‹ Les chansons des trains et des garesChapitre 45 sur 63 · S4 SUR LE TAPIS · texte numérisé non relu

S4 SUR LE TAPIS

Si quelque jour, où on le secouait par la fenêtre, Si, las d'être battu par la bonne à tout faire, Le fier monarque du désert.

Si le lion s'était enfui, dangereuse bête...)

Et moi, je songe à tout cela,

Les yeux fixés sur le tapis grenat.

Je songe aussi qu'au baccalauréat, —

Une des fois où je ne fus

Pas reçu, —

Je regardais un grand tapis, de même.

L'interrogeant, anxieux, pour le théorème,

— D'ailleurs l'avais-je jamais su ? —

Dont je ne me souvenais plus...

Tapis grenat, celle que j'aime

Va venir:

De quels mots la charmer, une phrase, un poème?...

Dans l'angoisse d'un trouble extrême.

Dis-moi, tapis, que lui faudra-t-il dire?

Mais le calme tapis grenat

(Les lapis bien souvent restent sourds aux demandes),

t SUR LE TAPIS

" 1,0 lapis ne me répond pas.

Heureusement de la guirlande,

Qui, luxuriante, resplendissait en son milieu,

J'ai vu, sous les pleurs de mes yeux,

J'ai vu germer, si blanche, une rose éclatante :

La belle rose je cueillis.

Et fi,

Fi maintenant d'une timidité morose :

Humble neveu de tante Rosa, de tante Rose,

Quand on est poète et Français,

On sait

Ouvrir les cœurs en offrant une rose.

Jacques eût été un délicieux bambin S'il n'avait professé pour l'eau et pour les bains Celte répulsion native; S'il avait été mon petit, Ah ! mes enfants, je vous le dis, Quelle sérieuse lessive !

Mais son père, à la vérité, Avait d'autres chiens à fouetter (Il s'occupait de crédit et d'escompte Pour le compte d'une maison de banque de Hong-Kong); Et sa pauvre petite maman,

Si pâle, si blonde, Avait dû demeurer depuis raccouchement,

Il y aurait bientôt sept ans, Tristement étendue sur une chaise-longue : —

C'est ain^ que les mauvaises habitudes, bien souvent, Ne sont la faute ni des parents, ni des enfants.

Mais simplement des circonstances

La regrettable conséquence. —

Il n'en est pas moins vrai qUe Jacques Arriva, tout barbouillé, les mains dégoûtantes, Chez ses excellents oncle et tanfc, Passer les vacances de Pâques :

Il lui restait sur la figure Tant, oh î mais tant de confiture.

Cela semblait une gageure !...

Et Tencre I...

Si par la peau la science entre, Il devait être bien savant; (D'ailleurs, c'était loin d'être un cancre,

C'est une justice à lui rendre) ; Mais, dame, il en avait par derrière, par devant. De l'encre, — Il s'en fourrait jusques au ventre î

Comme bien vous pensez, son oncle Et sa tante en prirent grand lionle • L oncle, un vieillard propret, rase.

Toujours soigneusement brossé, Qui, du velours de sa calotte, A son pantalon de cheviotte.

Non plus sur ses pantoufles, ni Sur ses souliers de veau verni,

Aurait toléré une crotte ; El coquette la tante sous son bonnet à coques. Ridée mais rose comme pomme d'api :

Quelle tristesse et quel dépit, Recevoir un neveu pareil.

Un petit neveu dont 1 oreille Ignorait depuis si longtemps

L'usage des savons qui, même avant Rostand, Firent la gloire de Marseille!...

Sévère, c'était pour son bien, L'oncle, dontî, l'accueillit par cette mercuriale :

— Ou nd les petits garçons ont les oreilles sales

Ne sais-tu pas ce qui advient ?

Apprcnds-le donc, puisque tu restes sans réponse,

Et prends-en ta part mon garçon :

Djns l'oreille des polissons,

Des arbres poussent, des buissons,

Et des épines, et des ronces!

Et alors tu verras si c'est agréable :

Des bêtes viennent, effroyables,

Avec des griffes et des crocs,

Et qui, dans les fourrés, se cachent... —

— Oh ! il n'y a rien là, répond Jacques à ces mots

Qui me fasse peur ou me fâche ; Car il faudra bien qu'aussitôt Toutes ces vilaines bêtes me lâchent :

Je sonnerai : « Taïaut ! taïaut ! »

Avec ma trompe d'Eustache. —

LA MENAGERIE AMOUREUSE

Petite pluie, pluie fine des soirs.

Ma luxurieuse mauvaise conseillère :

Je n'ai pas allumé la lampe familière, J'ai fui la page blanche, — et j'erre Par les rues et sur les trottoirs,

— Ombres noires, Sous les réverbères,

Appels tentateurs et pervers, — Petite pluie, pluie fine des soirs, Ma luxurieuse mauvaise conseillère...

Et la voix de dames âgées, mais provocantes,

— Blondes grasses ou brunes piquantes : Bacchantes ! —

La voix de ces dames poursuit Ma promenade dans la nuit.

