‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 154 sur 245 · ASCENSION · texte numérisé non relu

ASCENSION

Musique de : Les Rossignols vpage 516).

Géant ailé, géant immense, En rêve aux astres m'élevant, Des soleils j"y vois la semence Et ce que Dieu cache au savant.

Dieu donne aux anges qu'il préfère Un instrument harmonieux, Qui, résonnant sur chaque sphère, La dirige à travers les cieux.

Je demande à Tenfant céleste Si c'est son jouet dans les cieux.

— Énorme géant, sois modeste, Dit-il, regarde, et juge mieux.

Je me penche alors sur la boule, Prêt à la prendre dans ma main.

Dieu! j'y vois s'agiter la foule Que nous nommons le genre humain.

.Nuire soleil garde sa lyre, Sirius marche au son du cor, Sur Jupiter l'orgue soupire, A Saturne la harpe d'or.

Devant ces corps, masse infinie, J'ai crié : Gloire au Créateur !

Plus ému de leur harmonie Qu'etl'rayé de leur pesanteur.

Ma confusion est profonde.

Est-ce donc là notre séjour?

— Oui, dit l'ange, voilà ce monde

Dont peu d'entre vous font le tour.

Ton œil y distingue sans doute

Ces monts qui sont géants pour vous,

Et votre océan, cette goutte

Qui suffit à vous noyer tous.

Dans mon vol, sous mes pieds, qu"enlends-je?

C'est le son triste d'un pipeau,

Qui mène au gré d'un tout jeune ange

L'un des corps nains du grand troupeau.

Petit globe, objet de risée !

• In (lirait, à le voir courir,

Du savon la bulle irisée

Qu'un souffle fait naître et périr.

Quoi ! notre gloire impérissable, iXous la hn lissons là-dessus !

Mais qu'importe ce peu de sable Où s'entassent nos vœux déçus!

Qu'importe en quelle étroite bière Nos os tomberont de sommeil ; Aux mains de Dieu, grain de poussière, L'homme pèse jilus (ju'un soleil.

Espère enfin, mon àme, espère; Du doute brise le réseau.

Non, ce globe n'est pas ton père ; Le nid n'a pas créé l'oiseau.

J'en juge à l'effort de ton aile, Qui s'en va les cieux dépassant :

Pour l'engendrer, noble immortelle, II n'est que Dieu d'assez puissant.

Soudain je rentre imperceptible Au lit fangeux du fleuve humain.

Mais, quand d'un accent indicible L'ange me dit ; — Frère, à demain 1 La comète, horrible merveille, De ce globe accroche l'essieu ; Du choc il tombe ; je m'éveille.

Le jour brille, et je bénis Dieu.

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