieux professionne!s. Les appareils de ses laboratoires ont intéressé les étudiants et ont fait naître en eux le désir de participer aux recherches entreprises.

En Tchéco-Slovaquie, l'Office d'Orientation professionnelle de Prague a été ouvert le 1% mai 19214. Il s’est borné, jusqu’à ces derniers temps, à des consultations sur les professions et métiers industriels. Les enfants qui se présentent sont munis d’une carte qui leur donne droit à une consultation gratuite du médecin et à l'examen de l’Institut de Psychotechnique

(1) Cf. Revue Mensuelle de l'Union des Industries Métallurgiques et Minières, déc. 1924, n° 58.

de l’Académie du Travail, fondée en 1920 par le Président Masaryk.

La Hollande a vu se fonder, dès 1908, des Bureaux de renseignements pour les professions, à La Haye, puis à Dordrecht, Leyde, Maëstrich, Ruremonde, Arnhem et Amsterdam, la plupart du temps d’accord avec les Bourses du travail. Le « Comptoir psychologique des professions d'Utrecht »», centre puissamment outillé et véritable « observatoire psychologique », fut fondé le 1 septembre 1918. Il a dès lors pris la tête du mouvement dans les Pays-Bas. Peu après sa naissance, la ville d'Amsterdam a créé un laboratoire municipal de psychotechnique, qui s'applique tout spécialement au choix des conducteurs de tramways électriques de la capitale. D’autres institutions se sont également fondées, notamment à Groningue (Recherches psychologiques sur le terrain social).

En Belgique, l’idée de l'orientation professionnelle est née en 1910 à la Société belge de Pédotechnie et un Office intercommunal d'Orientation professionnelle a été fondé à Bruxelles. Sous l’éminente direction de M. Christiaens, cet office a établi des monographies de cinquante-sept professions se rapportant toutes aux anciens métiers répandus dans l’agglomération bruxelloise. La méthode préconisée par M. Christiaens est une méthode éclectique. La détermination de la valeur intellectuelle des enfants au moyen des appréciations du personnel enseignant lui paraît un moyen commode, mais peu sûr, fondé plutôt sur des impressions que sur des observations. D'autre part, la méthode des tests n'offre pas suffi-

samment de garanties, à défaut d’un étalonniage rigoureux et d'expériences assez répétées. (1)

L'orientation professionnelle est également très sérieusement organisée à l’Université du Travail, à Charleroi.

Dans le Luxembourg, lorientation professionnelle est pratiquée à l’Institut E. Metz, annexé à l'usine métallurgique de Dommeltange, qui comprend, en plus d’une éco'e professionnelle et d’un atelier d’apprentissage, un laboratoire psychophysiologique.

Au Japon, la question de l'orientation professionnelle est à l’ordre du jour. Des professeurs spécialistes se sont initiés à la psychologie expérimentale dans les laboratoires des Etats-Unis et dans ceux de l'Allemagne. L'Institut de Psychologie appliquée de l'Université de Tokio se consacre à l'étude des examens d’appropriation professionnelle, commerciale et industrielle. M. Fontègne (2) relate que déjà, du rant la guerre, les Japonais admis à servir dans la marine avaient été l’objet d’une sélection et que, plus récemment, toutes les caissières des banques de Tokio furent examinées au point de vue de leur habileté et de leur mémoire des nombres.

Il serait intéressant de comparer les monographies qui ont paru dans le monde entier sur l'orientation professionnelle, depuis la série des « Descriptions of

(1) Cf. A. G. Christiaens, L'orientation professionnelle en Belgique, dans: Dix Conférences sur l'Orientation professionnelle organisées par l’Institut Lannelongue, p. 89 et suiv.; A.-G. Christiaens, L'orientation professionnelle des enfants ; Bulletin de l'Office intercommunal de Bruxelles pour l'orientation professionnelle, passim.

(2) Fontègne, L'orientation professionnelle, p. 140 et 144.

occupations », publiées par le Département du Travail des Etats-Unis, en passant par les monographies anglaises de même nature, jusqu'aux travaux français et allemands les plus récents dans le même ordre d'idées. Nous allons voir, un peu plus loin, quelle a été la part de la France dans ces recherches.

De plus en plus apparaît la nécessité d’emplover ‘judicieusement les énergies humaines et de mettre partout l’homme qu'il faut à la place qui lui convient: « The right man in the right place ».

