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CLASSIFICATION CLINIQUE

Les champignons des teignes ont d’abord été classés par les dermatologistes et les genres de ces parasites ont été constitués d’après les lésions qu'ils occasionnent et non en considération de leurs caractères mycologiques.

Sabouraud a donné, le premier, une classification des dermatophytes de l’homme établie d’après :

les caractères de la lésion cutanée ;

l’architecture du champignon dans le poil parasité ;

l'aspect général des cultures : duveteuses, plätreuses ou glabres

(faviformes).

En outre, les caractères macroscopiques des cultures sur les milieux d’épreuve glycosé et maltosé sont utilisés pour la différenciation des espèces.

Les vétérinaires ont adopté, pour les champignons des teignes

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animales, la classification de Sabouraud, en utilisant surtout les caractères de la lésion pilaire et l’aspect macroscopique des cultures. Les caractères des lésions cutanées, décrits avec moins de détails chez les animaux que chez l’homme, n'ont été utilisés que secondairement pour la classification.

Sabouraud a précisé ses idées sur la classification des dermatophytes en 1929 et il reconnaît six groupes ou genres qu’il distingue comme suit, mais dont certains ne sont pas des unités systématiques proprement dites, conformes aux règles internationales de la nomen-

clature botanique :

1 — Endothrix (anciens Trichophyton endothrix). Tondante à cheveux cassés court, affection chronique et durable, guérit à la puberté ; Cheveux bourrés de filaments parallèles et contigus, formés de gros éléments sporulaires égaux, disposés en chapelets ; Cultures généralement poudreuses, Pas d'espèce parasite connue sur les animaux. 2 — Microides (anciens Trichophyton microïdes). Provoquent une vive réaction inflammatoire et déterminent le kérion vrai (folliculite agminée) ; Gaine de petites spores de 3 à 44 autour du poil, mais gardant une disposition filamenteuse reconnaissable par pression sur la préparation ; Cultures plâtreuses ou farineuses : groupe gypseum, Trichophyton asteroides — cheval et bœuf, Trichophyton granulosum — cheval, Cultures duveteuses : groupe niveum, Pas d'espèce parasite connue sur les animaux. 3 — Microsporum.

Tondante à cheveux longs de 3 à 4 mm., revêtus d’une écorce blanche parasitaire. Guérit spontanément à la puberté ; Poils entourés d’une cuirasse de fines spores de 2 à 4 u, disposées en mosaïque et qui ne se résout jamais en filaments ; Cultures généralement duveteuses et vivaces, parfois presque glabres.

M. equinum — cheval.

4 — Mégaspores (anciens Trichophyton mégasporés) Lésions cutanées présentant des poils cassés ainsi que pour les endothrix, ou évacués par suppuration comme pour les microïdes. Eléments sporulaires très gros de 5 à 7u, extérieurs aux poils et pouvant aussi l’envahir.

Cultures duveteuses : Trichophylon equinum — cheval, Cultures glabres : T. caballinum — cheval.

T. verrucosum — cheval et bœuf.

T. discoides — cheval et bœuf.

T. album — bœuf.

T. ochraceum — bœuf.

5 — Achorion.

Cheveux non cassants et décolorés, production d’un godet, durée indéfinie de la maladie ;

Dans le poil, filaments mycéliens droits ou courbes, gros ou petits, formés d'articles longs et courts qui se subdivisent par tri ou tétratomie ;

Culture poudreuse : Achorion gypseum — cheval.

Cultures glabres ou duveteuses : pas d'espèce parasite connue sur le cheval et les bovidés.

6 — Epidermophyton. — Sabouraud reconnaît en outre un genre Epidermophyton, avec une seule espèce observée chez l’homme, E. floccosum (Harz, 1870), parasite de l'épiderme qui n’envahit jamais le poil, même dans les régions pileuses, et pour lequel on ne peut donner, par conséquent, les caractères différentiels de lésion pilaire. E. floccosum présente une culture poudreuse.

Cette classification a rendu de très grands services aux médecins et vétérinaires pour la distinction des espèces parasitaires rencontrées dans la pratique courante de la clinique dermatologique ; mais, avec le temps, elle s’est révélée insuffisante pour les raisons suivantes :

Les dermatophytes qui n'attaquent pas le poil, mais seulement l'épiderme : Trichophyton concentricum R. Blanchard 1895, T. rubrum (Castellani 1909), T. interdigitale (Priestley 1917), T. pedis Ota 1922, sont difficiles sinon impossibles à classer.

