LE JONGLEUR
Air : .Son" et matin siif la [ongeve.
Les démons sont fous de musique.
Un obscur jongleur fut doté
Par eux, jadis, d'un luth magique
Qui rendait et joie et sanié.
Grâce à de folles mélodies,
Notre homme alors vit ses refrains
Chasser ennuis et maladies,
Peines du pauvre et noirs chagrins.
Avant ce don, bien peu d'oreilles S'éprenaient à l'ouir chanter ; Mais, le iulh ayani fait merveilles, Chacun chez, soi veut le fi-ler.
— L'ami, quoique vilain de race.
Viens avec nous. — Non, viens chez moi. A mon foyer le pauvre a place; Viens chanter un festin de roi.
Notre jongleur a l'àme bonne.
Visitant châteaux et palais, A plus d'un prince il fait l'aumône De joyeux airs, de gais couplets.
Aux gens qu'épuise le servage Il court rendre aussi la gaîté.
La gailé leur rend le courage Qui fait rêver de liberté.
Martyr d'une goutte obstinée, A lui qu'un prélat ait recours ; Qu'une fillette abandonnée Pleure sur d'inconstants amours; Armé du luth, près d'eux il vole, Heureux de voir en peu d'instants Malade et vierge qu'il console Sourire au retour du printemps.
A\issi, qu'il passe, on se le montre; Partout vieillards, lîlles, garçons, Disent : — On bénit sa rencontre Quand son lutli éclate en chansons.
Que de bonheur il en relire Si tant d'échos, émus cent fois, Vont à l'oreille lui redire l^es chants que lui «ouCtle sa voix 1
Mais, sur son grabat, quels fantômes Chaque jour troublent ses esprits !
Il ressent là tous les symptômes Des mauv que son luth a guéris.
Ennuis, chagrins, fièvres, misère, Se vengent du roi des jongleurs.
L'amour s'y joint ; amour sincère Qui ne l'a uourri que de pleurs.
Il recourt à son luth sonore.
Sous ses doigts, il se brise, hélas I Une des cordes vibre encore :
— De ma mort, dit-il, c'est le glas.
Avant l'âge enfin il surcombe, De son art même fatigué ; Et l'on grave en or sur sa tombe :
« Des mortels ci-gil le plus gai. »
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