‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 100 sur 245 · L'OMBRE D'ANACRÉON · texte numérisé non relu

L'OMBRE D'ANACRÉON

SAINTE-PELAGIE Air : De la Sentinelle.

Un jeune Grec sourit à des tombeaux :

Victoire ! il dit ; l'écho redit : Victoire ! 0 demi-dieux ! vous nos premiers flambeaux, Trompez le Styx, revoyez votre gloire !

Soudain, sous un ciel enchanté,

Une ombre apparaît et s'écrie :

« Doux enfant de la Liberté, (Bis.)

« Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie !

« 0 peuple grec ! c'est moi dont les destins « Furent si doux chez tes aïeux si braves ; « Quand ils chantaientramourdans leurs festins « Anacréon en chassait les esclaves.

« Jamais la tendre Volupté

« N'approcha d'une âme flétrie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie !

« De l'aigle encor l'aile rase les cieux, « Durossignol les chants sont toujours tendres; « Toi, peuple grec, tes arts, tes lois, tes dieux, « Qu'en as-tu fait? qu'as-tu fait de nos cendres?

« Tes fêtes passent sans gaité

« Sur une rive encor fleurie.

« Doux enfant de la Liberté,

« Le Plaisir veut une patrie I « Une patrie !

Déjà vainqueur, chante et vole au danger; Brise tes fers : tu le peux, si tu l'oses. Sur nos débris, quoi ! le vil étranger Dort enivré du parfum de tes roses !

« Quoi ! payer avec la beauté « Un tribut à la barbarie !

« Doux enfant de la Liberté, « Le Plaisir veut une patrie 1 <i Une patrie !

C'est trop rougir aux yeux du voyageur Qui d'Olympie évoque la mémoire.

Frappe ! et cesbords.au gréd'unciel vengeur, Reverdiront d'abondance et de gloire.

« Des tyrans le sang détesté « Réchauffe une terre appauvrie.

« Doux enfant de la Liberté, « Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie !

A tes voisins n'emprunte que du fer :

Tout peuple esclave est allié perfide.

Mars va t'armer des feux de Jupiter ; Cher à Vénus, son étoile te guide (I) « Bacchus, dieu toujours indompté <> Remplira ta coupe tarie.

« Doux enfant de la Liberté, « Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie ! »

Il se rendort, le sage de Téos.

La Grèce enfin suspend ses funérailles.

Thèbes, Corinthe, Athènes, Sparte, Argos, Ivres d'espoir, exhumez vos murailles !

Vos vierges même ont répété

Ces mots d'une voix attendrie:

« Doux enfant de la Liberté,

" Le Plaisir veut une patrie !

« Une patrie ! »

(l) Suivant M. Pouquevillc, les Grecs ont encore en VL^iiératioii l'Oloilc de Vénus.

LES CHANSONS DE DÉRANGER

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