DEPUIS SIX MILLE ANS LA GUE RUE
L'épouvante se cramponne
Du poing aux crins des chevaux.
Et l'aube est là sur la plaine !
Oh! j'admire, en vérité, Qu'on puisse avoir de la haine Ouand l'alouette a chanté.
Jean Sévore était fort ivre.
0 barrière! ô lieu divin Où Surène nous délivre Avec l'azur de son vin!
Un faune habitant d'un antre, Sous les pampres de l'été.
Aurait approuvé son ventre Ll vénéré sa pal té.
11 était beau de l'cntendr»'.
On voit, quand cet liomint' rit, Chacun des convives tendre Comme un verre son esprit.
A travers les mille choses Qu'on dit parmi les chansons, Tandis qu'rrrent sous les roses Les fillt's et les garçons,
On parla d'une bataillo:
Deux peuples, russe et i)russien,
Sont hachés par la mitraille; Les deux rois se portent bien.
Chacun de ces deux bons princes (De là tous leurs différends) Trouve se-î États trop minces Et ceux du voisin trop grands.
Les peuples, eux, sont candides; Tout se termine à leur gré Par un dôme d'Invalides Plein d'infirmes et doré.
Les rois font pour la victoire Un hospice, où le guerrier Ira boiter dans la gloire, Borgne, et coiffé d'un laurier.
Nous admirions; mais, farouche, En nous voyant tous béats, Jean Sévère ouvrit la bouche Et dit ces alinéas :
« — Le pauvre genre humain pleure, Nos pas sont tremblants et courts, Je suis très ivre, et c'est l'heure De faire un sage discours.
« Le penseur joint sous la treille La logique à la boisson; Le sage, après la bouteille.
Doit déboucher la raison.
« Faire, au lieu des deux armées, Battre les deux généraux, Diminuerait les fumées Et grandirait les héros.
< Que me sert le dithyrambe Qu'on va chantant devant eux
2'28 LKS CHANSONS DKS RUES ET DES UOIS.
Et que Dieu m'ait fait ingambe Si les rois mo font boiteux?
<< Ils ne me connaissent puère S'ils pensent qu'il me suflit D'avoir les coups de la guerre Quand ils en ont le profit.
<i Foin des beaux portails de marbre De la Flèche et de Saint-Cyr!
Lorsqu'avril fait pousser l'arbre Je n'éprouve aucun plaisir,
«< En voyant la branche, où flambe L'aurore qui m'éveilla, A dire : C'est une jambe Peut-être qui me vient là!
<( L'invalide allier se traîne, Du poids d'un bras déchargé; Mais moi je n'ai nulle haine l'our tous les membres que j'ai.
« Recevoir des coups de sabre.
Choir sous les pieds furieux D'un escadron qui se cabre.
C'est charmant; boire vaut mieux.
u Plutôt gambader sur l'herbe Que d'être criblé de plomb !
Le nez coupé, c'est superbe; J'aime autant mon nez trop long.
<i Décoré par mon monarque.
Je m'en revi<'ns. éltloui, Mais bancal, et je remarque Qu'il a ses deux [tattes, lui.
« Manchot, lier, l'IiynKMi m'altire; Je vois celle qui me plaft
En lorgner d'autres et dire :
— Je l'aimerais mieux complet.
« Fils, c'est vrai, je ne savoure Qu'en douteur voltairien Cet effet de ma bravoure De n'être plus bon à rien.
« La jambe de bois est noire; La guerre est un dur sentier ; Quant à ce qu'on nomme gloire, La gloire, c'est d'être entier.
« L'infirme adosse son ràble, En trébuchant, aux piliers; C'est une chose admirable. Fils, que d'user deux souliers.
« Fils, j'aimerais que mon prince, En qui je mets mon orgueil, Pût gagner une province Sans me faire perdre un œil.
« Un discours de cette espèce Sortant de mon hiatus.
Prouve que la langue épaisse ]Ne fait pas l'esprit obtus. » —
Ainsi parla Jean Sévère, Ayant dans son cœur sans fiel La justice, et dans son verre Un vin bleu comme le ciel.
L'ivresse mit dans sa tête Ce bon sens qu'il nous versa.
Quelquefois Silène prête Son âne à Saneho Pança.
CÉLÉBRATION DU Ih JUILLET
DANS LA FOHET
Qu'il est joyeux aujourd'hui.
Le chêne aux rameaux sans nombre,
Mystérieux point d'appui
De toute la forêt sombre!
Comme quand nous triomphons,
1! fréniil, l'ar-rc civique;
11 répand à plis profonds
Sa grande ombre magnilique.
D'où lui vient cette gaîté?
D'où vient qu'il vibre et se dresse, Kt semble faire i\ l'été l ne plus fiére caresse?
C'est le quatorze juillet.
A pareil jour, sur la terre La liberté s'éveillait Et riait dans le tonnerre.
Peuple, à pareil jour rûlait Le passé, ce noir pirate;