LE NID
Quand THécla brûle sa suie.
Quand flambe l'Etna grognon, Le fumiste qui Fessuie Est un rude compagnon;
L'orage est grand dans son antre ; Le nuage, hydre des airs, Est splendide quand son ventre Laisse tomber les éclairs;
Un cri fier et redoutable, De hautes rébellions Sortent de la fauve étable Des tigres et des lions ;
Certes, c'est une œuvre ardue D'allumer le jour levant.
D'ouvrir assez l'étendue Pour ne pas casser le vent,
Et de donner à la houle Un si gigantesque élan Que, d'un seul bond, elle roule De Behring à Magellan.
Emplir de fureur les bêtes Et le tonnerre de bruit ; Gonfler le cou des tempêtes Des sifflements de la nuit;
Tirer, quand la giboulée Fouette le matin vermeil, De l'écurie étoilée L'attelage du soleil ;
Gaver de vin vendémiaire.
D'épis messidor; pourvoir Aux dépenses de lumière Que fait l'astre chaque soir ;
I7(t LKS CMWSON.S 1)I-S UUKS KT DES BOIS.
Peupler l'ombre : avoir la force, A travers la terre et Pair, DVnflcr tous les ans l'ocorce.
D'enfler tous les jours la mer;
Ce sont les travaux suprêmes Des dieux, ouvriers géants Mirant leurs bleus diadt'nu's Dans les glauques océans;
(;e sont les tâches immenses Des êtres régnant sur nous, Tantôt des grandes elr-mences, Tantôt des vastes courroux :
C'est du miracle et du rêve; Hier, aujourd'hui, demain.
Ces choses font, depuis kvo, I/éblouissement htiinain.
Mais entre tous les prodiges Qu'entassent dieux et dénions, Ouvrant l'abîme aux vertiges.
Heurtant les foudres aux monts,
C'est l'effort le plus superbe, C'est le travail le plus l)ean, De faire tordre un brin d'herbe Au bec d'un petit oiseau.
En vain rampe la couleuvre:
1,'aniour arrange cl bénit Deux ailes sur la même œuvre.
Deux CdHirs dans le même nid.
Ce nid où l'amour se pose, \o\\ii le but du ciel bleu ; Kt pour la plus douce chose 11 faut le plus puissant dieu.