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TutiUté de réformes de ce genre et nous expose les principes qui doivent y présider. La République Argentine fournit le premier exemple des abus qu'engendre le cours forcé et des difficultés qu'éprouve un pays à se débarrasser du papiermonnaie une fois installé dans la communauté. Le projet du ministre Terry, qui propose d'instituer Vargentino d'or égal au franc, paraît avoir des chances sérieuses de succès.
La stabilisation de la piastre au Mexique marche plus vite. Ce pays, dont le développement financier et économique est, depuis une vingtaine d'années, en progrès ininterrompu, a eu le courage de démonétiser l'argent, bien qu'il soit le principal producteur de ce métal. Mais il a compris qu'il était indispensable, pour la régur larité de son commerce et la fixité de ses budgets, d'avoir le même étalon que la presque unanimité des grandes nations modernes, l'or.
Celui-ci s'extrait tous les ans en quantités croissantes: en 1905, le Transvaal, l'Amérique, la Russie et nombre d'autres contrées en ont fourni pour une valeur de près de deux milliards de francs, et rien n'indique qu'au cours despro-
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chaînes années ce chiffre ne doive pas être aisément maintenu, sinon dépassé. Parallèlement l'argent, non seulement n'a pas baissé, mais a fait preuve, depuis le commencement du XX* siècle, d'une fermeté remarquable. Après avoir perdu un moment près des sept dixièmes du cours coté lorsque le célèbre rapport de 15 grammes 1/2 d'argent pour 1 gramme d'or régnait dans l'Union latine et dans le reste du monde, il se traite aujourd'hui à Londres aux environs de
30 pence l'once standard, ce qui correspond à
31 grammes d argent pour 1 gramme dor : la perte du métal blanc n'est donc plus guère que de moitié. Il est encore demandé en quantités considérables par la Chine et l'Inde et sert partout à frapper les monnaies divisionnaires, dont la somme augmente tous les ans. En y ajoutant les emplois industriels, on s'explique que la production ait pu se maintenir à peu près au niveau de 1893, soit 165 millions d'onces, sans faire baisser le prix et en lui permettant même de se relever dans la proportion que nous venons d indiquer.
Depuis que M. Favre a écrit son étude sur le change espagnol, une amélioration considérable
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s'est produite : de 30 pour 100 de prime Vor est tombé à Madrid à 16 pour 100, c'est-à-dire qu'il suffit aujourd'hui de 116 pesetas pour obtenir 100 francs, ou ce qui revient au même, 100 pesetas d'or, qui s'échangeaient il y a peu de temps contre 130, et, il y a deux ans, contre lâO pesetas de papier ou d'argent. Les obstacles qu'opposaient à cette détente, justifiée par la situation budgétaire et économique de l'Espagne, des intérêts particuliers, mal entendus, ont cédé devant la logique des faits : une réforme plus énergique encore de la Banque d'Espagne ramènera le change au pair, c'est-à-dire au point où il se trouvait il y a une vingtaine d'années .
Après avoir ainsi étudié trois pays où l'assainissement de la monnaie est effectué ou à la veille de l'être, M. Favre examine le Maroc et émet certaines idées qu'il sera intéressant de discuter lorsque la conférence d'Algésiras aura terminé ses travaux.
Le problème chinois qu'il aborde ensuite est caractérisé par deux traits : pour le Céleste, la monnaie est un poids plutôt qu'une valeur, et les poids en usage à cet effet varient de province à
province. La grande intelligence commerciale des Chinois permettra évidemment, à un moment donné, de les doter d'une saine monnaie, et très probablement d'introduire chez eux d'emblée l'étalon d'or : mais il faudra quelque temps pour pénétrer les masses profondes de ces centaines de millions d'hommes.
L'Indo-Chine française devra sans doute, comme les autres contrées d'Extrême-Orient, arrêter la frappe libre de la piastre d'argent, mais M. Favre croit quelle gardera celle-ci comme étalon. Il appuie principalement son argumentation sur la nécessité de conserver le métal blanc à raison du commerce de notre empire d'Extrême-Orient avec la Chine, le Japon, Hong-Kong, Singapour, le Siam, commerce dont le chiffre dépasse le mouvement de ses échanges avec l'Europe. Mais, sauf la Chine, les pays en question sont à l'étalon d'or, et la Chine y marche : nous pensons que l'Indo-Chine, à un moment donné, devra suivre l'exemple des autres grandes communautés asiatiques. M. Favre lui conseille d'attendre pour cela que la Chine l'ait précédée dans cette voie.
Quand M. Favre, dans son chapitre intitulé
« Les mouvements de Vor entre les États-Unis et l'Europe », nous dit que l'or a une tendance à se transporter là oà il trouve les emplois les plus avantageux, nous devons faire certaines réserves ; car, ainsi exprimé, ce principe devrait nous amener à la conclusion que Vor afflue sur les places oà Vintérét des capitaux est le plus élevé, et nous aurions peine, à la lumière de cette explication, à comprendre V afflux incessant du mitai jaune dans les caves de la Banque de France, dont les taux d'escompte et d'avance n'ont guère cessé, depuis bien des années, d'être à peu près les plus bas du monde. M. Favre explique du reste très clairement les conditions dans lesquelles se produisent les mouvements d'or entre l'Amérique et la France. Son dernier chapitre, qui traite des troubles monétaires aux États-Unis, rappelle les défauts de la circulation américaine, si souvent mis en lumière par tant d'économistes et de financiers, à commencer par les Américains eux-mêmes. Il critique, après bien d'autres, l'émission des billets de banques nationales gagés par un dépôt de rentes fédérales et montre la faiblesse de ce système qui fait reposer la circulation du pays exclusivement sur le crédit de VÉtat. Ce principe est
mauvais; il n'a pas de conséquence fâcheuse, en ce moment, chez nos voisins d'outre- Atlantique, parce que le pays est en merveilleux développement, que sa prospérité économique est considérable et que la Confédération jouit d'un crédit de premier ordre. Il n'en est pas moins certain que la circulation des Banques Nationales ne peut pas s'adapter aux exigences du commerce et de l'industrie, et qu'il vaudrait mieux qu'elle pût se contracter oà s'étendre selon ces besoins, sans être directement influencée par les mouvements de la Dette publique.
Tel est le résumé du volume que nous présentons au public, avec la profonde sympathie que nous avons pour son auteur, un de ces nombreux jeunes gens que nous sommes heureux de voir travailler en France à l'étude des questions économiques. En nous demandant d'inscrire notre nom au frontispice de son œuvre, M. Jean Favre n'a pas réclamé notre adhésion à toutes les idées semées au cours des pages qu'il a écrites sur des sujets divers, d'une importance extrême, et dont chacun mérite, il le sait bien, des développements beaucoup plus étendus. Ce sont là les matériaux
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d'un ouvrage futur, qu'il aura sans doute le loisir d'édifier : ces matériaux eux-mêmes seront polis et façonnés de la main de l'ouvrier avant de prendre leur place définitive. Démêler les causes des phénomènes monétaires est une tâche infiniment plus complexe et délicate que d'en décrire l'évolution : c'est déjà cependant un mérite singulier que d'observer celle-ci avec précision et d'en noter les phases. Les études qui suivent ont rempli cette partie du programme et méritent de figurer au nombre des documents financiers que la génération actuelle consultera avec fruit.
Raphaël-Georges LÉVY.