La distinction basée sur le caractère des lésions a multiplié les espèces et fait décrire sous des noms différents des champignons cependant identiques : par exemple, Microsporum felineum et M. lanosum qui pour Langeron et Milochevitch (1930) ne forment qu’une seule espèce : Sabouraudites felineus.

Les mêmes auteurs réunissent Trichophyton asteroïides, T. granulosum, T. radiolatum et T. interdigitale dans une même espèce sous le nom de Ctenomyces mentagrophytes. M. Ota et S. Kawatsuré vont plus loin dans cette voie d’unification et ajoutent encore les microïdes du groupe gypseum (T. lacticolor, T. persicolor, T. farinulentum, T. radioplicatum, T. griseum) et même le groupe niveum (T. radians, T,

denticulatum, T. pedis) qui serait une simple variété niveus du Clenomyces mentagrophyles, où une espèce distincte, Ctenomyces niveus.

Des affinités morphologiques évidentes ont été enregistrées entre des espèces classées dans des genres différents, en raison des lésions qu'elles déterminent : par exemple, les Microsporum animaux et les Achorion gypseum, quinckeanum et gallinae. Inversement, des espèces rapprochées dans le même genre, par suite de la similitude des lésions, peuvent appartenir à des genres différents. Exemple : Sabouraudites audouini et Trichophyton ferrugineum (ancien Microsporum ferrugineum), ainsi que l’a montré Talice ; de même, T. concentricum et T. rubrum, qui avaient été réunis à Epidermophyton floccosum, — dont ils sont ceepndant bien différents, — parce que, comme ce dernier, ils ne produisent pas de lésions pilaires.

Les caractères des lésions sont commodes pour l'identification des parasites, mais ils n’ont pas la valeur de caractères génériques. D'ailleurs, un même champion peut produire des lésions différentes suivant sa localisation et, inversement, une même lésion cutanée peut être occasionnée par des champignons différents : ainsi, Trichophyton violaceum peut donner, outre une teigne endothrix, un herpès circiné, des lésions suppuratives, des godets, etc. Ces constatations correspondent à l’absence de spécificité étiologique des dermatomycoses et au polymorphisme des lésions que chacun de ces parasites peut provoquer (Talice).

è° CLASSIFICATION BOTANIQUE

Il a par conséquent semblé logique de chercher à classer les dermatophytes en considération de leurs caractères botaniques, plutôt que d’après les lésions qu'ils provoquent. C’est ainsi qu’au cours de ces dix dernières années, quatre essais de classification botanique des champignons des teignes ont été tentés :

en 1923 — par M. Ota et M. Langeron ;

en 1924 — par L. Grigorakis, classification reprise par J. Guiart et L. Grigorakis en 1928 : |

en 1925 — par P. Vuillemin :

en 1930 — par M. Langeron et S. Milochevitch.

Ota et Langeron établissent leur classification d'après les caractères des aleuries, des fuseaux et la présence d’arthrospores ou d’organes nodulaires. Ils rangent les dermatophytes dans les Hyphomycètes, parmi les Conidiosporés et créent pour ces champignons une sous-famille nouvelle, celle des Clostérosporés, caractérisée par la présence de fuseaux. Toutefois, ces auteurs font une place particulière à

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Trichophyton currii Chalmers et Marshall 1914 qui présenterait des périthèces bien conformés avec des asques ; ils classent cette espèce dans un genre particulier (Ateleothylax), parmi les ascomycètes, dans la famille des gymnoascacées.

Vuillemin prend comme base de sa classification les organes de propagation : aleuries et arthrospores.

Grigorakis fait intervenir pour la classification des considérations multiples :

les organes reproducteurs : aleuries, fuseaux et arthrospores ;

les caractères des cultures : duveteuses, poudreuses et glabres ;

la dégradation pléomorphique ;

la cytologie des organes reproducteurs.

Vuillemin et Grigorakis classent les champignons des teignes dans les Arthrosporés qui sont des Hyphomycètes Thallosporés.

Les arthrospores qui caractérisent les Arthrosporés sont des fragments provenant de la désarticulation des filaments végétatifs, coupés carrément à l’origine et pouvant s’arrondir par épaississement de leurs parois.

Vuillemin et Grigorakis établissent une séparation profonde entre les dermatophytes à culture glabre et les dermatophytes à culture duveteuse ou poudreuse :

ils classent les champignons à culture duveteuse ou poudreuse dans la tribu de Aleurismées caractérisée par la formation d’aleuries ou de fuseaux ;

et ils rangent les champignons des teignes à culture glabre dans la tribu de Mycodermées, caractérisée par la production d’arthrospores de même structure que les hyphes mycéliennes.

