‹ Les chansons des rues et des boisChapitre 9 sur 79 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

Puisque nous avons seize ans, Vivons, mon vieux camarade, Et cessons d'être innocents ; Car c'est là le premier grade.

Vivre, c'est aimer. Apprends Que, dans l'ombre où nos cœurs rêvent^ J'ai vu deux yeux bleus, si grands Que tous les astres s'y lèvent.

Connais-tu tous ces bonheurs?

Faire des songes féroces, Envier les grands seigneurs Qui roulent dans des carrosses,

Avoir la fièvre, enrager, Être un cœur saignant qui s'ouvre.

Souhaiter d'être un berger Ayant pour cahute un Louvre,

Sentir, en mangeant son pain Comme en ruminant son rêve,

42 LKS CHANSONS DF.S RCES KT DKS 150IS.

L'amertume du popin

De la sombre pomme d'tvc ;

Être amoureux, rire fou, ftlre un ange égal aux oies, Être un fnr(;;at sous l'écrou ; Kh bien, j'ai toutes ces joies!

Cet être mystérieux Qu'on appelle une grisette M'ost tomi)é du haut des deux.

Je souIVre. J'ai la recette.

Je sais l'art d'aimer; j'y suis Habile et fort au point d'être Stupido, et toutes les nuits Accoudé sur ma fenrtro.

DKl'XIlîMR LETTRE

Elle habite en soupirant La mansarde mitoyenne.

Parfois sa porte, en s'ouvrant.

Pousse le coude à la mienne.

Elle est ficre ; parlons bas.

C'est une forme azurée Qui, pour ravauder des bas, Arrive de l'empyrée.

J'y songe quand le jour naît, J'y rêve quand le jour baisse.

Chango on casque son bonnot.

Tu croirais voir la Sagesse.

.Sa cuiras.<!e est un madras; Elle sort avec la ruse

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