‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 118 sur 245 · AME MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

AME MÉTAPHYSIQUE

AyR : Da Ballet de» pierrots.

Un joui'danio Mélaphysicjue

Me dit : « Petit rimeur, allons !

<( Prends un vol plus pliilosophique ;

« Monte dans un de mes ballons.

Il Je suis la grande aéronaute,

Il Faisant paître au ciel mon troupeau.

i( Nous y~tenons place si haute,

« Que Dieu nous ôte son chapeau.

'( Jadis j'ai ravi Ijien des sages.

« De Platon le ballon puissant

<i A transporté dans les nuages

« Le christianisme naissant.

« Et combien de docteurs modernes,

« En ballon d'un vaste appareil,

<t Vont sans cesse, armés de lanternes,

<( A la recherche du soleil 1

K Vois-les tous battre la campagne,

« A l'ouest, au nord, au sud, à l'est;

« Vois-les inonder r.\llemagne

« De tout le sable de leur lest.

<( En France, où par ma gloire il règne

« Des mansardes jusqu'aux salons,

« L'éclectisme à prix d'or enseigne

« L'arl de dirij;ci" mes liai Ions. »

La dame si bien m'ensorcelle.

Qu'en ballon je monte et je pars.

Un docteur conduit la nacelle.

Dieu 1 nous voilà dans les brouillards. L'obscurité plaît à mon guide; Mais moi, contre lui maugréant, Je me vois, dans l'ombre et le vide, Face à face avec le néant.

Bien plus ; dans une nuit complète, Mille ballons vont se heurtant.

Quels mots à la tète on se jette'.

Que d'énigmes à bout portant I Notre esquif se brise à la lutte :

Nous tombons de tout notre poids.

Bonsoir ! mon docteur, dans sa chute, Fait de peur un signe de croix.

Je croyais, je ne puis le taire, Jusqu'à Saturne avoir volé.

Je n'étais qu'à dix pieds de terre ; Dans un bal je tombe essoufflé.

De fleurs, de femmes, de musique.

Enivré, je soupe en ce lieu Chez un philosophe pratique Qui, le verre en main, bénit Dieu.

— Sage, (irc/,-moi de l'impasse Des moderni's et des anciens.

— Chante, dit-il, et dans la nasse Laisse nos métaphysiciens.

Tout l'amas de leurs œuvres vaines Dont quelcjucs fous vantent l'attrait, CahueiM toujours moins de peines Qu'une chanson de l'abarel.

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