‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 213 sur 245 · MA CANNE · texte numérisé non relu

MA CANNE

.1;;' nouveau de Pierre Letorej.

Le soleij aux champs d'aller nous fait signe;

Chaque jour s'enfuit de fleurs couronné.

Viens, mon compagnon, humble cep de vigne,

Ami qu'en riant le sort m'a donné.

De quel cru fameux versas-tu l'ivresse ?

L'ai-je célébré dans un gai re])as?

Si jadis ta sève égara mes pas,

Toi seul aujourd'hui soutiens ma vieillesse. A travers bois, prés et moissons, I ^.-^ Allons glaner fleurs et chansons. )

Viens, loin des fâcheux, méditer ensemble ; Je me lie à toi de tous mes secrets.

Tu m'entends chanter, d'une voix qui tremble, De grands souvenirs, de tendres regrets. Au froid, à la neige, au flot des ondées, Au ])ruit du tonnerre, au fracas du vent, (Combien, triste ou gai, quand je vais rêvant, .Sous mon vieux chapeau bourdonnent d'idées ! A travers bois, prés et moissons, ) ,,- Allons glaner fleurs et chansons. '

Souvent, tu le sais, j'ai refait le monde,

De trésors rêvés comblé mes amis.

En projets heureux mon esprit abonde ;

Que d'excellents vers je me suis promis !

Enfant de Paris perdu dans ses fanges.

Je devais, sans nom, battre les ]iavés ;

Mais, pour me reprendre aux enfants trouvés,

La Muse avait mis sa marcpie à mes langes. A travers bois, prés et moissons, ) ,.■ Allons glaner Heurs et cliansons. ' ' '

Ce fut ma nourrice : « Enfant, disait-elle. « Vois, écoute, lis. » Ou, prenant ma main : « Suis- moi hors des murs; la campagne est belle, (c Viens cueillir, pauvret, les fleurs du chemin. » Depuis, loin des biens dont la soif dévore, La Muse à mon feu prit goût à s'asseoir. Et, (luoique affaiblie, a des chants du soir Pour le vieil enfant ([u'elle berce encore. A travers bois, jtrés et moissons, ) ,.■ Allons glaner fleurs et chansons. S

« Dirige le char de la République »,

M'ont crié des fous, sages d'à présent.

Qui, moi. m'atteler au joug politi(]ue,

Lors([u il faut un aide à mon pas pesant !

Ai-je à tel labeur force qui ré|)onde?

Qu'en dis-tu, bâton las de me porter?

Tugi'mirais trop de voir ajouter

Au poids de mon corps tout le ])oids d'un monde. A travers bois, jirés et moissons, > ,,• Allons glaner fleurs et chansons. \

A mes ])remiers temi>s j'ai vieilli lidéle. Tout un passé meurt, mourons avec lui.

Mon cep. je te lègue à l'ère nouvelle; Sois pour des vaincus un dernier appui. Oui, sacli.inl. ami, des que le jour tombe. Combien \\ç faux pas je ferais sans toi, Pour (]uel(jue proscrit, tribun. pa]>e ou roi, Je veux te laisser au bord de ma tombe.

A travers bois, i>rês et moissons, ( ,..

Allons glaner fleurs et chansons. ^

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