‹ Les chansons de croisadeChapitre 71 sur 145 · XIII. — JERUSALEM SE PLAINT ET LI l'AÏS · texte numérisé non relu

XIII. — JERUSALEM SE PLAINT ET LI l'AÏS

Qu'il ont le roi Jehan traï En cui Dex et proece maint....

V. Rome, on set bien a escient Que tu descroisas por argent Ciax qui por Deu erent croisié.

La ovras tu trop malement, Car puis ont pechié mortelment, S'en deùssent estre alegié.

Tu lor retousis le marchié Que il avoient bargegnié A grant tort et mauvaisement ; Mais il n'ierent ja apaié A Deu, s'aront lor veu paie, Car fait li ont borse de vent!...

Musique. Deux manuscrits seulement, M et T, ont conservé la mélodie de cette chanson ; le texte mélodique de M est incomplet.

Texte nit'liHliiiue «le '/'.

Je-ru-sa-lem se plaint et li pa- ïs U Dalmeldiex souf-fri mort doucement

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Que de ça mer a poi de ses a-mis Ki de son cors li fa-cent mais ni-ent. S'il

so-ve-nist cas-ciin dcl ju-^i^ciiicnt VA dcl saint lin ii il soiif fri tor-inciU

Quant il par-don fist de sa mort Lonj^is, Le des-croi-sier fe-si^-sent moût

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en-vis, Car ki pour Dieu prent le crois pu-rc-ment, Il le re- nie au jor que

il le rcnt, I'!t coin ju-das fau-ra a pa- ra dis.

j^^ LES CHANSONS DE CROISADE

Jérusalem se plaint et li païs

U Dalmeldiex souffri mort bonement

Que deçà mer a poi de ses amis 4 Ki de secors li facent mais nient.

S'il sovenist cascun del jugement

Et del saint liu u il souffri torment

Quant il pardon de sa mort fîst Longis, 8 Le descroisier fesissent moût envis ;

Car ki pour Dieu prent le crois purement,

Il le renie au jor que il le rent,

Et com Judas faura a paradis.

12 Nostre pastour gardent mal leur berbis,

Quant pour deniers cascuns al leu les vent ; Mais li pechiés les a si tous souspris K'il ont mis Dieu en oubli pour l'argent

i6 Que devenront li riche garniment K'il aquierent assés vilainement Des faus loiers k'il ont des croixiés pris ? Sachiés de voir k'il en seront repris,

20 Se loiautés et Dius et fois ne ment. Retolu ont et Achre et Belleent Ce que cascuns avoit a Diu pramis.

1. C i>mie cette ruhrique en tête delà chanson: De nostre signour. Le haut du fevlUet ayant été découpé en 31, il manque au recto le vers 1 (r'éduit aux lettres Jheru..J et le premier mot (Ou) du v. 2 ; au verso manquent les vers 8 (dejruis feïssent) et suivants jiisqu' au mot aquierent du v. 17. Ces lacunes nous emijêchent de prendre ici le ms. M pour hase de notre texte. Kous choishsons, comme Q. Paris, le VIS. y, qui^ ayant été écrit par un scribe 'picard, donne des formes probablement assez semblables a celles qu^ employait Huon de Saint- Quentin. Mais nous nous en tiendrons aux formes et graphies du ms., évitant d'écrire^ comme a fait O. Paris, toute la jjiéce en (( picard d. — 2 T doucement — 3 6' Ken iusca — 4 :r de son cors — 7 MT p. fist de sa ( 7' ia) mort 1. — 17 C aquastent — 19 manque en MT.

Xril. — JERUSALEM SE PLAINT ET LI PAÏS 149

Ki osera ja mais en nul sermon 24 De Dieu parler em place n'em moustier, Ne anoncier ne bien fait ne pardon,

Chose qui puist Xostre Si^neur aidier 2S A la terre conquerre et gaaignier

U de son sang paia no raençon ?

Segneur prélat, ce n'est ne bel ne bon

Ke son secors faites tant detriier :

32 Vos avés fait, ce poet on tesmoignier,

De Deu Rolant et de vous Guenelon.

