‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 204 sur 245 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

Un liDii vieillai'tl l'onsultail une s[ilR'rc.

A révor vingt ft)is il se iircnil.

Vient un savant ijui le regarde laire,

El dis tout haut : — • Pauvre ignorani !

Aliprentis de nous les secrets (]ue tusomie;

Si lu n'es le fou qui, dil-ou, Traite de fous ceux ijui pèsent les inondes

Haiis la iKilance de Xewtun.

LES CHANSONS DE DÉRANGER

A ce propos le vieillard de sourire :

— L'attraction m'a peu séduit.

N'en parlons pas ; mais vous, daignez me dire

Comment la chaleur se produit.

Dans tout système, un seul fait qu'on ignore

Doit tenir le doute en éveil.

Or il vous reste à deviner encore

La grande énigme du soleil.

Vos devanciers vous ont dressé l'échelle :

Montez ; ils vous tendent la main.

Faites qu'à tous votre savoir révèle

Un progrès de l'esprit humain.

Qui ne connaît jusqu'au moindre cratère

Ce monde orphelin de ses dieux ?

Nous n'avons plus d'inconnu sur la terre :

Il nous faut l'inconnu des cieux

Trop longtemps l'homme à la taille du globe

De ses dieux borna la hauteur.

Creusez le ciel ; que rien ne nous dérobe

L'œuvre sans fin du Créateur.

Le mouvement part de sa main féconde :

Suivez-le, mais les yeux ouverts, Et révélez à notre petit monde

Le Dieu de l'immense univers.

Au sentiment accordez une place...

A ces mots le savant s'enfuit.

— Ce fou, dit-il, aurait besoin de glace.

Le sentiment n'est qu'un produit.

Mais le vieillard lui crie: — A tort, vousdis-je,

La mécanique est votre loi ; C'est Dieu lui seul, oui, c'est Dieu qui dirige

Tous ces globes où l'homme est roi.

LES CHANSONS DE BÉFiANGER

9Sn

Page 1