MA CANNE
.1;;' nouveau de Pierre Letorej.
Le soleij aux champs d'aller nous fait signe;
Chaque jour s'enfuit de fleurs couronné.
Viens, mon compagnon, humble cep de vigne,
Ami qu'en riant le sort m'a donné.
De quel cru fameux versas-tu l'ivresse ?
L'ai-je célébré dans un gai re])as?
Si jadis ta sève égara mes pas,
Toi seul aujourd'hui soutiens ma vieillesse. A travers bois, prés et moissons, I ^.-^ Allons glaner fleurs et chansons. )
Viens, loin des fâcheux, méditer ensemble ; Je me lie à toi de tous mes secrets.
Tu m'entends chanter, d'une voix qui tremble, De grands souvenirs, de tendres regrets. Au froid, à la neige, au flot des ondées, Au ])ruit du tonnerre, au fracas du vent, (Combien, triste ou gai, quand je vais rêvant, .Sous mon vieux chapeau bourdonnent d'idées ! A travers bois, prés et moissons, ) ,,- Allons glaner fleurs et chansons. '
Souvent, tu le sais, j'ai refait le monde,
De trésors rêvés comblé mes amis.
En projets heureux mon esprit abonde ;
Que d'excellents vers je me suis promis !
Enfant de Paris perdu dans ses fanges.
Je devais, sans nom, battre les ]iavés ;
Mais, pour me reprendre aux enfants trouvés,
La Muse avait mis sa marcpie à mes langes. A travers bois, prés et moissons, ) ,.■ Allons glaner Heurs et cliansons. ' ' '
Ce fut ma nourrice : « Enfant, disait-elle. « Vois, écoute, lis. » Ou, prenant ma main : « Suis- moi hors des murs; la campagne est belle, (c Viens cueillir, pauvret, les fleurs du chemin. » Depuis, loin des biens dont la soif dévore, La Muse à mon feu prit goût à s'asseoir. Et, (luoique affaiblie, a des chants du soir Pour le vieil enfant ([u'elle berce encore. A travers bois, jtrés et moissons, ) ,.■ Allons glaner fleurs et chansons. S
« Dirige le char de la République »,
M'ont crié des fous, sages d'à présent.
Qui, moi. m'atteler au joug politi(]ue,
Lors([u il faut un aide à mon pas pesant !
Ai-je à tel labeur force qui ré|)onde?
Qu'en dis-tu, bâton las de me porter?
Tugi'mirais trop de voir ajouter
Au poids de mon corps tout le ])oids d'un monde. A travers bois, jirés et moissons, > ,,• Allons glaner fleurs et chansons. \
A mes ])remiers temi>s j'ai vieilli lidéle. Tout un passé meurt, mourons avec lui.
Mon cep. je te lègue à l'ère nouvelle; Sois pour des vaincus un dernier appui. Oui, sacli.inl. ami, des que le jour tombe. Combien \\ç faux pas je ferais sans toi, Pour (]uel(jue proscrit, tribun. pa]>e ou roi, Je veux te laisser au bord de ma tombe.
A travers bois, i>rês et moissons, ( ,..
Allons glaner fleurs et chansons. ^