V. — Deux signes contingents
i° Quelquefois (mais bien rarement) contour festonné, polycyclitjue, de la fausse membrane, cojnme vestige de l'éruption herpétique initiale.
a0 Plus souvent, coïncidence d'herpès, soit sur la muqueuse buccale(langue. palais, lèvres), soit à la peau.
VI. — Adénopathie faisant souvent défaut; — en tout cas, peu développée et de caractère seulement fluxionnaire.
VII. — Evolution hâtive, remarquablement aiguë. La maladie « tourne court » au bout de quatre à cinq jours (Bourges), puis s'éteint.
II. — Unilate'ralite de lésions (sauf exceptions tout à fait rares).
III. — Symptômes angineux d'intensité moyenne le plus souvent, et ne dépassant ce degré qu'en certains cas assez rares.
IV. — Symptômes généraux d'intensité simplement moyenne dans la majorité des cas, ne dépassant ce degré qu'en certains cas assez rares.
Exceptionnellement, coïncidence d'herpès, par exemple sur l'amygdale du côté opposé à la lésion.
VI. — Adénopathie constante. Et, de plus, adénopathie comportant les caractères du bubon satellite, comme aphlegmasie, indolence, dureté spéciale, etc.
VII. — Evolution bien autrement lente. Durée plus longue de l'état pseudo-membraneux, auquel survit l'érosion ou I ulcération chancreuse.
à fait au début de la maladie, on peut quelquefois constater sur leur muqueuse rouge et gonflée, ou sur celle du voile du palais, quelques vésicules grosses comme un grain de millet. Ces vésicules sont claires, transparentes, proéminant légèrement. Dès qu'elles se rompent, on voit à leur place une très petite ulcération, à coté de laquelle s'élèvent de nouvelles vésicules provenant d'une poussée plus récente.
« Mais ce stade \ésiculeux est tellement précoce et tellement court qu'on
DIAGNOSTIC. ANGINE DIPHTHÉlUTIQCE. 169
iv. — Pour des raisons toutes semblables (car il n'est qu'un pas de l'angine couenneuse à l'angine diphthéritique en tant que caractères d'objectivité), le chancre pseudo-membraneux de l'amygdale a pu être confondu avec l'angine de la diphthérie. Legendre, par exemple, a relaté un cas des plus curieux où, dit-il, « l'aspect de l'amygdale, le faciès du malade, l'adénopathie (plus diffuse qu'elle ne l'est d'ordinaire par retentissement d'un chancre syphilitique) étaient autant de raisons qui militaient pour le diagnostic d'angine diphthéritique ou tout au moins pour la vraisemblance de cette hypothèse » ; et cependant, il ne s'agissait que d'un chancre, comme le démontra l'évolution morbide1.
Trois sigues (sans parler de quelques autres d'importance moindre) fixeront ici le diagnostic.
i° Unilatéralité, cantonnement et fixité de la lésion, au cas de chancre.
Tout au contraire, au cas de diphthérie, bilatéralité des lésions membraneuses; — de plus, diffusion rapide et même parfois généralisation du processus diphthéritique à toute la gorge, puis au larynx, etc.
na presque jamais Voccasion de l'observer, et il est pour ainsi dire inutile de rechercher les vésicules pour confirmer son diagnostic. »
H. Bourges. Les angines pseudo- diphthe'riques, Semaine médicale, 10 juillet 1895.
I. « Nous avons vu, dit Legendre, des malades porteurs de chancre de l'amygdale aboutir à un état général vraiment très peu satisfaisant (obs. I et II), état parfois même d'apparence si infeatieuse que l'idée de la diphthérie venait de suite à la pensée de gens habitués à observer des diphthéritiques. » (Mém. cité.)
V. de même : A. Robin, Delà syphilis amygdalienne à forme diplithéroïde. Leçon recueillie par V. Juhel-llenoy, 1886;
E. Jeanselme, De l'arrière-gorge et de l'amygdale en particulier, considérées comme portes d'entrée des infections, Gazette des hôpitaux, 25 janv. 1890;
Duncan Bulkley, Trans. med. soc. of t/ie State of New-York, i8g3;
Pr Diculafoy, Le chancre de l'amygdale, Semaine médicale, 3 avril 1895,
I7O CHANCRE DE L'AMYGDALE.
2° Evolution morbide. — Avec le chancre, état diphthéroïde précédé d'un mal de gorge plus ou moins ancien, pouvant dater de quelques semaines. — Avec la diphthérie, état pseudo-membraneux presque d'emblée, comme phénomène initial ou précoce de la maladie.
