‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 115 sur 245 · L'AIGLE ET LÉTOILE · texte numérisé non relu

L'AIGLE ET LÉTOILE

A son (5toile, à travers un nuage, L'aigle s'adresse : — On manque d'air ici ; Celle île d'Elbe est une étroite cage.

Paris m'attend ; qu'il dise : Le voici ! Brille, et je pars. On manque d'air ici.

Reprends l'éclat des jours de ma jeunesse, Lorsque le ciel n'écoutait que ma voix ; Lorsqu'un grand peuple, ivre de mon ivresse, Riait vainqueur au nez de tous les rois. Le ciel encor doit écouter ma.voi.\.

Mais à ton l'eu ma foudre se renflamme; Oui, tu renais. De clocher en clocher, Je vais voler jusqu'aux tours Notre-Dame. Que le drapeau qui dort sur ce rocher Vole avec moi de clocher en clocher.

L'aigle fend l'air. Le peuple, qui l'appelle, Le voit de loin : — Français, séchons nos pleurs. C'est lui, c'est lui! que son étoile est belle 1 H nous revient quand renaissent les Heurs, Aigle du ciel, tu vas sécher nos pleurs.

Salut ! sailli! Notre amour le seconde.

— Enfants, bonjour! leur dit l'aigle en iiassant. Soldais, bourgeois, paysans, tout uu nionde Lui crie : — A toi nos biens et notre sang !

— Bonjour, bonjour ! leur dit l'aigle en passant.

De son étoile, alors plus éclatante.

Le cours rapide éblouit tout Paris ; Pour le vingt mars, la foule, dans rattente. Mêle à ses vœux des souvenirs chéris (l;. L'étoile heureuse éblouit tout Paris.

Rois alliés, que faites-vous dans 'V^ienne? Tous sont au bal après quinze ans de deuil (2;, Ne craignant plus que d'un coup d'aile il vienm; lîteindre encor leur joie et leur orgueil. Ils dansent tous après quinze ans de deuiL

Mais sur leur front éclate la nouvelle : Il revient ! Dieu! Pâlissent tous les rois, En vain l'orclieslie au jiluisir les appelle. Sur les divans ils retombent sans voix. Dieu! que ce bal a vu pâlir de rois!

Pourtant on rêve encore aux Tuileries : Mais l'aigle frappe aux vitraux du palais. Tout tremble alors, princes, grandeurs, pairies — Fuyons à Lille; oui, fuyons à Calais. Il frappe, il frappe aux vitraux du palais.

Le vieux Louis se dit : — J'arrive à peine ; A peine a-l-on dételé mes chevaux, Que dans l'exil il faut i[u'on me remmené Tendre la main à des secours nouveaux, .\ peine a-t-on dételé mes chevaux.

(1) Aiiiiivcri^iire de la naissance du l'oi d'; Home.

(2) C'est en etîcl pendant un bal (]Uo se lepundil ù Vienne la nojvelle du relonr de Naiioléon.

Du trône enfin les rois savent descendre. Ce prince est vieux; peuple compatissant, DiU-il rentrer dans nos villes en cendre, Les pieds rougis du plus pur de ton sang. Laisse-le fuir, peuple compatissant.

L'aigle en triomphe a ressaisi son aire, Mais quoi ! soudain son étoile a pâli. Pour lui déjà s'alourdit le tonnerre, Et dans sa gloire il semble enseveli.

Malheur ! malheur 1 son éloile a pùli !

Cent jours passés, un Anglais sous sa voile Voit tout sanglant tomber l'aigle abattu. Le doigt de Dieu vient d'éteindre l'étoile; N'espère entin, peuple, qu'en ta vertu.

L'éloile meurt, l'aigle tombe abattu.

LES CHANSONS DE BÉUA.NGER

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