NE CHANT PAS, QUE QUE NUS DIE
Raynaud : 1133.
Manuscrits et éditions. Voyez la chanson E71 chantant veil mon duel faire.
Versification. Cinq strophes, chacune de dix vers de sept syllabes : toute la pièce est sur deux rimes, -ie, -ors, ainsi disposées : abbaabaaba. M. P. Meyer {Ronania, t. XIX, 1890, p. 16) a fait à ce propos la remarque que voici : u Un sirventés provençal, dont l'auteur est inconnu, mais dont la date peut être déterminée assez exactement, offre cette même disposition, qui est des plus rares. C'est la pièce Vai, Ilugonet^ ses btste7iza, 2idTGSséç, avant la bataille de Muret, en 121 2 ou 1213, au roi d'Aragon Pierre II et au comte de Toulouse Raimon VI. Elle est à coblas d obi as, c'est-à-dire que les rimes changent de couplet en couplet. Le poète français a adopté les rimes des couplets III et IV du sirventés... Je n'alVunie pas, ajoute M. P. Meyer, que le sirventés jirovençal ait servi de modèle à la pièce française : il est jirobable que ce sin'rnt(*s a été composé d'après un modèle que je ne saurais déterminer ; il se peut même qu'on ait fait plusieurs pièces sur les mêmes rimes et que celle que le poète français a connue ne nous ait pas été conservée ; mais de toute façon l'origine provençale de
cette forme est incontestable. » — Si le poète s'est astreint à n'employer que deux rimes dans toute la chanson, il s'est permis, pour alléger sa tâche, plusieurs assonances : joios (v. i), oisos (v. 2), ourgiiillotis (v. 13 et v. 43), vous (v. 42).
L'auteur et la date. C'est l'œuvre de quelque « povre chevalier » ou de quelque sergent de l'armée pendant la croisade de 1239. La fréquence des mots où -iee est réduit à -ie {emploie 17, abessie 20, esploitie 21, engagie 34) indique qu'il était des régions du Nord-Est de la France. Cette chanson est précédée dans la chronique de Terre Sainte qui nous l'a conservée, de ces lignes :
De Jaffe s'en revindrent[h rois de Navarre et \\ autre baron de l'ost] parleur petitesjourn[e]esjusquesa Acre. Par touz les lieus ou il venoient et passoient avoit grans cris et grans pleurs de gens et pour ceulz qui estoient pardu et pour ce que si grant pueple de genz s'ent revenoient sanz faire riens du preu ne de l'onneur de Dieu ne de la crestienté encontre les anemis de nostre foy. Quant il furent revenu a Acre, il séjournèrent la une pièce, puis s'en revindrent touz ensemble et s'en alerent par les citez et par les bonnes villes que la crestienté avoit ou païs, c'est a dire a Sur, a Baruth, a Triple, a Tortouse et aus autres que nous ne savons mie nonmer. Moult estoient grant gent, car li païs, quant il y estoient, estoit tout couvers. Bien disoient aucunes gens qui la (i) estoient que, se (2) ne fust pour l'ourgeuil et pour l'envie et por les autres péchiez qui estoient es barons qui la furent, que il feïssent ou païs grant partie de leurs volentés. Encore disoient il que li baron rece voient toute jour messages et grans services et grans loiers de princes mescreans. Cil qui preschoient en l'ost disoient souvent en leurs sermons asez de tiex choses qui point ne