‹ Les chansons du soirChapitre 9 sur 36 · ARIA · texte numérisé non relu

ARIA

Toi qui me fuis^ quand je.supplie •

Tqn vol de s’arrêter pour moi ;

Toi qui reviens^ quand je t’oublie, .

.Et me rentraînes après toi ; •

Volage amour de ma pensée,

Ombre qui suis la mienne, à la mienne enlacée, Et du moindre nuage encor mieux éclipsé^ !

Sdnge mourani, songe immortel !

Capricieux démon qui ris de mon délire,

Et, quand je vais tombant comme l’oiseau du ciel, Qui me rends tout à coup mon aile avec ma lyre, Puis détournes la tête à mon crédule appel !

Retourne seul sur ces rivages Où nous nous sommes vus un jour;

Habite seul les monts sauvages Et le rocher, ta haute tour ;

Cesse avec moi tes bleus mirages.

Et tes orages !

Va-t’en ! va-t’en ! garde pour toi ' Ton arc-en-ciel, et laisse- moi !

Le Léman brille

D’or et d’azùr ; ' >

Le ciel scintille,

Profond et pur ;

L’onde babille

D’un ton plaintif ;

La jeune fille Monte l’esquif,

Et sur sa joue,

Moins frais, moins doux, Le vent se joue,

Lutin jaloux Gardant la proue.

Seul amoureux Qui lui dénoue Ses longs chevmax.

Ombre qui me harcèles.

Voilà, voilà ton bien !

Ces milliers d’étincelles Au dôme aérien ;

Ces flots berçant ces herbes.

Ce vent berçant les flots,

Et ces géants superbes Accroupis sur les eaux ;

■ • Tout: la nature et üàwie, ...

Les astres dans les deux,

Qui font jaillir la flamme De leurs brûlants essieux ;

La suprême ordonnance

■ Qu’entrevoit nôtre esprit;

. La suprême souffrance

Que notre cœur nourrit ;

Les plus douces des choses,'

Les amours et les roses,

Cè qui se peut trcfuvêr,.

■ Ce qui se peut rêver ;

Tout est à toi ! mais laisse, laisse.

Laisse à jamais qui de toi, devant lui,-

N’a pour appel, n’a pour appui.

Qu’un feu follet courant dans l’ombre épaisse.

Danse4, follets, passagère, lueur.

Eclair de tourbe et falot de squelette,

, Dansez, dansez ! vous n’ètes que vapeur.

Jeu du brouillard que le marais reflète ;

• Dansez, dansez ! alléz-v6us-en ! dansez !

A liez -vous- en ! passez! passez !

Quand nous serons tous morts, le temps sur nos collines

■ ■ Nonchalamment se lèvera j Et de .«son pied distrait, posé sur nos ruines, • ■

•| . Il lès dispersera. '

. Il met sur elles

Son vert manteau, ^ .

, De fleurs nouvelles

.Toujours nouveau. • . • . .

L’herbe repousse Aux flancs des monts Voici la mousse Où nous dormons ; Les pins sonores,

Les sycomores, Croissent plus beaux Sur nos tombeaux ; Le Léman brille,

Le ciel scintille, L’onde babille D’un ton plaintif ;

La jeune fille Monte l’esquif.

Et sur sa joue Et sur son cou Le vent se joue Et fait le fou.

Et sur la grève Le passant rêve.

Et sur les monts L’astre se lève Qui dit : Aimons !

Et, dans l’espace,

Ce qu’on rêva '

Ou manque ou passe...

Et tout s’en va.

Tous ces biens d’un moment un moment furent nôtres, Et, par longs et mêmes efforts.

Avec la même fin, ils le seront pour d’autres.

Quand nous serons tous morts.

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