‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 5 sur 245 · Aiv (VAgeline de M'ilhern · texte numérisé non relu

Aiv (VAgeline de M'ilhern

Dans ce Paris plein d'or el de misère,

En l'an du Christ mil sept cent qualre-vingl.

Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père,

Moi nouveau-né, sachez ce qui m'advint.

Rien ne prédit la gloire d'un Orphée

A mon berceau, qui n'était pas de fleurs :

Mais mon grand-père, accourant à mes pleurs.

Me trouve un jour dans les bras d'une fée :

El cette fée, avec de gais refrains.

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Bis.

Le bon vieillard lui dit, l'àme incjuiète : « A cet enfant quel destin est promis ? » Elle répond : « Vois-le, sous ma baguette, (( Garçon d'auberge, imprimeur et commis. (( Un coup de foudre ajoute à mes présages (1) «. Ton fils atteint va périr consumé ; (( Dieu le regarde, et l'oiseau ranimé « Vole en chantant braver d'autres orages. » Et puis la fée, avec de gais refrains, Calmait le cri de mes premiers chagrins.

« Tous les plaisirs, sylphes de la jeunesse.

« Éveilleront sa lyre au sein des nuits.

« Au toit du pauvre il répand l'allégresse ;

« X l'opulence il sauve des ennuis.

« Mais quel spectacle attriste son langage ?

(( Tout s'engloutit, et gloire et liberté :

« Comme un pécheur qui rentre épouvanté,

« Il vient au port raconter leur naufrage. »

Et puis la fée, avec de gais refrains.

Calmait le cri de mes premiers chagrins.

I^e vieux tailleur s'écrie : « Eh quoi 1 ma fille « .\e m'a donné qu'un faiseur de chansons ! (( Mieux jour et nuit vaudrait tenir l'aiguille « Que, faible écho, mourir en de vains sons. » — (( Va. dit la fée, à tort tu l'en alarmes; « De grands talents ont de moins beaux succès. (( Ses chants légers seront chers aux Français, « Et du proscrit adouciront les larmes. )< Et puis la fée, avec de gais refrains, Calmait le cri de mes premiers chagrins.

Amis, hier, j'étais faible et morose,

L'aimable fée apparaît à mes yeux.

Ses doigts distraits elTeuillent une rose;

Elle me dit : « Tu te vois déjà vieux.

« Tel rju'aux ili'serls parfois brille un mirage (2),

« Aux cœurs vieillis s'olTre un doux souvenir.

« Pour le fêter tes amis vont s'unir :

« Longtemps près d'eux revisdans un autre ;'ige.>

Et puis la fée, avec de gais refrains.

Comme autrefois dissipa mes chagrins.

(1) Lauliur fut fiM|ii) ■ p.ir lu foiulro dans sa jeunesse.

(2) Les edets fanlasliiiues du mirage irouipent les yeux du voyageur jusque dans les ?ables du di^serl: il croit voir devant lui ilcs forêts, des lacs, etc.

LES CHANSONS DE BKRANGER

Musique avec accompagnement de piano

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LES CHANSONS DE DÉRANGER

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