‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 225 sur 245 · AUX OUVRIERS POETES · texte numérisé non relu

AUX OUVRIERS POETES

Voici la fée ; oui, c'est la fée aux rimes, Fille du ciel qui vient nous consoler.

Sa voix ajoute aux chants les plus sublimes ; Mais prenons garde ; elle peut s'envoler : Voyez, amis, ses deux ailes si grandes. Dans ses deux mains, où puisent ses amants, Brillent rubis, perles et diamants, Pour faire aux Muses des guirlandes.

— Combien de maux ta voix charme ici-bas ! Aimable fée, ah ! ne luis pas.

Le sage eu vain crie : « Arrête, .une folle 1 >> Un pauvre enfant, doux, au front nuageux, Qu'elle a séduit au sortir de l'école.

Contre son joug court échanger ses jeux. Dèslors, auxcliam}is,dans les bois,surlesgri''ves, Chercheur d'éclios, par elle il va penser. Meurt-il obscur, elle vient le bercer L)e bruits de gloire cl de lnng> rc\es.

— Combien de maux la voix charme ici-bas ! Aimable fée, ah 1 ne fuis pas.

Si les cités consacrent sa puissance, Elle est de fête au foyer des hameaux. Mais d'ouvriers une foule l'encense :

A ses faveurs, quels droits ont-ils ? Leurs maux. 11 faut si peu pour rendre le courage A tous ces cœurs par la fièvre agités ! La bonne fée en leur disant: Chante/. ! Donne à leur soif l'eau d'un mirage.

— Combien de maux ta voix charme ici-bas ! .Vimable fée, ah ! ne lïiis pas.

.Nous verrons, gr;ice aux Heurs que l'immortelle Mêle aux tranchets, aux limes, aux rabots. A la navette, au pic, à la truelle.

L'art sans étude et la gloire en sabots. Ces artisans chantent, frondent, racimtenl ; Le peuple parle; hier il bégayait.

Du haut du irune ou s'écrie, inquiet : Voici les voix d'eu bas qui montent.

— Combien de maux la voix charme ici-bas! Aimable fée, ah ! ne fuis pas.

Ktends. ma fée, étends sur eux les ailes;

l'arlume l'air de leurs obscurs abris.

Qu'un peu de vin, non le vin des querelles,

Le vin de joie, éveille leurs esiu'its.

A leur liqueur mêlant ton ambroisie.

Lais i|u':i mon nom un jour ils disent lous :

Gloire à ses chants ! C'esl lui i|ui jusipi'ii nous

Fit descendre la poésie.

— Comliien de maux la voix cliariiie iii-lms?

Aimable fée, ah ! ne fui.s pas.

(1) Je n'ai pu iridiquei' tous les mi^tipis qui rompU-iit .les poètes cl .les viisifi.alcucs plus ou moins lonnus, plus ou moins habiles ; mais j'ai omis ave.' Inlenliun l.s typographes, parce .pi.' In pluparl .ml r..;u il.' riiisliii<-li.>n. el .pie .l'ailleurs Icurprofessiouleui rend les éludes lilt.raiiesfa.iles: les livres 1rs vi.uii.iil li.'uver; il faul ipie l.s aulres ouvriers l.-s iherchent, et c'est dnjà un mérite ilont ou doit leur tenir compte.

LES CHANSONS DE BEUANGER

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