Pour Grigorakis, les dermatophytes présentent une dégradation pléomorphique entraînant la disparition des organes propagateurs (aleuries et fuseaux) et qui s’accuse avec le plus d'intensité chez les Trichophyton mégasporés des bovidés. Ces espèces seraient ainsi fixées dans une morphologie très pauvre (mycélium irrégulièrement cylindrique et vacuolaire — chlamydospores terminales, ou intercalaires, ces dernières considérées comme des arthrospores lorsqu'elles sont disposées en chaînettes).

Par contre, Langeron et Milochevitch pensent que la simplification morphologique observée sur les Trichophyton mégasporés des bovidés n’est qu’apparente, qu’elle est due à un développement incomplet ; et ils groupent tous les dermatophytes dans une même famille, celle des gymnoascacées, classe des Ascomycètes. Ces deux auteurs ont adopté cette classification parce qu'ils ont constaté, sur milieux naturels, la formation de périthèces stériles (Ctenomyces mentagrophytes) et sur

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d'assez nombreuses espèces, un ensemble de caractères morphologiques déterminés : appareil sporifère, fuseaux et vrilles, rappelant les caractères des gymnoascacées.

En outre, Langeron et Milochevitch, puis Baudet, n’ont jamais rencontré d’arthrospores sur les dermatophytes en culture, mais uniquement à l’état parasitaire.

Pour ce travail, j'adopterai la classification de Langeron et Milochevitch qui paraît la plus rationnelle. Ces auteurs prennent comme caractères distinctifs les périthèces stériles et les vrilles, l'appareil sporifère, les fuseaux et les filaments mrycéliens. Ils estiment qu’il convient de ne pas tenir compte du pléomorphisme, phénomène pathologique dont l'apparition est provoquée par l’emploi des milieux sucrés ; leur classification des dermatophytes est la suivante :

CLASSE DES ASCOMYCÈTES

ORDRE DES PLECTASCALES.

Périthèce clos, à membrane (péridium) plus ou moins différenciée ; Asques remplissant sans ordre le périthèce.

FAMILLE DES GYMNOASCACÉES.

Périthèce : petites masses sphériques, plus ou moins floconneuses, formées de filaments enchevêtrés ne réalisant pas une véritable membrane ;

Asques : arrondis, octosporés, naissant sur les prolongements internes des filaments du périthèce (filaments ascogènes) ; Appareil conidien : spores latérales isolées, du type aleurie, naissant directement sur des filaments mycéliens (type Acladium)

ou sur des rameaux disposés à angle droit.

Genres : 5 genres de dermatophytes.

1°) Ctenomyces Eidam 1880.

Peridium formé d'une enveloppe lâche, constituée par des hyphes entrelacées, pectinées ou moniliformes, formant plusieurs couches lâchement fibreuses et souvent terminées en spirales, en peignes ou en scies ;

Asques, arrondis, octosporés ;

Conidies, ellipsoïdes, isolées sur des conidiophores simples ou ramifiés à angle droit ;

Fuseaux cloisonnés.

Espèce type : C. serratus Eidam 1880.

Chez les Ctenomyces parasites, il ne semble pas qu’on ait rencon-

tré de véritables asques fertiles, mais on observe en abondance, dans

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les cultures, des glomérules présentant tous les caractères de périthèces stériles. Les caractères des Ctenomyces parasites sont les suivants :

Périthèce stérile, ni asques, ni ascopores ;

Appareil conidien portant des spores arrondies, pédiculées, caduques, du type aleurie ;

Fuseaux en quenouille, de 6 à 7? loges ;

Vrilles portées par des filaments toruleux, granuleux et spécialement différenciés.

Espèce : C. mentagrophytes (— anciens Trichophyton microïdes).

Sabouraudites Ota et Langeron 1923, Langeron et Milochevitch emend 1930.

Pas de périthèce stérile, ni asques, ni ascopores ;

Appareil conidien du type Acladium simple, ou en grappe à ramifications cruciales.

Fuseaux en navette de 7 à 15 loges ;

Vrilles portées par des filaments minces, non spécialement différenciés ;

Mycélium en raquette ; corémium.

Espèces : S. equinus, S. gypseus (— anciens Microsporum

et anciens Achorion à morphologie de Microsporum).

3°) Epidermophyton Lang 1879, Ota et Langeron 1923 emend.

