‹ Les chansons de Béranger, anciennes et posthumesChapitre 87 sur 245 · L'ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L'ANGE GARDIEN

Air : JaiUs un célèbre empereur

A l'hospice un gueux tout perclus Voit apparaître son bon ange; Gaiement il lui dit: Ne faut plus Que Votre Altesse se dérange.

Tout compté, je ne vous dois rien ; Hon ange, adieu ; porle/.-vous bien.

Sur la paille né dans un coin,

Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche?'

Oui, dit l'ange; aussi j'eus grand soin

Que ta paille h\\ toujours fraiehe.

Tout compté, je no vous dois rien:

Bon ange, adieu; porle/.-vous jiicn.

Jeune et vivant à l'abandon, L'aumône fut mon patrimoine.

Oui, dil l'ange, et je le lis don Des trois besaces d'un vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adii'u; porle/.-vous bien.

Soldai liienlùt, couranl au feu.

Je perdis une jambe en route.

Oui, dit l'ange ; mais avant peu Celle jambe aurait eu la goutte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; porle/.-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudo Mit le juge après mes guenilles.

Oui, dit l'ange; mais je plaidai:

Tu ne fus qu'un an sous les grilles.

Tout compté, je ne vous dois rien:

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Chez Vénus j'entre en maraudeur ; C'est tout fruit vert que j'en rapporte. Oui, dit l'ange ; mais, par pudeur, Là, je te quittais à la porte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; porte/.-vous bien.

Vieillard, affranchi de regrets, Au terme heureux enfin atteins-je?

Oui, dit l'ange, et je tiens tout prêts De l'huile, un prêtre et du vieux linge. Tout compté, je ne vous dois rien:

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

De l'enfer serai-je habitant, Ou droit au ciel veut-on que j'aille?

Oui, dit l'ange; ou bien non, pourtant, Crois-moi, tire à la courte paille.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

D'un laidron je deviens l'époux.

Priant qu'il ne soit que volage.

Oui, dit l'ange; mais nul de nous iNe se mêle de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez- vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaîté tout l'hospice.

Il éternue, et, s'envolaiit.

L'ange lui dit: Dieu te bénisse!

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez -vous bien.

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