‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 18 sur 245 · PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

PONIATOWSKI

Air : Prédiction de Nostradamas (page ô'3h

Quoi ! vous fuyez, vous, les vainqueurs du monde ! Devant Leipzig, le sort s'est-il mépris? Quoi 1 vous fuyez ! et ce fleuve qui gronde Dun pont qui saute emporte les débris ! Soldais, chevaux, pêle-mêle, et les armes, Tout tombe là ; l'Elster roule entravé. Il roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes : «Rien qu'une main,(5i.s)Français.jesuissauvél »

« Rien qu'une main 1 malheur à qui limplore! « Passons, passons. S'arrêter! et pour qui? » Pour un héros que le fleuve dévore :

Blessé trois fois, c'esl Poniatowski.

Qu'importe ! on fuit. La frayeur rend barbare. A pas un cœur son cri n'est arrivé.

De son coursier le torrent le sépare : * Rien qu'une main. Français, je suis sauvé ! »

Il va périr ; non, il lutte, il surnage;

Il se rattache aux longs crins du coursier :

" Mourir noyé '. dit-il, lorsqu'au rivage

« J'entends le feu, je vois luire l'acier !

« Frères, à moi ! vous vanliez ma vaillance.

« Je vous chéris ; mon sang l'a bien prouvé.

« Ah ! qu'il m'en reste à verser pour la France !

« Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! »

Point de secours ! et sa main défaillante Lfiche son guide : Adieu, Pologne, adieu ! Mais un doux rêve, une image brillante, Dans son esprit descend du sein de Dieu. « Que vois-je? enfin, l'aigle blanc se réveille, •' Vole, combat, de sang russe abreuvé. <> l'n chant de gloire éclate à mon oreille, " Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! »

Point de secours 1 il n'est plus, et la rive Voit l'ennemi camper dans ses roseaux.

Ces temps sont loin, mais une voix plaintive Dans l'ombre encore appelle au fond des eaux ; Et depuis peu, (grand Dieu, fais qu'on me croie!) J usques au ciel son cri s'est élevé.

Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie : « Rien qu'une main. Français, je suis sauvé ! ■>

C'est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de fois a ]>our nous combattu : Elle se noie au sang qui coule d'elle, Sang qui s'épuise eu gardant sa vertu.

Comme ce chef mori pour mitre patrie, Corps en lambeaux dans l'Elster retrouvé, .Vu bord du goufl're un peuple entier nous crie: B Rien qu'une main. Français, je suis sauvé! »

LES CHANSONS DE DERANGER

HATONS-NOUS

Musique 'te : L'éclielle de Jacoh (page o2o

Ali ! si j'étais jeune et vaillant, Vrai hussard, je courrais le monde, Retroussant ma moustache hlontle, Sous un uniforme brillant.

Le sabre au poing et bataillant, Va, mon coursier, vole en Pologne :

Arrachons un peuple au trépas. Que nos poltrons en aient vergogne.

Hàtons-nous; l'honneur est là-bas. {Bis

Si j'étais jeune assurément J'aurais maîtresse jeune et lielle.

Vite en croupe, Mademoiselle:

Imite/, le beau dévoi'iment Des femmes de ce peuple aimant.

Vendez vos parures, oui, toutes.

En charpie emportons vos draps.

De son sang sauvez ([uelques gouttes, llàtons-nous ; l'hi.inneur est là-bas.

Bien plus, si j'avais des millions, J'irais dire aux braves Sarmates :

Achetons quelques diplomates Beaucoup de poudre, et rhaliiUous Vos héroïques bataillons.

L'Kurope, qui marche à bé([uilles.

Riche goutteuse, ne croit pas A la vertu sous des guenilles, ilàlnns-nous ; l'Iioniieur esl là-bas.

Pour eux, si j'étais roi puissant.

Combien je ferais plus encore !

Mes vaisseaux, du Sund au Bosphore,

Iraient réveiller le Croissant,

Des Suédois réchauffer le sang ;

Criant : Pologne, on te seconde !

Un long sceptre au bout d'un bon bras

Peut atteindre aux bornes du monde.

liàlons-nous ; l'honneur est là-bas.

Si j'étais un jour, un seul jour, Le Dieu que la Pologne implore, Sous ma justice, avant l'aurore, Le czar pâlirait dans sa cour :

Aux Polonais tout mon amour !

Je saurais, trompant les oracles, De miracles semer leurs pas.

Hélas ! il leur faut des miracles !

llàlons-nous; l'honneur est là-bas.

llàtons-nous ! mais je ne puis rien.

0 Roi des cieux ! entends ma plainte ; Père de la liberté sainte, De ce peuple unique soutien, Fais de moi son ange gardien.

Dieu, donne à ma voix la trompette Oui doit réveiller du trépas, Pour qu'au monde entier je répète :

Hàtez-vous ; l'honneur est là-bas.

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