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CLASSIFICATION BOTANIQUE

On sait que les auteurs des classifications botaniques des champignons des teignes diffèrent d'opinion sur deux points principaux :

1° — La place qu'il faut réserver à ces champignons dans la classification générale ; | 2° — Leur rattachement à une même famille homogène, ou

leur séparation en des groupements différents.

Vuillemin et Grigorakis rattachent les dermatophytes aux Hyphomycètes et les séparent en deux tribus différentes, les Mycodermées et les Aleurismées : par contre, Langeron et Milochevitch les classent dans les Ascomycètes et les réunissent dans une même famille, celle des gymnoascacées.

Les descriptions morphologiques qui viennent d’être exposées, en particulier celles qui concernent les Trichophyton mégasporés du cheval et des bovidés, peuvent-elles apporter quelques précisions dans ce débat ?

Tous les Trichophyton mégasporés à culture glabre que j'ai étudiés : T. bullosum du cheval ; T. album, T. discoïides, T. ochraceum et T. papillosum des bovidés, ont présenté un mycélium cylindrique septé, des appareils sporifères simples du type Acladium, ou avec ramifications en croix, portant des aleuries caduques, et des fuseaux. Parmi ces espèces, T. discoides a donné des vrilles types et T. album a montré des appendices en crosse ou en spirale.

D'autre part, un Trichophylon mégasporé des bovidés, T. willosum, a présenté une belle culture duveteuse sur les milieux d'’épreuve classiques et donné une morphologie complète : appareil

sporifère en grappe avec ramifications cruciales, vrilles, fuseaux et mycélium cylindrique.

Par contre, aucune de ces six espèces n’a montré de véritables arthrospores répondant, par leur forme, à la définition de Vuillemin ; mais seulement, sur les milieux peu propices à leur développement, des chlamydospores rondes, souvent en chaînettes.

Ainsi, trois organes essentiels, observés chez les dermatophytes dont la morphologie complète est connue, se rencontrent sur les Trichophyton mégasporés des bovidés et sur un Trichophyton mégasporé du cheval à culture glabre sur milieux d’épreuve clasques : L'APPAREIL SPORIFÈRE, LES VRILLES €t LES FUSEAUX. Au point de vue de la systématique, l'existence de ces caractères morphologiques sur ces espèces constitue un ensemble de preuves à l'appui de la thèse de l’homogénéité des dermatophytes et de leur rattachement aux gymnoascacées.

L'APPAREIL SPORIFÈRE, du type Acladium ou en grappe avec ramifications en croix, portant des aleuries, constitue l'appareil conidien typique des dermatophytes et aussi des gymnoascacées, ainsi que l'ont montré Matruchot et Dassonville, et Langeron et Milochevitch : cet appareil se retrouve dans les espèces des différents genres de dermatophytes, chez les Clenomyces, les Sabouraudites et aussi les Trichophylon dont la morphologie complète est connue (T. crateriforme, T. cerebriforme) ; on le rencontre enfin dans les espèces des genres Gymnoascus Baranetzky et Ctenomyces Eidam, de la famille des gymnoascacées.

A elle seule, l'existence d'appareils sporifères du type Acladium ou à ramifications cruciales sur les Trichophyton mégasporés du cheval et des bovidés permet d'établir un lien étroit entre ces parasites et les autres dermatophytes, et confirme le bien fondé du rattachement des champignons des teignes aux gymnoascacées.

La présence de VRILLES sur Trichophyton discoïides, T. villosum, T. album, vient aussi à l’appui de la classification des dermatophytes dans un groupement unique et, d'autre part, l’existence de ces appendices sur ces trois Trichophyton, en même temps que sur les espèces parasites du cheval (Sabouraudites lanatus, S.

equinus, Trichophyton equinum), ainsi que je l’ai montré, renforce l’idée du rattachement des champignons des teignes aux gymnoascacées.

Les vrilles sont des ornements du périthèce ; Langeron et Milochevitch ont décrit dans les périthèces stériles de Ctenomyces mentagrophytes des vrilles attachées à des filaments mycéliens recourbés en crosse et hérissés de verrues et de granulations. Ces deux auteurs s'appuient, pour classer les champignons des teignes dans les gymnoascacées, sur l'identité de ces vrilles toruleuses avec les filaments toruleux terminés par une spirale lisse, observés sur C. serratus Eidam 1880.

En l'absence de périthèce stérile, sur les espèces des genres Sabouraudiles et Trichophylon, les vrilles restent la trace de cet organe. Matruchot et Dassonville, ainsi que Langeron et Milochevitch les considèrent comme des reliquats du périthèce.

