CHANCRE DE LA PITUITAIRE. — CHANCRE DES NARINES
A l'étude du chancre de la muqueuse buccale je ferai succéder immédiatement celle du chancre des deux autres muqueuses faciales, la pituitaire et la conjonctive.
Les chancres de la pituitaire (dont on ne saurait distraire les chancres des narines) sont extrêmement rares. Je n'en compte que 5 dans ma statistique de ville. Un interne de Lyon, M. Chapuis, qui vient de publier un très intéressant travail sur ce sujet1, n'a pu en réunir que 22 cas dans toute la science.
Eliologie. — Un premier point à signaler en tête de
1. V. Gazette des hôpitaux, i3 oct. 1894. — Celte excellente monographie contient un historique si complet de la question qu'il me dispensera de toute indication bibliographique.
Tout récemment, M. le Dr Juliano Moreira (de Bahia) -vient de publier un cas tu s intéressant de chancre de la cloison, ayant servi d'origine, sur un sujet saturnin, à une syphilis maligne. (V. Annales de derm. et de 'yph.\ juin 1895, p. 5ai.)
CIIANCIIE DE LA PITUITAIKE.
ce chapitre, c'est que l'étiologie du chancre de ces régions reste le plus souvent impénétrable et tout à fait mystérieuse. Cela ressort de la lecture des observations. Cela résulte aussi de mon expérience personnelle. C'est presque toujours en pure perte que je me suis évertué à chercher une cause plausible à la contagion. Pour la grande majorité des cas, on en reste à ignorer, même après longue et scrupuleuse enquête, d'où a pu procéder cette contagion. Trois de mes clients de la ville, gens fort intelligents, n'ont cessé de m'aflirmer qu'ils étaient les premiers à ne pas savoir « comment cela leur était venu » et que l'origine de leur mal restait pour eux « incompréhensible ». Il est donc à croire que le chancre nasal résulte le plus souvent de cet ordre de contagions de pur hasard dont je vous parlais précédemment et vis-à-vis desquelles toute recherche rationnelle perd ses droits.
En certains cas, cependant, le mécanisme de la contagion a pu être découvert — ou supposé tout au moins avec quelque vraisemblance. Ainsi, il parait avéré que cette contagion peut dériver de trois origines, à savoir : contact direct; — transport du contage par les doigts; — contamination médiate. — Quelques détails.
I. — La contagion directe résulte le plus souvent du baiser ou d'une caresse linguale; — parfois aussi, chez l'homme, d'un contact génito-facial.
Dans un cas relaté par Spencer Walson, elle a dérivé d'une succion exercée par un nourrisson syphilitique sur le bout du nez d'une nourrice.
Dans un autre cas, elle a été le produit d'une morsure 1 .
i. V. Guignard, Contribution à l'étude des chancres syphilitiques extragénitaux, Thèses tic Paris, i88u.
ÉTIOLOGIE. 1^5
Un de nos confrères a la certitude, m'a-t-il affirmé, d'avoir contracté un chancre de la pituitaire pour avoir reçu d'un de ses clients une projection de salive dans les fosses nasales, au moment où il lui cautérisait des plaques muqueuses de la gorge.
II. — D'autres fois la contagion a été portée aux fosses nasales par les doigts chargés du contage spécifique. Exemples :
Un homme marié se laisse entraîner un soir chez une fille publique. Là, pris subitement « de la peur d'attraper un mauvais mal », il n'ose se livrer au coït, mais ne s'abstient pas toutefois de quelques attouchements vulvaires. Six semaines plus tard, il vient me consulter pour « un bouton qu'il a dans le nez », bouton qui n'était autre qu'un chancre de la cloison, comme l'événement l'a démontré, Or, plus de vingt fois depuis lors il m'a répété ceci : « Je suis bien certain d'avoir contracté la syphilis dans la fâcheuse rencontre que je vous ai contée, car je ne m'étais exposé de vieille date à aucun autre risque; et je suis non moins certain de l'avoir contractée par mes doigts, cela pour les deux raisons que voici : c'est, d'abord, que j'avais négligé de me laver les mains en sortant de chez la fille en question; c'est, de plus, qu'à cette époque j'avais depuis quelque temps une petite éraillure du nez que je m'égratignais sans cesse et que j'ai dû sûrement inoculer avec mes doigts. »
Un de nos confrères s'est très vraisemblablement inoculé de la même façon « pour avoir égratigné avec ses doigts un petit bouton d'acné qu'il portait à la narine, après avoir manipulé des plaies syphilitiques ».
Le Dr Jullien a relaté un fait se résumant en ceci : Un charretier avait reçu plusieurs blessures au nez. Ces