Encor que leurs propos m'assurent

D'une sympathie qui me flatte,

Je constate

Qu'elles ont des données bien mcxactes

Sur

La couleur de ma chevelure ;

Bah ! il n'y a pas injure.

Mais où leur incohérence passait les bornes.

C'est quand ces aimables personnes

Ont voulu, bon gré, mal gré,

Plutôt mal,

Ont voulu me comparer

A quelque mignon animal :

Rat, chat, lapin, poulet, çà leur était égal.

(D'ailleurs, lapin bleu, poulet rose.

On voyait bien qu'elles parlaient sans cause,

Uniquement pour dire quelque chose.)

LA MENAGERIE AM0UREUS3 93

Et j*ai dit : — Non, je ne suis pas Votre rat :

Les rats sont dans votre cuisinr^, Qui, des bons reliefs de vos plaU ^'ont se pourlécher les babines ; —

Ou bien, au grenier, ils dansent autour des malles,

Et même, je vous prie de le croire, ne respectent gucro

Le portrait, dont on a cassé d'ailleurs le verre,

Et dont est fort endommagé le cadre ovale.

Le portrait, en uniforme de colonel,

Du vieux Monsieur que vous donniez naguère,

— Mais vos opinions ont changé sur l'Affaire :

Elles

Etaient, je crois, superficielles, —

Que vous donniez pour Monsieur votre Père...

Non, Madame, je ne suis pas

Votre rat ! —

Et j'ai dit: — Non, je ne suis pas

Votre chat : •

(D'un mot à double sens est-il donc bien la peine.

Dont la banalité le dispute à l'obscène, —

Et puis où sont

Où sont les sisters Barrisson? —

Non, Madame, je ne suis pas

Votre chat î —

Et j'ai dit: — Non plus le destin Ne m'a pas fait votre lapin, Et veuillez, non plus, s'il vous plaîL Ne m'appeler votre poulet : Parmi le serpolet, le thym, Dans les clairières.

Laissez dormir jusqu'au matin, Au clair de lune, les lapins, Rangés en rond sur leurs petits derrières : — Et laissez, combien loin des foules, Et de tous ces fiacres qui roulent, Et laissez, sans les éveiller, Tous les poulets au poulailler.

Endormis, depuis très longtemps, comme des poulcî •Non je ne suis. Mesdames, s'il vous plaît. Ni votT*e lapin, n'est-ce pas, ni votre poulet I —

Et chacune des dames mûres,

Mais cette fois toutes d'accord sur le même mot,

Murmurent

Le nom d'un animal nouveau :

— Veau î —

Petite pluie, pluie fine des soirs,

Ma luxurieuse mauvaise conseillère...

Dans le bosquet la jeune Elviro Faisait retentir l'air de ses cris déchirants : Ah ! disait-elle, un tel martyre î...

Mieux vaut mourir :

Adieu ! adieu î mes chers parents! -—

La jeune Elvire avait une rage de dents.

Souffrait-elle des conséquences d'un coup d'air''' Voulut-elle briser la coque d'un fruit vert? Ou bien, ce sont des hypothèses, Etaft-ce,

98 LE REMÈDE INATTENbU

Etoit-ce une dent de sagesse?

Quoi qu'il en soit, amis lecteurs, Vous préserve le ciel de semblables douleurs

Maintenant, pour en revenir

A la jeune et dolente Elvire, L'infortunée, que la douleur accable,

S'est jetée au pied d'un érable ;

De ses doigts crispés dans la mousse

Elle creuse d'affreux sillons ; Attendris et muets s'arrêtent les grillons,

Aux gémissements qu'elle pousse...

Puis c'est le grand abattement Qui succède infailliblement Aux plus épouvantables crises ; Le sommeil, enfant de la fièvre, Apporte, enfin, un peu de trêve A la souffrance qui la brise.

Combien de temps dura cette lourde torpeur ?

Un quart d'heure ?

Une demi-heure? ou une heure ?

Comme écrit notre Molière, Le temps, amis lecteurs, ne fait rien à Taffaire ;

Enfin, Elvire se réveille :

Le supplice va-t-il recommencer ? xMais nou, Elle ne souffre plus, ivresse sans pareille, Elle ne souffre plus : seulement, clans Toreille Quelque chose la chatouille. Quoi donc?... Voyons...

Ce quelque chose est un flocon, Non pas de neige, Mais de coton.

Gela tenait du sortilège î

Votre surprise, amis lecteurs, s'explique as«ez ; Mais j'abrège

Voici ce qui s'était passé :

Un oiseau, s'envolant près d'Elvire, la vit, —

Qui cherchait où bâtir son nid ; Ce recoin doux, et rose, et chaud, semblait propice:

D'un brin de laine recueilli

Aux haies où broutent les brebis

Il commença son édificje...

Vous m'arrêtez, belle incrédule :

— Histoire folle ! . . . ridicule ! . . . — Et, du doigt, vous me menacez...

Ce n'est point badinage, et m'en croyez, Madam;

La conque de Toreille des femmes Est-elle pas un nid de baisers?

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