Les vrilles dont j'ai constaté la présence sur les champignons des teignes du cheval et des bovidés apportent, en faveur de la classification de Langeron et Milochevitch, un argument de valeur égale à celui qui est donné par les appareils sporifères du type Acladium ou en grappe, car les vrilles sont des organes assez rares chez les champignons : outre les Cfenomyces, on ne les rencontre que chez certains Chaetomium qui sont des Sphériacées, c'’est-àdire des Pyrénomycètes ayant un véritable périthèce avec membrane d’enveloppe épaisse et un ostiole, 6 pour lesquels les vrilles constituent aussi des ornements.

Enfin, une autre preuve peut encore être recherchée en faveur de l’homogénéité des dermatophytes, dans la présence chez Trichophyton album, T. discoides, T. ochraceum, T. villosum, T. papillosum du bœuf et T. bullosum du cheval, des FUSEAUX PLURISEPTÉS que l’on rencontre dans les espèces des genres Clenomyces, Sabouraudites et sur Trichophyton crateriforme et T. cerebriforme.

L'existence de ces fuseaux sur ces différentes espèces peut aussi permettre de les rapprocher de Clenomyces serratus de la famille des gymnoascacées, chez lequel Matruchot et Dassonville ont décrit des éléments fuselés et pluricellulaires, homologues aux

fuseaux des dermatophytes et qui avaient échappé à Eidam. Toutefois, la comparaison morphologique relative aux fuseaux pluriseptés n'a pas la même valeur que celle des appareils sporifères et des vrilles. Car le fuseau plurisepté n'est pas un organe spécial aux dermatophytes et aux gymnoascacées : on le rencontre chez les Hyphomycètes dont les différents groupes possèdent toujours une série de phragmosporés ; chez les Ascomycètes (Hypocréales, Sphériales, Pléosporacées) ; et même chez les Basidiomycètes (téleutospores des Urédinales), bien qu'ils aient, chez ces derniers, une origine et une signification différentes.

Les recherches que j'ai exposées permettent, par conséquent, de conclure qu'il existe, entre les dermatophytes de l’homme et les champignons des teignes du cheval et des bovidés, une étroite parenté morphologique dont témoigne l’analogie des formes différenciées que ces parasites présentent en culture pure. Cette constatation conduit à classer tous les dermatophytes dans une même famille, à laquelle ils se rattachent par leurs affinités, la famille des gymnoascacées.

Les champignons des teignes du cheval et des bovidés trouvent ainsi leur place naturelle dans la classification de Langeron et Milochevitch dont ils confirment le bien fondé.

Pour des raisons cliniques et physiologiques, Sabouraud a maintes fois affirmé la nécessité de ranger dans un même groupement homogène tous les champignons des teignes ; la seule considération de la morphologie conduit, par des voies différentes, à la même conclusion.

CONCLUSIONS GÉNERALES

En résumé, les recherches sur les champignons des teignes du cheval et des bovidés, dont je viens de donner l'exposé, apportent la contribution suivante à l'étude de ces parasites :

Espèces et géographie botanique

Les champignons des teignes sont très répandus dans la nature.

En France, les teignes du cheval sont des microspories (Sabouraudites equinus, 60 ‘,), ou des trichophyties (Trichophyton equinum, 28 ‘,) ; Sabouraudites gypseus est le plus fréquemment observé après ces deux espèces. Les teignes des bovidés sont des trichophyties occasionnés par : Trichophylon ochraceum (53 °},) ; 1ESdiscoides SE TT alba (ie).

Dans les colonies françaises et en Syrie, outre les espèces observées en France (Sabouraudites equinus, S. gypseus) qui ont une aire géographique très étendue, on rencontre les espèces nouvelles ci-après que j'ai décrites :

Sabouraudites lanatus — cheval, en Syrie :

Trichophyton bullosum — cheval, en Syrie, Tunisie et au Soudan ;

Trichophyton villosum — bovidés, au Tonkin ;

Trichophyton papillosum — bovidés, en Syrie et au Maroc.

Comme l'avait prévu Sabouraud, la pluralité des espèces se manifeste, pour les teignes, à l’étranger comme en France.

Lésions pilaires

Tous ces champignons sont endo-ectothrix : ïls présentent, dans la moelle et l'écorce, des filaments mycéliens et, autour du poil, une gaine de petites spores en mosaïque, ou de grosses spores en mosaïque ou en chapelets si la couche de cellules de Henle a été détruite.

Ces spores peuvent conserver leur pouvoir germinatif pendant au moins deux années.

Cultures

En suivant la technique d'isolement et d’ensemencement parcellaire dont j'ai précisé les détails, il est possible d'obtenir, avec des moyens simples, des cultures pures des champignons des teignes des animaux, condition indispensable pour aborder l'étude de ces parasites.

Les Trichophyton mégasporés du cheval et des bovidés présentant une culture glabre sur milieux d’épreuve ne sont pas rares. Deux des espèces que j'ai isolées possèdent ce caractère : T. bullosum et T. papillosum. Par contre, T. villosum, parasite des bovidés, est duveteux sur les milieux d’épreuve classiques.