Le Bureau International du Travail ne pouvait se désintéresser de ce problème fondamental; c'est à sa demande que M. Claparède a publié un important ouvrage, où il étudie scientifiquement les problèmes et les méthodes de l'orientation professionnelle. (1) Le savant professeur à l’Université de Genève expose les travaux antérieurs sur la question et fait la critique des diverses méthodes de détermination des aptitudes: interrogations adressées à l'intéressé et à son entourage; observation du consultant; tests (épreuves spéciales). Il décrit notamment le procédé des « tests » ou épreuves psycho-physiologiques, « au moyen desquelles on peut, à la suite d’une épreuve rapide, diagnostiquer les aptitudes motrices et menta'es d’un individu ». Il reconnaît la complexité du problème, dont certains points importants ne sont pas encore élucidés. Chez un même individu, les aptitudes varient parfois ou sont modifiées mo-

4) D' Ed. Claparède, L’Orientation professionnelle, ses problèmes et ses méthodes (Genève, Etudes et Documents du B.IT.).

44 LES CHAMBRES DE MÉTIERS EN FRANCE mentanément par certaines circonstances accessoires: fatigue, entrain, etc. Il faut faire plusieurs épreuves non pas semblables, mais équiva'entes. Si les résultats sont divergents, il faut en prendre la moyenne. Les tests adoptés n'ont donc pas toujours une précision suffisante. Aussi l'examen individuel ne donne-t-il pas une certitude, mais une simple probabilité.

La France occupe un rang des plus honorable parmi les nations résolues à mettre l'orientation professionnelle à la tête des facteurs du progrès économique et socia!. N'est-ce pas un de ses plus illustres philosophes, Pascal, qui a compris le premier, il y a trois siècles, l'importance du problème, quand il écrivait dans ses Pensées cette phrase caractéristique: « La chose la plus importante à toute la vie, c'est le choix du métier: le hasard en dispose. » Au point de vue de la détermination scientifique des aptitudes, les travaux d’A'fred Binet sur l'intelligence (1) sont aujourd’hui classiques et inspirent dans le monde entier tous les psycho-techniciens. Son collaborateur Th. Simon continue son œuvre à la tête de la Société Alfred Binet (2). Bien avant la guerre, les recherches du professeur Lahy (3), directeur du Laboratoire de Psychologie expérimentale à l'Ecole des Hautes Etudes à l'a Sorbonne, ont contribué pour une large part à la mise au point des «tests ». Nous citerons aussi les travaux du professeur Amar (4) directeur

(4) A. Binet, Les idées sociales sur les enfants.

(2) Bulletin de la Société Alfred-Binet.

(3) Lahv, Le système Taylor et la physiologie du travail professionnel.

(4) Amar, L'orientation professionnelle.

du Laboratoire de physio'ogie du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris, du docteur Toulouse, du professeur H. Pieron (1), et du professeur Imbert, de Montpellier (2).

Au point de vue de l'application pratique, une circulaire du ministre du travail du 20 juillet 19143 a prescrit une enquête qui fit ressortir la nécessité d’organiser l'orientation professionnelle régionalement et de s’assurer le concours des représentants des groupements professionnels. (3)

Puis, en 1920, le ministre du travail invite les offices régionaux de placement à organiser des expériences d'orientation professionnelle, qui ont lieu, notamment, à Roubaix, Nancy, Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Vierzon et Rouen. L’administration tend à confier aux offices de p'acement l’organisation officielle de l'orientation professionnelle, tout en faisant appel au concours de toutes les compétences privées: médecins, instituteurs, professionnels de l’industrie et du commerce. (4)

Le décret du 26 septembre 1922 charge le Sous- Secrétaire de l'Enseignement technique des questions d'orientation professionne le et admet le principe de subventions pour les offices.

Le Sous-Secrétaire d’Etat de l'Enseignement tech-

(1) Toulouse et H. Pieron, Technique de Psychologie expérimentale. Cf. les conférences de H. Pieron sur Le rôle de la psychologie dans l'orientation professionnelle, faites à l’Institut Lannelons ue.

(2) Imbert, Le système Taylor. Analyses et Commentaires.

(3) Bulietin du Ministère du Travail, 1921, p. 259.

