LA VIEILLE
P ’| ’ riez point d’ma têt’ qui croie, ^ Les fillett’ et les jeun’ gas !
Aujourd’hui je baiss’ l’épaule Mais jadis on n raillait pas Mon teint d’pêche et mes gros bras !
J’ Suis courbé’ comme un 1 faucille,
Mes dents n’ sont plus bonn’ à rien,
Je n vois plus l’trou d 1 mon aiguille, Mais si vous saviez combien J’ plaisais à plus d’un ancien !
Je n vous dis pas des ment’ries ; Autrefois c’était 1’ bon temps !
Y avait d’meilleur’ métairies.
Les homm’ étaient plus constants,
F pleuvait moins au printemps !
On n 1 lisait pas ces gazettes Qui mett 1 les têt 1 à l'envers ;
Y avait d 1 meilleurs amusettes,
Et durant Y froid des hivers,
L’ pain et Y vin étaient moins chers !
Devant la haut 1 cheminée Que d’ racontot’ on narrait!
J’en étais embobinée,
L’un contre Tautr 1 on s 1 serrait, Teirment ça vous Psait d 1 l’effet !
A présent tout l 1 mond’ s’ennuie,
Tout’ les fill 1 ont des chapeaux,
Les enfants vous font la vie,
Et quittant vign’s et troupeaux Dans la grand’ vill’ laiss 1 leurs peaux !
Quand on veut boire un p’tit verre, Cest d’la poison à quat 1 sous,
Les fabriq’ ne sav 1 plus q 1 faire Pour vend 1 aux homm’ de chez nous Des eaux-d'-vi 1 qui les rend 1 fous!
la vieille
Nos vign’ ell’-mêm’ sont malades Malgré les r’mècT qu on met d’sus,
L> P ie d pourrit comm’ les salades,
Et nos pauv' raisins grelus N ont qu un peu d’peau et point d’jus !
J ciois bien q c’est la fin du monde, Mais j mourrai bien sûr avant,
M’ souv’nant du temps q’ j’étais blonde, Q. mon feu Pierre était vivant,
Et q mes ch veux dansaient au vent ! *