PLANCHE IV
HÈSE DE SCIENCES 1933. J. LEBASQUE.
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Fig. 1. — Trichophyton villosum: poil parasité: chaînettes de grosses spores et filaments mycéliens dans le poil, vers la base (x 435). Fig. 2. — T. villosum: à gauche, culture primaire de 5 mois sur gélose maltosée.
À droite, culture secondaire de | mois sur gélose maltosée (grandeur
naturelle).
Dig. 3. — T. villosum: appareil sporifère en grappe. Ramifications en croix. Culture
sur grains d'orge de 13 jours (x 300).
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l’étuve à 24°, une culture de 8 à 10 millimètres de diamètre qui a des caractères analogues à la culture primaire, mais qui, cependant, présente un bouton central plus développé (planche IV, fig. 2).
Sur les deux milieux glycosé et maltosé, la culture jaunit en vieillissant et prend une teinte vieil ivoire.
Sur gélose au moût de bière à 4°, on a une belle culture duveteuse qui évolue comme sur les milieux d’épreuve classiques, mais qui devient rapidement jaune ivoire.
Milieux à base de polysaccharides. Sur gélose à l’amidon et à la dextrine, la culture évolue avec la même lenteur que sur les milieux d’épreuve classiques et prend la forme d’un disque aplati, avec un bouton saillant en son contre. Le duvet de la culture est court et celle-ci apparaît seulement givrée. Le stroma du chambpignon pénètre le milieu et déborde aussi la partie apparente de la culture.
Sur gélose à la farine, la culture a l'aspect d’une petite boule duveteuse et le champignon ne pénètre pas le milieu.
Sur gélose au bouillon de staphylocoques, d’origine équine, bovine ou humaine, la culture se développe en 20 à 25 jours sous la forme d’un bouton duveteux de 7 à 8 millimètres de diamètre. Le champignon pénètre aussi le milieu et déborde, par transparence, la culture duveteuse.
Sur champignon de couche, la culture n’a pas été obtenue.
Sur crottin, le développement envahit la partie supérieure du tube mais reste d'apparence assez pauvre.
Ce sont les milieux naturels aux grains de blé et aux grains d'orge qui donnent le meilleur développement du champignon.
Sur ces deux milieux, en particulier sur orge, on trouve à la surface de l’amande une belle culture duveteuse blanche, formée par une couche mince de mycélium et des hyphes dressées très visibles à la loupe.
En partant d’un repiquage avec une culture primaire sur gélose maltosée de 2 mois, on obtient cette culture duveteuse, sur blé et sur orge, au bout de 13 ou 15 jours. Toute l’amande visible
du grain se recouvre de la couche duveteuse qui finit par envahir l'écorce et le grain tout entier.
Repiquées à nouveau, sur orge ou sur blé, ces cultures accélèrent leur évolution et fournissent un duvet déjà nettement visible du 8° au 12° jour.
En vieillissant, ces cultures se dessèchent et forment sur les grains une couche poudreuse blanche.
Repiquées par la suite, sur les deux milieux d’épreuve glycosé et maltosé, ces cultures reprennent les caractères des cultures primaires et se développent très vigoureusement. Ce champignon garde ainsi, jusqu'au 7° repiquage, sa physionomie primitive.
MICRO-CULTURES SUR LAMES. — Le champignon se prête facilement à la culture sur lames, sur les milieux d’épreuve glycosé et maltosé et sur gélose au bouillon de staphylocoques.
PLÉOMORPHISME. — Depuis un an que je cultive cette espèce, je n’ai pas observé sa transformation pléomorphique.
5° Mycologie
Sur les différents milieux de culture utilisés, les formes ciaprès ont été observées :
Filaments mycéliens. — On trouve sur les milieux d’épreuve classiques et sur grains d'orge ou de blé, le même mycélien cylindrique, ramifié de 1ub à 2u5 de diamètre, formé de segments de 8 à 20 u de longueur.
