‹ Les chansons joyeuses: poésiesChapitre 49 sur 65 · PAUL BOURGET · texte numérisé non relu

PAUL BOURGET

La taverne a bien des charmes.

Et c'est un plaisir sans prix Que de boire ainsi les larmes Des vieux cruchons attendris.

Mais je m'en vais, il me tarde... taciturne songeur!

Tu verras dans ta mansarde Revenir le voyageur.

Aux soirs d'hiver, Tâme triste Et joyeuse eu même temps, Suivant tous deux à la piste Nos souvenirs de printemps,

Songeant aux vieilles années Qui sous le ciel jadis bleu Penchent leurs têtes fanées, Nous tisonnerons le feu.

Nous causerons de cent choses Qui sont mortes aujourd'hui ; Le spectre des vieilles roses Nous apparaîtra, la nuit.

Et nous pencherons nos têtes, Le front de clarté baigné.

Sur le livre des poëtes Qui d'amour ont tant saigné.

Et nous relirons encore, Le coeur doucement navré.

Ce douloureux : Never morel Que Tennyson a pleuré.

Puis, s'il faut que je me prête A ce jeûne inusité, Nous boirons une discrète Et bonne tasse de thé.

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