‹ Les chansons du villageChapitre 24 sur 27 · LA VIEILLE · texte numérisé non relu

LA VIEILLE

P ’| ’ riez point d’ma têt’ qui croie, ^ Les fillett’ et les jeun’ gas !

Aujourd’hui je baiss’ l’épaule Mais jadis on n raillait pas Mon teint d’pêche et mes gros bras !

J’ Suis courbé’ comme un 1 faucille,

Mes dents n’ sont plus bonn’ à rien,

Je n vois plus l’trou d 1 mon aiguille, Mais si vous saviez combien J’ plaisais à plus d’un ancien !

Je n vous dis pas des ment’ries ; Autrefois c’était 1’ bon temps !

Y avait d’meilleur’ métairies.

Les homm’ étaient plus constants,

F pleuvait moins au printemps !

On n 1 lisait pas ces gazettes Qui mett 1 les têt 1 à l'envers ;

Y avait d 1 meilleurs amusettes,

Et durant Y froid des hivers,

L’ pain et Y vin étaient moins chers !

Devant la haut 1 cheminée Que d’ racontot’ on narrait!

J’en étais embobinée,

L’un contre Tautr 1 on s 1 serrait, Teirment ça vous Psait d 1 l’effet !

A présent tout l 1 mond’ s’ennuie,

Tout’ les fill 1 ont des chapeaux,

Les enfants vous font la vie,

Et quittant vign’s et troupeaux Dans la grand’ vill’ laiss 1 leurs peaux !

Quand on veut boire un p’tit verre, Cest d’la poison à quat 1 sous,

Les fabriq’ ne sav 1 plus q 1 faire Pour vend 1 aux homm’ de chez nous Des eaux-d'-vi 1 qui les rend 1 fous!

la vieille

Nos vign’ ell’-mêm’ sont malades Malgré les r’mècT qu on met d’sus,

L> P ie d pourrit comm’ les salades,

Et nos pauv' raisins grelus N ont qu un peu d’peau et point d’jus !

J ciois bien q c’est la fin du monde, Mais j mourrai bien sûr avant,

M’ souv’nant du temps q’ j’étais blonde, Q. mon feu Pierre était vivant,

Et q mes ch veux dansaient au vent ! *

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