(4) Rapport de M. Gauthier, Bull. Minist. Travail, 1921, p. 259 et suiv.

nique a adressé, en décembre 1923, une circulaire aux présidents des plus importants groupes professionne's, pour leur demander de collaborer à l’œuvre de l'orientation professionnelle, notamment par la rédaction de notices professionnelles et l’élaboration des fils cinématographiques. (1)

Des offices d'orientation professionnelle se sont créés en diverses villes, souvent sur l'initiative des offices régionaux de la main d'œuvre. Citons, par exemple, le Cabinet d'Orientation professionnelle de Nantes, qui a commencé à fonctionner en avril 1921 et celui de Lorient, fondé au début de 1923 par le Conseil municipal, sur la demande de la Commission administrative paritaire de l'Office départemental de la main d'œuvre.

Un Comité de patronage d'orientation professicnnelle a été créé à Paris, par délibération du Conseil général de la Seine du 30 décembre 1922. Il est rattaché à l'Office départemental du placement. D’autres villes encore possèdent des offices d'orientation: Lyon, Marseille, Toulouse, Rouen, Courbevoie, etc.

L'action des syndicats patronaux se manifeste en cette matière sous la forme d'une collaboration, par la définition et l'analyse des professions, par la détermination des besoins régionaux pour chacune d'elles, ou par certaines initiatives, par exemple celle de cet « important syndicat patronal de Nantes qui recrute ses apprentis par voie de concours, et qui a décidé de n’accepter aucune inscription pour les épreuves sans avoir consulté le cabinet d'orientation

(1) Bull. Ch. mét. Gironde, janv. 1924, p. 26-27.

professionne’le ». A Rouen, des dispositions ont été prises pour assurer, d'accord avec les organisations patronales, le contrôle, au cours de l’apprentissage, des mesures prises pour l'orientation. (1)

La Chambre de métiers d’Alsace et de Lorraine et la Chambre de métiers de la Gironde ont contribué dans une large mesure à vulgariser l’idée d’orientation professionnelle et à organiser méthodiquement le fonctionnement de ce service. Sous l’active direction de M. Fontègne à Strasbourg et sous l’impu!sion de M. Mauvezin à Bordeaux, les Offices d’orientation professionnelle de ces deux villes ont donné des résultats importants que nous aurons à exposer en détail. MM. Fontègne et Mauvezin ne sont pas seulement d'éminents administrateurs ; ils ont développé dans de remarquables ouvrages (2) leurs idées sur l'orientation professionnelle et si nous n'avons pas abordé ici la question des méthodes, c’est que nous retrouverons, en étudiant les Chambres de métiers d’Alsace-Lorraine et de la Gironde, la controverse qui sépare ces deux auteurs.

A l’exemple de ces deux Chambres, d’autres Chambres de métiers ont organisé des services d’orientation professionnelle, plus ou moins inspirés de leurs directives.

(1) Rapport Gauthier précité, Bull. du Min. du Travw., 1921, p. 263. Cf. P. Villey, op. cit., p. 272.

(2) Notamment: Fontègne, L'orientation professionnelle et la détermination des aptitudes; Le choix d’un métier et les aptitudes physiques ; Avant d'entrer en apprentissage, Nouveaux entretiens. sur l'orientation professionnelle. Mauvezin, Rose des Métiers; Avant de choisir son métier ou sa profession; Pour que nos enfants réussissent dans leur métier ou profession.

Un Congrès international d'orientation professionnelle appliquée au choix des cerrières et professions s’est tenu à Toulouse les 4, 5 et 6 septembre 1924. Il a émis le vœu:

« Qu'il est hautement désirable de voir l'étude et l'expérimentation des tests se poursuivre dans les laboratoires de psychologie expérimenta'e, sous la direction et le contrôle des savants qui dirigent ces laboratoires.

« Mais il est convaincu que, dans l’état actuel et les possibilités indéfinies du progrès scientifique étant réservées, le transfert des tests dans la pratique de l'orientation professionnelle ne saurait être recommandé comme pouvant offrir des méthodes d’investigation psychologique usuelles et exige, en toute hypothèse, même lorsqu'on ne fait usage des tests qu'à titre auxiliaire et de contrôle, un maniement très compétent et très circonspect qui ne peut appartenir qu'à des spécialistes particulièrement avertis.

