‹ Les chansons des trains et des garesChapitre 17 sur 63 · ROMANCE DU GENDARME · texte numérisé non relu

ROMANCE DU GENDARME

Bon voyageur qui partez en voyage, Vous demandez ce que je fais ici :

Si vous avez consigné vos bagages, Sachez que, moi, j'ai ma consigne aussi ; D'ailleurs, je vais vous conter mon histoire, Et, quand je vous aurai tout révélé, Certainement il vous sera notoire Que j'aimerais beaucoup mieux m'en aller.

Ensemble :

Qu'il aimerait beaucoup mieux s'en aller.

ROMANCE DU GENDARMR

J'avais;, jadis, une épouse clK-rie, Dont j'adorais l'esprit et les attraits : Sait-on jamais, alors qu'on se marie, Sait-on avant ce que sera après ?

En attendant, plein d'une douce ivresse, Et confiant dans ses chastes serments, Je l'entourais d'estime et de tendresse, Avec mon cœur de soldat et d'amant.

Ensemble :

Avec son cœur de soldat et d'amant.

Chaque matin, elle allait, la parjure, En cette gare, y vendre des journaux : Peut-être bien les mauvaises lectures, Presse maudite, auront causé mes maux î Bref, un autre homme avait fait sa conquête. Un soir, hélas ! je l'attendis en vain : A mon chapeau préférant sa casquette, Elle est partie avec un chef de train.

Ensemble :

Elle est partie avec un chef de train.

Et maintenant les besoins du service

24 ROMANGK DU GENDARME

Ces tristes lieux me forcent à revoir ; Giiaque wagon m'est un nouveau supplice, Je viens pourtant, esclave du devoir.

Mais pour cacher le trouble de mon àme, Pour échapper au spectacle odieux Des compagnons du séducteur infâme, Quand passe un train, je détourne les yeux....

Ensemble :

Quand le train passe il détourne les yeux.

La petite gare est endormie,

Endormis,

Les tableaux enchanteurs de Hugo d'AIesi,

Et l'appareil ingénieux

Qui, tout le jour, distribua

Ou bien d'excellents chocolats

Ou des bonbons délicieux : —

En la petite gare endormie,

Seulement tinte le timbre grêle,

Et rappelle

Que va passer l'express de minuit et demi.

Et cependant solitaire, au quai cle la voie

Numéro trois,

L'imprévoyante grosse Madame

Attend le train, sans que l'un voie

Nulle angoisse troubler son âme :

Pourtant, ô Madame, voyor.s.

Où mettra-t-on, où metlra-t-on,

Tous les filets, tous les cartons,

Qui encombrent.

Dans la nuit sombre,

Qui encombrent autour de vous le macadam ?

Et vous-même, il vous faut un peu de place, dame !

Le train paraît ; vous bondissez, — Pressez ! pressez î — Combien dures ces portières !

Les veilleuses, les yeux baissée.

Sournoises, cachent leur lumière ; Enfin, voici qu'après des efforts insensés, Le compartiment s'est ouvert :

Ah ! pauvre !

C'est un rugissement de fauves ;

Sur les banquettes, dans les ténèbrcr,

Où des pieds agitent leur plante,

Des peaux de bêtes effrayantes

Se retournent et se soulèvent, —

Des peaux rayées comme des tigres ou des zèbres, —

Peut-être simples couvertures,

Mais, vraiment, on n'en est pas sûr î...

Et tandis que s'impatiente

Le timbre grêle,

La grosse dame parmi les fauves suppliant?,

— Telle

Une dompteuse chez Bidel, —

Invoque en un suprême appel,

Avec ses paquets et ses caisses,

La vieille,

La vieille galanterie française.

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