Dans l'épaisseur de la gélose, le stroma du champignon est formé d’un mycélium plus épais, de 2 à 3u de largeur, parfois irrégulièrement cylindrique et rappelant l'aspect faviforme.
Sur lame, en micro-culture sur gélose maltosée, le mycélium est très ramifié et ses extrémités sont souvent assez grosses (3 à 4u de large avec des segments de 8 à 10 u) sans toutefois donner l’aspect des chandeliers faviques. Sur gélose au bouillon de staphylocoques, le mycélium reprend ses caractères de finesse (1u5 à 2 u) mais apparaît très tortueux.
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Chlamydospores. — Le champignon donne des chlamydospores dans le stroma qui se développe dans l'épaisseur du milieu de culture, en tube incliné ou sur lame.
Ce sont des chlamydospores intercalaires de 6 à Tu de large et 8 à {Ju de long, qui présentent une membrane d’enveloppe épaisse et un protoplasma granuleux. Ces chlamydospores sont isolées ou réunies en chapelet.
On trouve aussi, mais en moindre abondance, des chlamydospores terminales, plus grosses que les intercalaires, ovoïdes, de 8 à 9 u de large et 12 à 13 u de long.
Appareil sporifère. — Sur les milieux d’épreuve classiques, le fin duvet aérien des cultures contient des appareils sporifères du type Acladium ou en grappe.
ls sont constitués par des filaments de 2 u à 2u5 de large qui portent latéralement des aleuries non pédiculées de 1 à 2 u de large et 2 à 5u de long, disposées perpendiculairement à l’hyphe sporifère.
Plusieurs hyphes sporifères peuvent se réunir et former un buisson d’aleuries.
Sur blé, sur orge et sur crottin, l'appareil sporifère prend un dévelopement plus complet. On trouve des hyphes sporifères qui portent des tiges latérales, disposées perpendiculairement et sur lesquelles sont attachées, toujours dans une direction perpendiculaire, des aleuries de mêmes dimensions que celles observées sur les milieux d’épreuve classiques. On arrive ainsi, lorsque le développement est complet, à avoir un bouquet d’aleuries qui simule l'aspect d’un rameau de sapin (planche IV, fig. 3).
Ces aleuries sont extrêmement caduques et la préparation en est parsemée.
Vrilles. — Sur les milieux d’épreuve classiques, on rencontre des ébauches de vrilles libres et des vrilles formant 7 à 8 tours de spire, mais enroulées autour d’un filament mycélien.
Sur orge, du 40° au 60° jour, on observe des vrilles comprenant 4 à 5 tours de spire souvent inégaux, de 8 à 15 u de diamètre.
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FIGURE 3 — Trichophyton villosum. Fuseaux et vrilles. Culture sur grains de blé de 35 jours.
Ces vrilles sont portées par un mycélium mince de 1 u à 1u5 de diamètre, implanté latéralement sur un filament mycélien plus épais de 2 u à 2u5 de large, (voir figure 3).
Fuseaux. — En culture sur orge de 28 jours et sur blé de 32 jours, on a pu mettre en évidence les fuseaux de 25 à 50 u de long ét 4 à 5u de large, portés par un pédicule assez gros (2 u à ?u5).
Ges fuseaux sont divisés en 5 à 10 loges et leur extrémité est coupée carrément. Ils se développent généralement sur les grains secs, dans quelques touffes duveteuses peu fournies, alors qu’on ne les rencontre pas dans le duvet abondant qui pousse sur l’amande des grains.
Ces fuseaux ne sont pas rares, nous en avons compté jusqu’à 23 dans une seule préparation. La figure 3 donne le dessin à la chambre claire de quelques-uns de ces fuseaux.
G° Inoculation expérimentale - Rétro-culture
Trois cobayes ont été inoculés avec des cultures secondaires (premier repiquage) du champignon. Ces trois inoculations ont été positives et ont provoqué tardivement, du 12° au 14° jour, l’évolution d’une teigne qui s’est manifestée par les caractères habituels : rougeur, formation de croûtes séro-sanguines et de squames. Cette teigne a guéri vers le 30° jour.