« Le Congrès estime:

« Que ces observations s'appliquent à un degré tout particulier aux tests d'aptitude et aux test psychologiques destinés à déceler la va'eur des fonctions : mentales et le caractère, une distinction pouvant être admise entre les tests de cet ordre et les tests plus faciles à interpréter s'appliquant aux organes sensorie's et aux fonctions motrices ». (1)

Au cours de la discussion récente du budget de

(D Revue Mensuelle de l'Union des Industries Métallurue et Minières, etc. op. cit. décembre 1924, n° 58, P. s

l'Enseignement Technique pour 1925, l'importance de l'orientation professionnelle des apprentis a été tout particulièrement soulignée. M. Baroux (1), député de la Seine, voudrait voir « orienter l’enseignement vers le côté pratique et développer dans toutes les écoles les classes de travail manuel. » Il a appelé l'attention sur ce problème en ces termes:

« Trop d’apprentis, dit-il, font, par erreur d'’orientation, des déclassés. C’est ainsi, en ce qui concerne les jeunes filles, que toutes veulent être sténo-dactylographes, même quand elles ignorent l’orthographe. I faut être averti sur les débouchés de chaque métier et tenir compte des aptitudes de chaque enfant; l’instituteur, à cet égard, serait un meilleur conseiller que les comités d'orientation professionnelle. -

« L'orientation professionnelle, d’ailleurs, doit être complétée par une préparation professionnel e et il ne serait pas mauvais qu'on instituât dans la dernière classe de l’école des cours de préapprentissage. »

Un autre député, M. Merlant (2), a signalé que trop d'enfants sont victimes d’une direction sans méthode vers les « faux métiers ».

& Il y a là, dit-il, un véritable péril que permet seule de parer une organisation de l’apprentissage bien établie par spécialités et graduellement conduite à l'atelier; n’est-ce pas là le rôle des Conseils de métiers et des Chambres d'apprentissage, ainsi que de la

(4) Discussion du budget de l'E. T., J. O. Chambre 1° sésence du 3 décembre 1924, p. 4084 et suiv.

(2) Discussion du bud°et de l'E. T., J. O. Chambre, 1" séance du 3 décembre 1924, p. 4087.

collaboration, dans un but professionnel, des patrons, ouvriers et employés? »

D'autre part, des encouragements ont été réclamés pour la formation d'ouvriers qui resteront fidèles au milieu rural (intervention de M. Antoine Borrel, députs. (1)

L'orientation professionnelle, nous l’avons vu, doit être envisagée sous un double aspect psycho-physio ogique et économique. Sous la première face, elle est un aspect du problème de l'apprentissage, une condition préalable de la formation professionnelle: il est logique, si l'on attribue aux Chambres de métiers la haute direction de la formation manuelle et technique, de leur confier aussi le soin de diriger l'orientation professionnelle. L'aspect économique de l'orientation professionnelle suppose, d'autre part, une connaissance de la situation du marché que faciliteront les relations nécessaires des Chambres de métiers avec les groupements professionnels. Les Chambres de métiers doivent être les organismes de représentation interprofessionnelle des métiers d’une vaste circonscription. Il est naturel qu’elles centra'isent toute la documentation si complexe — médicale, scolaire, syndicale — nécessaire pour préparer la décision de l’orienteur. Placées assez haut pour dominer les intérêts individuels, locaux ou spéciaux à chaque profession, elles sont qua/ifiées pour prendre une décision conforme à l'intérêt général des familles, des apprentis, des professions, par exemple,

(4) Discussion du budget de l’enseignement technique, core 1" séance du 3 décembre 1924, J. O. Déb. parl. p. 4UYX.

pour détourner les débutants des métiers trop encombrés et les diriger vers les métiers qui manquent de bras.

Formation et orientation professionnelles, tel est le programme consacré par la pratique des Chambres de métiers et sur lequel les propositions de lois les plus récentes semblent s'être mises d'accord.

Inaperçue il y a peu d’années, la question des Chambres de métiers est aujourd’hui d’une brûlante actualité; elle est passée au premier rang des préoccupations des milieux professionnels et parlementaires.

Elle a dominé les débats du Congrès d'Apprentissage tenu à Lyon du 12 au 15 octobre 1921, auquel les Chambres de métiers s'étaient, d’ailleurs, fait représenter. Le Congrès a notamment émis le vœu de la création de Chambres de métiers chargées de réglementer l’apprentissage et d’exercer les attributions conférées par la loi du 25 juillet 1919 aux comités départementaux de l’enseignement technique (1).

A peine née, la Confédération générale de l’Artisanat, formée sous les auspices de la Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine, a affirmé dans ses Congrès sa volonté de faire aboutir cette revendication essentielle de son programme.

