LA VIERGE AUX BOUGIES
Et puis voici partis et les dévots et lesdévotes,
— Des cantiques au loin meurt la dernière note, — Avec les bougies qui clignotent
La Bonne Vierge est restée seule dans sa grotte.
Alors, à demi-voix : — Vite, dit-elle,
Eteignons toutes ces chandelles!
Devant ces bravesgens, je n'ai pas \oulu,
Bien entendu,
Pour ne pas leur faire de peine ;
Mais maintenant il ne faut plus
Qu'ici viennent brûler leurs ailes
Les papillons hurluberlus
Et les innocentes phalènes :
D'ailleurs, cette lumière crue
Finit par fatiguer la vue ;
Allons, vite, soufflons dessus,
Et que l'ombre calme revienne... —
Et maintenant dans l'ombre calme,
— Les grands arbres lentement balancent leur palme Plus de bougies dont s'indispose ou se couirouce
LA VIERGE AUX BOUGIJlS 225
La bonne Madame Marie ;
Plus rien que deux pclitcs flammes
Si pures, si douces :
Ce sont les yeux de mon amie Qui se reflètent dans la source.
Approchez, — merveille, merveille î Approchez, que nous vous disions, Vous disions et vous prédisions Des nouvelles pour Tan nouvel, — Que nous vous donnions nos tuyaux Dedans le tuyau De l'oreille ; — Approchez, — merveille, merveille !
La France court un grand danger, |je mécanisme est dérangé,
Mais il pourra se rarranger,
— Ou bien avant, ou bien après, —
II ne faut pas désespérer :
Les bons Français doivent songer,
Songer aux yeux de l'étranger, —
Je vois les yeux de Uétrangei^ —
Songer :
Ça va peut-être s'arranger.
Des bruits de guerre au printemps, —
Honneur et gloire,
Rantanplan.
Gloire et victoire,
Rantanplanplan, —
Des bruits de guerre au printemps,'
Songer :
Ça va peut-être s'arranger.
Des ministères Fichus par terre, — Concentration et mystère ; —
Voici venir un homme noir
Qui prend les rênes du pouvoir:
D'ailleurs, on ne peut pas savoir.
Songer :
Ça va peut-être s'arranger.
Une ligue, — Le tocsin ! — Moitié figue, Et raisin, — Une ligue, Une intrigue.
Une brigue, — Et la fin !
Des coupables condamnés.
Des prévenus disculpés.
Et puis on nous tout la paix •
Songer :
Ça va peut-être s'arranger.
230 LE PETIT VOYANT DE POCHE POUR l'aNNÉE 1899
Un crime horrible commis
Aux environs de Paris ; —
Un terrible accident de voitures automobiles,
La malveillance est le mobile :
Des piétons renversés,
Des becs de gaz cassés,
Des journalistes écrasés, —
Bouillie
De pauvres sergents de ville.
Je vois une famille entière empoisonnée Par l'usage des champignons ; Le père, la mère, et quatre petits garçons, Et Toncle qu'on avait invité à cette occasion : On ne sauvera que la fille aînée.
Songer:
Ça va peut-être s'arranger.
Des palais sont construitsi, Les peuples réunis.
Des pièces sont représentées.
LE PETIT VOYANT DE l'uCIiE POUR l'aNNÉE 1899 231
Et diversement goûtées Par l'honorable société.
(Des romans sont peu lus, Des poèmes, non plus.)
Une extension sans égaie
Est donnée à notre expansion coloniale
Notre extension coloniale,
Prend une expansion sans égale
Des préfets sont misa pié Dans différentes local i( es.
Le sang a coulé, Le feu a brûlé, La foudre a gronda L'eau a inondé, —
Songer :
Ça va peut-être s'arranger.
(Et puis je dis ça comme je dirais autre chose.)