Les poils parasités recueillis sur ces cobayes portaient les léisons caractéristiques d’un champignon des teignes endo-ectothrix mégasporé, mais la majorité des poils parasités présentaient seulement des lésions intra-pilaires.
Ces poils ont été ensemencés sur milieux d’épreuve classiques et ils ont donné, pour deux cobayes, une rétro-culture ayant l’aspect et les caractères mycologiques observés sur les cultures primaires faites avec la souche provenant du bœuf.
7° Affinités du champignon
La lésion pilaire provoquée par ce champignon, le classe dans les endo-ectothrir mégasporés.
Ses caractères mycologiques : appareil conidien en grappe ; fuseaux étroits, tronqués à l'extrémité ; vrilles portées par un mycélium fin, le classent dans le genre Trichophyton Malmsten 1848, Langeron et Milochevitch emend 1930.
L'aspect de sa culture, sur les milieux d’épreuve classiques
l’éloigne des trois Trichophyton faviformes des bovidés : T. album: T. discoïdes et T. ochraceum et aussi des quatre Trichophyton mégasporés duveteux ci-après :
T. equinum Gedoelst 1902.
Origine : cheval ; culture blanche, circulaire, très duveteuse, plate, légèrement gaufrée, apparaissant rapidement (8 à 12 jours). T. rosaceum Sabouraud 19083.
Origine : homme ; culture blanche, se colorant en rose pâle à la surface en vieillissant et en violet groseille dans la profondeur ; aspect velouté ; sillons radiaires.
T. vinosum Sabouraud 1910.
Origine : homme ; culture d’un rouge vineux ressemblant à celle de T. rosaceum, mais sans les sillons radiaires. S'’aplatit en vieillissant. T. caninum Matruchot et Dassonville 1902.
Origine : chien ;
culture floconneuse, d’un blanc de neige, qui colore le milieu
en jaune.
Pour répondre à l’objection qui pourrait être faite que ce champignon est une souche vigoureuse et duveteuse de T. album, la fusion des hyphes, en micro-culture sur lames, a été recherchée avec cette espèce. Ces recherches sont demeurées négatives.
Ce Trichophylon mégasporé doit par conséquent être considéré comme une espèce nouvelle à laquelle je propose de donner le nom de Trichophyton villosum, en raison de ses caractères de culture sur les milieux d’épreuve classiques.
8° Importance des caractères spécifiques
de Trichophyton villosum
Trichophylon villosum présente DEUX CARACTÉRISTIQUES IMPOR- TANTES qui doivent être notées :
ET
1° — Cette espèce offre, sur les milieux d’épreuve classiques à la fois les caractères des cultures glabres, par le stroma du champignon qui pénètre le milieu, et des cultures duveteuses, par les hyphes aériennes sporifères qu’il développe.
C’est le PREMIER EXEMPLE D'UNE CULTURE DUVETEUSE AVEC UN CHAMPIGNON DES TEIGNES DES BOVIDÉS. Les trois Trichophylon mégasporés parasites du bœuf donnent, en effet, des cultures glabres, légèrement poudreuses en vieillissant, mais non duveteuses.
L'existence dans une même culture, d’une assise glabre pénétrant le milieu et recouverte d’un duvet formé d’hyphes aériennes sporifères n’est pas exceptionnelle ; on sait, en effet, que Sabouraudiles equinus (Microsporum equinum) donne, sur milieux d'’épreuve, une culture qui adhère à la gélose, apparaît glabre d’abord, puis se recouvre d’un rare duvet portant les organes de reproduction différenciés.
2° — D'autre part, Trichophyton villosum présente des AppA- REILS SPORIFÈRES en grappe et des FUSEAUX PLURISEPTÉS, ainsi que des VRILLES, vestiges des ornements du périthèce.
Ce Trichophyton mégasporé des bovidés possède par conséquent une morphologie complète : aleuries, fuseaux et vrilles et présente les caractères habituellement rencontrés chez les dermatophytes.