Appareil conidien inconnu ; Fuseaux en massues à plusieurs loges ; Vrilles terminant des filaments non différenciés. Espèce : E. floccosum (Harz 1870), Langeron et Milochevitch Pas d’espèce parasite connue sur les animaux.

Trichophyton Malmsten 1848, Langeron et Milochevitch emend 1930.

Pas de périthèce stérile — ni asques, ni ascospores ;

Appareil conidien du type Acladium, rarement en grappe composée ; spores petites, arrondies, sessiles, rarement pédiculées, plus ou moins caduques, du type aleurie ;

Vrilles portées par des filaments non différenciés ;

Fuseaux peu abondants, petits, étroits, à pédicule épais et tronqués à l'extrémité ;

Mycélium fin, quelquefois fragile et se fragmentant en bâtonnets.

Les Trichophyton sont divisés en 3 groupes :

a) T. endothrix. Lésion pilaire purement endothrir. (Pas d’espèce parasite connue sur les animaux).

b) T. mégasporés. Lésion pilaire endo-ectothrir à grosses spores. Cultures glabres ou duveteuses sur les milieux d’épreuve.

Espèces : T. equinum.

T. verrucosum.

T. caballinum.

T. album.

T. ochraceum.

T. discoides.

c) T. épidermophytles. Localisés à l’épiderme et à la peau glabre. (Pas d'espèce parasite connue sur les animaux).

5°) Achorion Remak 1845.

Ni périthèce stérile, ni vrilles, ni appareil sporifère, ni fuseaux. Colonies glabres formées de mycélium avec formes de souffrance. Espèce : A. schonleini (Lebert 1843).

Pas d'espèce parasite connue sur les animaux.

L'idée de classer les dermatophytes dans les Ascomycètes est due à Matruchot et Dassonville. Dans une série d’études remarquables, ces auteurs ont relevé, en 1901, les affinités de ces champignons avec les gymnoascacées. Ces affinités résident :

a) dans l'appareil conidien qui, chez les dermatophytes, est constitué sur le même type que celui des genres Gymnoascus et Cténomyces ;

b) dans la présence de tortillons spiralés ou vrilles chez les dermatophytes, qui rappellent les ornements rencontrés dans le périthèce des gymnoascacées.

C’est ainsi que Matruchot et Dassonville ont étudié un Trichophyton (peut-être T. granulosum ?) qui ressemble en tous points à Cfenomyces serratus Eidam, espèce dont P. A. Dangeard a étudié, histologiquement, le développement des asques et du périthèce.

Pour compléter leur démonstration, Matruchot et Dassonville auraient isolé, d’une teigne d’un chien, un champignon, Eidamella spinosa, qui donne des périthèces et se présente incontestablement comme une gymnoascacée. Mais ce champignon ne s’est pas montré, expérimentalement, parasite de l’épiderme et du poil, aussi un doute subsiste sur son rôle pathogène dans là teigne du chien observée par ces auteurs.

Toutes les tentatives faites jusqu’à ce jour pour démontrer la formation en culture pure, chez les dermatophytes, de périthèces fertiles contenant des asques, semblent n'avoir donné aucun résultat. Les observations de Chalmers et Marshall (1914) sur T. currii et de Nannizzi (1926-1927) sur Sabouraudites gypseus n’emportent pas la conviction et peuvent se rapporter à des impuretés.

Il résulte de cet exposé sur l’état actuel de nos connaissances, en ce qui concerne la morphologie microscopique des champignons des teignes du cheval et des bovidés et la classification des dermatophytes, que des recherches poursuivies en partant de souches récemment isolées, cultivées sur milieux naturels, devaient permettre d’apporter une contribution intéressante à la morphologie de ces champignons et à leur classification botanique.

Placé dans des conditions favorables pour recevoir des poils parasités du cheval et des bovidés, non seulement de la métropole, mais de l’Afrique du Nord, des colonies françaises, et de Syrie, j'ai procédé à une large enquête sur ces dermatophytes.

J'ai pu ainsi isoler quatre espèces non encore décrites et préciser, en ce qui concerne Sabouraudites equinus, Trichophyton equinum et surtout les Trichophyton mégasporés des bovidés, des détails mycologiques qui confirment l’homogénéité du groupe des dermatophytes et montrent le bien fondé de la classification proposée par Langeron et Milochevitch.

L’exposé de ces recherches comportera le plan suivant : CHAPITRE I. — Technique générale d’étude d’un champignon des teignes.

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