EN L'HONNEUR DE MAITRE FRANÇOIS
Par Rabelais, mon grand ancêtre, Je veux qu'on m'envoie à Bicêtre Si homards cuits et cardinaux Près de nous ne se montrent blêmes.
Et si nos ventres pour emblèmes Ont autre chose que tonneaux.
Gloire au grand rieur qui sut boire Toute sa vie, et gloire, gloire A la bonne ville de Tours
LES CHANSONS JOXËUSES. 167
Qui vit naître, rond comme un chantre, Celui dont le superbe ventre Avait quatre toises de tour !
Le rire est le propre de riiomme, S'écriait-il. Et qu'est-ce, en somme, Que la vie ? Un peu moins que rien, L ombre fugitive d'un rêve ; C'est un ballon gonflé qui crève En plein essor aérien.
Bien qu'elle nous semble si chère, C'est une vanité légère.
Et je m'irais douloir? Merci!
Voici bien toute ma pensée :
C'est le fait d'une hme insensée. Pour si peu prendre grand souci.
A boire ! à boire ! et qu'on me vei'se Le joyeux vin qui se disperse Dans tout mon corps plein de frissons, Par qui mon sang bout et s'allume, Et qui me jette sur ma plume Pour écrire mille chansons.
vieux vin, que je te révère!
Je tiens l'oubli dans mon grand verre,
Et d'un coup je le veux vider.
Je veux, couronné de verveines,
Le sentir glisser dans mes veines.
Me pénétrer et m'inonder.
Sur le parquet jonché de roses, Je veux, affranchi des névroses Qui me serraient hier le front, Me coucher tout du long pour boire ; ht la tristesse et l'humeur noire Dans ma bouteille se noîront.
Je suis chargé de mainte faute ; Mon corps diabolique est l'hôte D'un tas de vices peu chrétiens ; Mais, quand j'ai bu, je sens mon âme Doucement se fondre à la flamme De nos familiers entretiens.
Alors, je trouve toute chose Adorable. Je ris sans cause ; Et — toi qui m'entends, tu riras !
J'ai des tendresses si profondes Que je voudrais presser lés mondes Dans Tétreinte de mes deux bras.
Ah ! quand j'ai bu, plus de superbe!
Je ne foulerais un brin d'herbe Sans bien lui demander pardon ; Toute haine, tout noir délire S'évanouit dans le grand rire Du joyeux curé de Meudon !
l'iU LES ClIANSOnS JOYEUSES.
A UNE CRIELLE