SOMMATION IRRESPECTUEUSE
Aux prunelles très vives, Ayant le cœur très froid.
Quand on est si bien faite, On devrait se cacher.
Un amant qu'on rejette, A quoi bon l'ébaucher?
On se lasse, ô coquette, D'être toujours tremblant.
Vous êtes la raquette, Et je suis le volant.
Le coq battant de l'aile, Maître en son pachalick, iNous prévient qu'une belle Est un danger public.
Il a raison. J'estime Qu'en leur gloire isolés.
Doux beaux yeux sont un crime.
Allumez, mais brûlez.
Pourquoi ce vain manège?
L'eau qu'échauffe le jour, La fleur perçiint la neige, Le loup hurlant d'amour,
L'astre que nos yeux guettent.
Sont l'eau, la fleur, le loup, Et l'étoile, et n'y mettent Pas de façons du tout.
Aimer est si facile Que, sans cœur, tout est dit, L'homme est un imbécile, La femme est un bandit.
L'œillade est une dette.
L'insolvabilité,
m LES CHANSONS DES HUES ET DES BOIS.
Volontaire, complète Ce monstre, la beauté.
Craindre ceux qu'on captive, Nous fuir et nous lier!
Être la sensitive Et le maucenillier!
C'est trop. Aimez, madame.
Quoi donc! quoi! mon souhait Où j'ai tout mis, mon âme Et mes rêves, me hait!
L'amour nous vl.se. Cerle, Notre effroi peut crier.
Mais rien ne déconcerte Cet arbalétrier.
Sachez donc, ô rebelle.
Que souvent, trop vain<jueur, Le regard d'une belle Ricoche sur son cteur.
Vous pouvez être silre Qu'un jour vous vous ferez Vous-même une blessure Que vous adorerez.
Vous comprendrez l'extase Voisine du péché.
Et que rame est un vase Toujours un peu penché.
Vous saurez, attendrie.
Le charme de l'instant Terrible, où l'on s'écrie :
Ah! vous m'en direz tant!
Vous saurez, vous (ju'on gâte, Le destin tel qu'il est,
SOMMATION IRRESPECTUEUSE. i&i
Les pleurs, l'ombre, et la hâte De cacher un billet.
Oui, — pourquoi tant remettre? — Vous sentirez, qui sait?
La douceur d'une lettre Que tiédit le corset.
Vous riez ! votre joie
A Tout préfère Rien.
En vain l'aube rougeoie,
En vain l'air chante. Eh bien,
Je ris aussi ! Tout passe. 0 muse, allons-nous-en.
J'aperçois l'humble grâce D'au toit de paysan.
L'arbre, libre volière, Est plein d'heureuses voix ; Dans les pousses du lierre Le chevreau fait son choix ;
Et, jouant sous les treilles, Un petit villageois A pour pendants d'oreilles Deux cerises des bois.