Les Trichophyton mégasporés des bovidés, T. ochraceum, T. discoides, T. album, T. papillosum, ainsi que T. bullosum du cheval, donnent des cultures duveteuses sur des milieux appropriés à leurs besoins.

Les milieux naturels aux grains d'orge et aux grains de blé sont très favorables au développement de ces champignons et à la production des appareils sporifères, des fuseaux et des vrilles. L'addition à ces milieux de germe de blé favorise encore la croissance des organes reproducteurs : aleuries et fuseaux.

L'aspect glabre, sur gélose maltosée et glycosée, des cultures des Trichophylon mégasporés des bovidés est une réaction de ces champignons vis-à-vis d'un milieu peu favorable à leur développe-

Sa x pe

ment. T. equinum, duveteux sur les milieux d'épreuve, et qui donne une culture faviforme sur gélose au bouillon de staphylocoques d’origine équine, confirme cette opinion.

Morphologie

La distinction entre les Trichophyton mégasporés duveteux et les Trichophyton mégasporés faviformes n’a plus de raison d'être.

Une espèce nouvelle Sabouraudiles lanatus présente une morphologie complète : dimorphisme mycélien, aleuries, fuseaux longs et courts, vrilles.

Chez Sabouraudites lanatus et S. equinus, certains fuseaux, après s'être constitués dans leur forme, au lieu de se cloisonner transversalement, présentent à l’intérieur un filament mycélien à protoplasma très dense qui se développe progressivement, du pédicule du fuseau vers son extrémité. Ce filament est septé, simple ou dédoublé. Chez Sabouraudites lanatus, il donne naissance, par la suite, à des formations globulaires dont la nature n’a pu être précisée.

Des vrilles bien formées, portées par un mycélium fin et lisse, ont été mises en évidence chez Sabouraudiles equinus et Trichophyton equinum.

Sabouraudites equinus présente en outre des buissons conidiens.

Les Trichophylon mégasporés du cheval et des bovidés, à culture faviforme sur milieux d’épreuve, donnent, lorsqu'ils présentent un développement duveteux, une morphologie complète que j'ai mise en évidence et que résume le tableau ci-après :

Espèces

Espèces connues :

Trichophyton album T. discoides T. ochraceumn

Espèces nouvelles :

T. bullosum (cheval) T. villosum (bovidé)

T. papillosum (bovidé,

Vrilles ou tortillons spialés

Appareil sporifère | Fuseaux rt: du type | longs ou sn Jus Acladium | courts, cyliudri- | ou en | extrémité que, septé,| grappe |tronquée, ramifié, |[portantdes| pédicule fragile | aleuries |épais 16 à der très 10 loges caduques + D + + + | + | + +.| + | + + | + | + + | + | + + | + | + épais. ventrus, à extrémité tronquée ou efhlée

Observations

Antérieurement à ces Irecherches, on a mis en évi- | dence sur T, album :

— des aleuries |en grappes, — 1 iUSeAU, des ébauiches de vrilles

Le mycélium qui porte les aleuries se développe en abondance sur l’amande des grains d'orge ou de blé. Les fuseaux se trouvent plutôt sur les grains secs, au milieu d’un mycélium d'apparence pauvre.

Les fuseaux et les aleuries apparaissent du 10° au 18°

jour ;

les vrilles se forment tardivement, à partir du 30° jour.

Gites naturels des teignes des bovidés

Une expérience montre que les aleuries des Trichophyton mégasporés des bovidés sont très virulentes pour le cobaye.

Les teignes des bovidés apparaissant, sans contamination d’'origine animale, en hiver, lorsque le bétail est rassemblé à la ferme, on peut penser que les champignons qui les provoquent vivent en saprophytes, dans les étables, sur les grains d'orge ou de blé et le crottin, milieux naturels sur lesquels les Trichophyton mégasporés présentent, en culture pure, des appareils sporifères.

L'hygiène de l'habitation s'affirme, en conséquence, comme le moyen d’assurer la prophylaxie de ces maladies parasitaires.

Classification botanique

Par les appareils sporifères du type Acladium ou en grappe, les vrilles et les fuseaux qu'ils présentent, les Trichophyton mégasporés des bovidés et du cheval possèdent des affinités morphologiques évidentes avec les autres champignons des teignes appartenant aux genres Céenomyces, Sabouraudites et Trichophyton dont ils ne peuvent être séparés dans la classification.

De même, la présence d'appareils sporifères du type Acladium ou en grappe, de vrilles et de fuseaux sur nombre d’espèces parasites du cheval et des bovidés permet de rapprocher ces champignons des gymnoascacées et apporte un argument en faveur du groupement des dermatophytes dans cette famille.

La morphologie conduit ainsi à conserver aux champignons des teignes une homogénéité que les dermatologistes ont maintes fois affirmée.

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