3° Critérium formel fourni par les cultures. — En cas de doute, on se hâtera de procéder à des ensemencements, qui révéleront ou non, à brève échéance, le bacille de Loeffler.
v. — Enfin, je mentionnerai comme susceptible de simuler le chancre amygdalien une affection encore très peu connue, non décrite dans les classiques et que, provisoirement, j'ai baptisée du nom & amygdalite lacunaire ou caverneuse^ . Cette affection (que je me borne à signaler ici sans la décrire) consiste en des ulcérations d'origine encore absolument indéterminée, qui se produisent sur les amygdales. Quand elles sont notablement profondes, elles excavent l'organe « en géode », et prennent exactement l'aspect d'une gomme en voie d'élimination ulcérative. Sont-elles moins creuses, elles peuvent revêtir l'aspect du chancre. J'ai vu déjà deux cas où des lésions de cet ordre présentaient une ressemblance vraiment frappante avec le chancre ulcéreux de l'amygdale.
Mais l'absence d'adénopathie, tout d'abord, et, plus tard, l'évolution morbide suffisent amplement en l'es-
1. C'est là, très vraisemblablement, la même affection qui a été signalée et décrite par M. le Dr Moure (de Bordeaux) sous le nom Û'amjrgdalitc lacunaire ulcéreuse aiguë. S'il en est ainsi, tous droits de priorité reviennent à mon honoré confrère, puisqu'on dehors de mes leçons cliniques je n'ai rien publié sur la question.
M. le DrMcndcI, un de mes anciens internes, vient aussi de consacrer un intéressant mémoire à cette curieuse affection amygdalicnne, qu il qualifie du nom d'amygdalite ulcéreuse cltancri forme.
DURÉE. COMPLICATIONS. iyi
pèce à déterminer le diagnostic, du moins en ce qui concerne le chancre.
Evolution, durée, complications. — L'évolution du chancre amygdalien est celle du chancre syphilitique en général. Rien de spécial à en dire.
Sa durée varie suivant les formes : cinq semaines, en moyenne, pour les formes bénignes; deux mois environ et quelquefois plus, pour les formes ulcéreuses, étendues.
Absence de complications locales, tel est le fait de beaucoup le plus habituel. Cependant, on a signalé quelquefois une certaine tendance à l'ulcération, à l'envahissement, ou bien encore à des formes malignes (état pultacé, gangrène, phagédénisme). Dans un cas de M. le docteur Mauriac, par exemple, un chancre amygdalien « devint pultacé, puis gangreneux, avec tendance au phagédénisme, en s'accompagnant de troubles fonctionnels de l'angine la plus aiguë et la plus douloureuse ». Mais jamais — à ma connaissance tout au moins — de telles menaces ne se sont réalisées ; jamais le chancre n'a abouti à détruire l'amygdale et à se déverser sur les organes voisins.
11 en est tout différemment pour ce qui concerne les complications d'ordre général. Nous avons vu dans ce qui précède le chancre amygdalien déterminer parfois certains troubles réactionnels et sympathiques, voire des plus accentués : frissons, élévation de température, accélération du pouls, malaise de tout l'être, anorexie, courbature, céphalalgie, affaissement, adynamie, politesse du pouls, etc. Or, de tels accidents — je ne puis m'empècher de le répéter encore — constituent, à coup sûr, une anomalie, une exception dans la symptomatologie du chancre syphilitique, lésion par excellence
CHANCRE DE l'aM YGDALE.
froide, aphlegmasique, apyrétique. Si bien que le pelil orage infectieux ou quasi-infectieux qui résulte de ces complications d'ordre général doit être considéré comme une particularité des plus insolites, des plus étranges el même, le mot n'a rien d'exagéré, des plus extraordinaires.
Traitement. — Nous ne disposons que de moyens thérapeutiques d'influence bien restreinte contre le chancre amygdalien. Fort heureusement cela lui suffit pour aboutir à guérison.
A ne parler que des agents locaux, on prescrira ceci :
Dans la période d'augment ou d'état : gargarismes, ou plutôt bains de bouche émollients avec décoction de guimauve, de guimauve et de pavot, eau glycérinée, etc. Pour avoir quelque efficacité, ces bains de bouche devront être répétés fréquemment et prolongés plusieurs minutes. — Pulvérisations émollientes, tièdes, renouvelées deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.
Dans une période plus avancée, gargarismes au borate de soude ou bien au chlorate de potasse; — badigeonnages au collutoire borate (glycérine pure, 3o grammes, et borate de soude, 10 grammes).
En cas de douleurs vives, gargarismes additionnes d'une petite quantité d'opium, ou badigeonnages à la cocaïne; — pastilles au chlorhydrate de cocaïne, etc.
S'il paraît opportun de modilier l'état des surfaces, attouchements quotidiens ou bi quotidiens avec la teinture d'iode ou avec la teinture alcoolo-éthérée ou chloroformo-éthérée d'iodoforme à saturation ; — cautérisations au crayon de nitrate d'argent tous les trois ou quatre jours.
Ces cautérisations au crayon sont encore utiles dans