LA COURONNE RETROUVÉE
Air
Bon Dieu ! que vois-je? une couronne Dont chaque rose a plus de trente hivers !
Où, malgré l'orgueil qu'il nous donne, Sèche un laurier peu respecté des vers. C'est un débris du temps où ma naissance Etait fêtée, hélas ! comme un beau jour.
Ce laurier parlait d'espérance; Ces fleurs parlaient d'amour.
Quel souvenir de ma jetinesse Le sort moqueur me fait là retrouver !
0 jours de joie et de tendresse!
Nous n'étions rien ; nous pouvions tout rêver. Amis si gais, maîtresse folle et bonne, Nul astre encore à mon œil n'avait lui
Quand vos mains tressaient la couronne Qui m'attriste aujourd'hui.
Oui, ces fleurs ont paré ma tête Dans un banquet d'enivrante gaîté.
Un seul de nous donnait la fête ; Ami discret, doux à ma pauvreté.
LasI il n'est plus; mais j'entends sa parole : « Chante, dit-il, tandis que nous passons. »
Et sa belle âme un jour s'envole Au bruit de nos chansons.
Kt ces convives si fidèles, Au joyeux chant (jui rend l'aï plus doux,
Que plus tard j'ai pris sous mes ailes, Pensent-ils même à moi, qui pense à tous? Oiseaux charmants, au souvenir volage, Tons sont épars, chacun dans son enclos.
.Nous n'avons plus le même ombrage, Plus les mêmes échos.
Et la beauté tendre et rieuse Qui de ces fleurs me couronna Jadis?
^'ieille, dit-on, elle est pieuse; TiMis nos liaisers, les a-t-elle maudits? J';ii cru ((ue Dieu pour moi l'avait fait naître Mais l'âge accourt qui vient tout efl'accr.
0 honte 1 et sans la reconnaître Je la verrais passer !
Cette couronne si flétrie Fut belle aussi le jour où je l'obtins.
Quelle Ame est à ce point tarie, D'être sans pleurs pour ses amours éteints? Aux longs regrets la mienne s'abandonne. De mon bonheur unique et vain lambeau.
Ah ! que n'as-tu, pAle couronne.
Séché sur mon tombeau!