‹ Les chansons des trains et des garesChapitre 48 sur 63 · LE FIACRE D'EULALIE · texte numérisé non relu

LE FIACRE D'EULALIE

S'étend Sur le divan profond comme un tombeau : —

Brrr... brrr... ces roulements... il rêve...

Brrr... brrr... brrr... sans trêve, sans trêve, Des roulements emplissent son oreille :

Mais, quoi ? qui roule ainsi toujours ?... Ce n'est pas toi, véhicule d'amour :

C'est le tambour, c'est le tambour,

Qui bat l'héroïque réveil ! . . .

Bruit d'olifants, de palefrois, Allons, Gaétan, lève-toi :

C'est la voix De ceux des tiens qui versèrent leur sang vermeil — (Vois Vois comme est rouge l'andrinople !...) — A Bo ovines, à Fontenoy, A Waterloo, à Gravelotte !...

Mais voici que soudain deux petites menottes Couvrent les yeux de Gaétan :

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— Fi î le vilain, qui s'endormait en m'attendanl ; Coucou !... qui est là ? C'est Ciiouchoute ! —

(Chouchoute, d'EuIalie est un diminutif.)

— A pied aurais-tu fait la route ?

fa voiture, je ne l'entendis pas, pour quel motif

— Tu ne l'entendis pas ? sans doute : Les roues des fiacres, grand naïf, Maintenant, on les caoutchoute.

Ali ! dans la tôle des épingles,

Qui dira les désirs fous, les rêves ardents,

Et tout ce qui se passe dans

Leurs méninges, —

Aliî les penscrsque roulent dans leur tète les épingles

VA d'al)ord toutes les épingles, assurément, X'ontpas le même tempérament, Et il faudrait, suivant les mélliodcs certaines De notre Taine,

Il conviendrait qu'en une étude.

On tînt un compte sérieux

Des différences de milieu,

D'éducation, de genre de vie, et d'iiabitudes :

J'en sais qu'en de sombres orgies

Emploie

Tel cynique vieillard, chercheur d'étranges joies,

— Un sénateur peut-être, ou quelque homme de loi.

Voilà les gens par qui notre France est régie ! Mais glissons sans dire pourquoi ; Epingles des sombres orgies ! —

Combien plus calme, et la tête assagie,

Celle qui se consacre à l'entomologie :

Et comme je l'aime davantage,

L'autre vieillard, le bon vieillard qui va.

Avec son complet d'alpaga.

Son filet, et son panama.

Parmi les champs et les bocages,

Courant après, à travers prés.

Les beaux papillons diaprés...

LES KPINGLrS 113

Epingle, ton dard acéré,

Entre ses mains, sans doute, aura plus digne usage :

Car l'on te confiera la mission austère

De piquer des colcoplèros ; —

A moins que le vieil entomologiste, bon apôtre,

— Pffft!...

Sait-on jamais avec les entomologistes ? —

Rentré chez lui, fasse des saletés, comme les autres...

Epingles, épingles, si j'insiste,

Ce n'est pas qu'à vos moeurs j'en impute la faute ;

Mais voyez-vous, on a beau avoir unctétc,

Qu'il est donc malaisé de demeurer honnête !

Pourtant il est des épingles plus chastes,

Au corsage discret de blondes ouvrières.

De celles-là qui s'habillèrent, —

Elle est terrible aux retardataires, cette Première ! —

Qui s'habillèrent à la hâte,

Et même à la six quatre

Trois :

— Monsieur î Monsieur, à bas les pattes ! Vous allez vous piquer les doigts ! —

Au corsage des ouvrières blondes et chastes,

Epingles, gardiennes vigilantes

De poitrines très opulentes

Ou très plates...

(Les gens entreprenants ont des goûts disparatcG. j

Epingles aussi des tutus, Epingles, drjgons de vertu î

Et toutes ont dit aux aiguilles,

D'un air de compassion un peu blessante :

— Gomme nous vous plaignons ! la nature mccliante

Ne vous a pas donné de tête, pauvres filles 1

Ah ! comme vous devez souffrir :

Vous ne saurez pas découvrir

Les fleurs do la science au milieu de ses ronces ;

Vous ne pouvez pas réfléchir,

L'œuvre de Monsieur de Vogue vous reste absconse .-

Les aiguilles, sans faire attendre leur réponse, Et d'un petit ton aigre-doux :

— Mon Dieu, chères, devons à nous,

Incomplètes pour incomplètes,

c:. ries, nous déplorons de n'avoir pas de tête,

Mais, du moins, nous avons un trou.

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