DERNIERS VOEUX
Mes chers amis, quand je mourrai, l'iantez un saule au cimetière.
A. D£ Musset.
Mes chers amis, quand je mourrai, Gardez-vous de planter un saule Sur le tertre où je pourrirai :
Et que pas un ne se désole !
Pour ma mémoire, si je fus Joyeux au grand soleil qui brille, N'accueillant jamais d'un refus Bonne bouteille ou belle fille.
Aimez la vie et le printemps, Emplissez vos âmes d'ivresses ; Tâchez d'avoir toujours vingt ans, Et changez souvent de maîtresses !
Gardez bien mon dernier conseil, En vous souvenant que naguère J'avais l'œil vif, le teint vermeil, Le pied leste et la mine altière.
Je suis un vivant convaincu Que tôt où tard un mort s'oublie ; Vivez donc comme j'ai vécu, Sans remords ni mélancolie!
Ne devant plus revoir jamais Les oiseaux palpitant des ailes rt les sourires que j'aimais.
Je ne tiens guère aux immortelles.
De peur qu'un beau jour le tombeau De rire à votre nez s'esclaffe, Ne vous creuser pas le cerveau A me rimer une épitaphe.
Dédiez-moi vos verres pleins Dans les tavernes enfumées, Et contre celles des voisins Troquez parfois vos bien aimées.
Comme je fus bon compagnon, Racontez de moi quelque histoire, Et faites retentir mon nom Dans de belles chansons à boire !