L'ORPHÉON
LETTRE A B. WILUEM, AUTEUR DE LA NOUVELLE MÉTHODE DE L'ENSEIGNEMENT MUSICAL Al'UES LA DERNIÈRE
SÉANCE DE L'ORPHÉON DE IS'.i
AiB : de Laurent de Itillé.
Mon vu'il ami, la gloire est gi-amlc : Ciràce à les merveilleux elVorls, Dos IravaiUeurs la voix s'amende El se plie aux savants accords.
D'une fée as-tu la baguette, Pour rendre ainsi l'art familier Il purilira la guinguelle; il sanetilira l'alelier.
Wilhem, loi de (lui la jeunesse Rêva Grélry, Gluck el Mo/.arl, Courage ! à la foule en détresse Ouvre tous les trésors de l'art.
Communiiiuer à des sens vides Les plus nobles émotions, C'est faire en des grabats humide:
Du soleil entrer les rayons.
La musique, source féconde, Epandant ses flots jusqu'en bas, Nous verrons ivres de son onde Artisans, laboureurs, soldats.
Ce concert, puisses-tu l'étendre A tout un monde divisé! Les cœurs sont bien près de s'entendre. Quand les voix ont fraternisé.
Notre littérature est folle:
Fais-la rougir par tes travaux.
De meurtres elle tient école
Et pousse à des Werther nouveaux.
On l'entend, d'excès assouvie,
En vers, en prose, s'essoufller
A décourager de la vie
Ceux qu'elle en devrait consoler.
Des classes qu'à peine on éclaire Relevant les mœurs et lesgoùls, Par toi, devenu populaire, L'art va leur faire un ciel plus doux. Les notes, sylphides puissantes, Rendront moins lourds soc et marteau, Et feront des mains menaçantes Tomber l'homicide couteau.
Quand tu pouvais sur notre scène Tenter un plus brillant laurier.
Tu choisis d'alléger la chaîne Du pauvre enfant de l'ouvrier.
A tes leçons, large semence, La foule accourt et tu les vois, Captivant jusqu'à la démence. (I) Vers le ciel diriger sa voix.
D'une œuvre et si longue el si rude
Auras-tu le prix mérité?
Va, ne crains pas l'ingratitude.
Et ris-loi de la pauvreté.
Sur ta tombe lu peux m'en croire,
Ceux dont tu charmes les douleurs
Offriront un jour à ta gloire
Des chants, des larmes et des lleurs. (2)
(1) Les docteurs Trélat et Leuret oui fait l'emploi le plus heureux, à lu Salpêlrièrc el à Bicèlre, de b luéthodo Wilhoiu. Les pauvres aliénés des deux se.xes on ont retiré une distraction puissante, et ont pu chauler à l'église des morceaux d« musique qui offraient d'assez grandes difficultés d'exécution.
(2j Peu de mois après avoir adressé ces couplets à son vieil ami, l'uiileur avait la douleur de voir s'accomplir la prédiction qui les termine. Wilhem mourut à soixante ans, pauvre, a bout de forces, mais rivant toujours à l'extension ilc sa méthode, fruit de vingt-deux ans de travaux ; les autorités municipales cl départementales, les maîtres qu'il avait formés, el la foule de ses élèves de tout à»e, accompagnaient sa dépouille au cimetière, où lui furent rendus les honneurs qu'il avait le plus enviés.
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