En celui n'a mesure ne raison

Ki ce counoist, s'il n'aûe a vengier 36 Ceuls ki pour Dieu sont delà em prison

Et pour oster lor âmes de dangier.

Puis c'on muert ci, on ne doit resoignier

Paine n'anui, honte ne destorbier.

40 Pour Dieu est tout quan c'on fait en son non,

Ki en rendra cascun tel guerredon

Que cuers d'ome nel poroit esprisier ;

Car paradis en ara de loier, 44 N'ainc pour si poi n'ot nus si riche don.

24 C De Dieu //iti/tf/in' — 2(1 Lacnne en MTC — 27 M De nule ch. «jui p. a Pieu a,, ^''luo puent —29 ^'nostie miison — Hl T Ki, si d., .)/ li tl. — 33 ^'nos ^niiiiillon — :{.". M Qui se c. sil n;iie, 7' kil se c. sil uai — 37 Tlor amin — 38 .1/ k-n, C corn i muert — 40 C Pour ceu — H C Kil — 42 C ne — 43 C p. aueniit de — 44 t? Kain».

TRADUCTION

I. — Jérusalem se plaint et le pays où le Seijrneiir en wi bonté souffrit la mort se plaint que Dieu n'ait plus de ce côté lîe la mer (|ue jh-u de ses

amis pour lui faire le moindre secours. S'il souvenait à chacun du jugement dernier et du saint lieu où Dieu endura le supplice quand il pardonna sa mort à Longin, c'est plus malaisément qu'on se décroiserait ; car celui qui d'un cœur pur prend la croix pour Dieu, il le renie au jour où il la rend, et, comme Judas il perdra Paradis.

IL — Nos pasteurs gardent mal leurs brebis, quand ils les vendent au loup pour des deniers ; mais le péché les a tous saisis en telle guise qu'ils ont mis Dieu en oubli pour l'argent. Que feront-ils des riches biens qu'ils acquièrent par grande vilenie avec les contributions honteuses par eux levées sur les croisés ? Sachez en vérité que cela leur sera reproché, si loyauté, Dieu et foi ne mentent pas. Ils ont volé à Acre et à Bethléem ce que les croisés avaient promis de donner à Dieu.

III. — Qui osera jamais en nul sermon parler de Dieu sur les places ou dans les égHses et annoncer pardons et indulgences, [quand personne ne veut tenter] rien qui puisse aider Notre- Seigneur à conquérir la terre où il paya de son sang notre rançon ? Seigneurs prélats, ce n'est ni beau ni bon de retarder si longuement son secours. Yous avez fait, en vérité, de Dieu Roland et de vous Ganelon.

lY. — Il n'y a ni sagesse ni raison en celui qui reconnaît ces choses, s'il n'aide pas à venger ceux qui, par delà la mer, sont en prison pour Dieu et pour ôter leurs âmes de péril. Puisqu'on meurt aussi bien ici, on ne doit redouter peine ni ennui, affront ni dommage. Tout ce qu'on fait au nom de Dieu est un présent qu'on fait à Dieu, qui en paiera à chacun une récompense telle que nul cœur d'homme ne peut l'apprécier ; c'est paradis qu'on recevra en salaire, et jamais nul ne reçut pour si peu si riche don.

REMARQUES

Y. 7. Sur la légende de Longin, le centurion aveugle qui perça de sa lance le flanc de Jésus en croix et qui fut pardonné et guéri, voy. C. Kroener, Die Longinuslegende (thèse de doctorat de l'Université de Munster), 1899.

Y. 16 etss. Ce passage fait allusion à des mesures prises par le pape. Certains croisés purent se dispenser d'accomplir leur vœu en versant au trésor ecclésiastique une contribution destinée aux frais de l'expédition.

Xlir. — JERUSALEM SE PLAINT ET LI PAÏS 151

D'autres, qu'on ne jugeait pas avoir des moyens suffisants pour s'entretenir pendant l'expédition, furent même renvoyés chez eux, après avoir versé au trésor tout ce qui dépassait la somme strictement nécessaire à leur rapatriement. » (Note de G. Paris).

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