Dans une séance solennelle tenue à Strasbourg le 7 décembre 1924, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa fondation, et qui réunit plus de 500 délégués des 200 groupements d’Alsace-Lorraine, le président de la Chambre de Strasbourg, M. Schleif-

(4) Cf. compte-rendu dans l’Information Sociale, 6 novembre 1921,

fer, en remettant à M. Justin Godart, ministre du Travail, un diplôme magnifiquement décoré de membre d'honneur de la Chambre de métiers, le pria d’user de toute son autorité pour faire voter la loi sur les Chambres de métiers. M. Justin Godard en: prit l'engagement solennel.

Au banquet des Artisans français, le 24 janvier 1925, le Ministre du Travail redit son espoir de voir les propositions sur les Chambres de métiers bientôt venir à l’ordre du jour du Parlement.

De son côté, le Sous-Secrétaire d'Etat de l’'Enseignement technique, M. de Moro-Giafferi, avait déjà déc'aré à un rédacteur de la Petite Gironde qu'il se proposait de généraliser les Chambres de métiers et de faire appliquer la loi Astier. ((1)

Mais si le principe des Chambres de métiers semble au-dessus de toute controverse, de vives discussions éclatent dès qu’on envisage l'application. Le Parlement et l'opinion publique se trouvent en face d’une situation de fait: l'existence de Chambres de métiers. Or deux tendances nettement distinctes caractérisent les Chambres de métiers: d'un côté, la Chambre (aujourd’hui les Chambres) d’A'sace et de Lorraine, qui repose sur les principes de la législation allemande: chambre officielle, dotée de pouvoirs importants, pourvue de droits de contrôle et de sanctions, dirigée dans un sens économique et social particulier; d'autre part, les Chambres d'origine française , dues à l'initiative privée, nées, sans statut légal, du droit

(1) Interview paru dans la Petite Gironde, n° du 30 août 1924; cf, Gazette des Métiers. 10 oct. 1924.

commun de l'association. De ces deux tendances, laquelle choisir? Composition, attributions, pouvoirs, caractère obligatoire ou facultatif, etc., autant de questions discutées et susceptibles de solutions diverses.

Pour préciser ce que doivent être les Chambres de métiers, nous exposerons d’abord les faits: nous décrirons le mécanisme, l’action et les résultats des Chambres de métiers. Nous consacrerons des développements particu ièrement abondants aux deux Chambres qui, par leurs tendances, leur activité et leur prospérité, peuvent être considérées comme le prototype des deux systèmes: la Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine et la Chambre de métiers de la Gironde et du Sud-Ouest. Nous passerons aussi en revue chacune des autres Chambres de métiers.

C’est pour nous un agréable devoir de rendre hommage à l'accueil bienveillant que nous avons rencontré auprès des représentants de toutes les Chambres de métiers, qui ont bien voulu nous ouvrir leurs archives pour rendre notre documentation aussi abondante et aussi récente que possible. C’est grâce à eux que nous avons pu mener à bien notre travail et nous sommes heureux de leur en témoigner notre vive gratitude. Regrettant l'impossibilité matérielle où nous sommes de donner les noms de toutes les personnes qui ont répondu à nos demandes de renseignements, nous tenons à adresser nos remerciements à M. Schleiffer, président de la Chambre de métiers d'Alsace, à M. Fontègne, directeur de l'Office d'Orientation professionnelle de Strasbourg et à M.

Mauvezin, directeur des Chambres de métiers de la Gironde et du Sud-Ouest.

Nous associohs à ces éminentes personnalités les Chambres de commerce qui ont bien voulu nous faire connaître l’état de la question des Chambres de métiers dans la région de leur ressort et tout spécialement, M. Bourdillon, membre de la Chambre de commerce de Marseille, à qui nous devons de précieux renseignements sur le projet de création d’une Chambre de métiers de Provence et du Bas-Rhône.

Enfin, au seuil de cette étude, nous tenons à mentionner les deux guides sûrs que nous avons suivis, l'ouvrage remarquable de M. Caillard, inspecteur général de l'E. T. (4) et le savant cours professé à la Faculté de Droit de Paris par M. William Oualid (?). Ces ouvrages ont été nos livres de chevet.

L'étude des faits nous permettra de dégager les leçons de l'expérience et d'éclairer la discussion des propositions de lois sur les Chambres de métiers.

En raison de son importance, nous consacrerons à l'exposé des faits deux parties, réservant pour une troisième partie l’examen des propositions de lois. Le plan de notre travail sera donc le suivant: |

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