LE TORRENT NOIR
-v.«>€Hft>^s-*'^
Comme sur le pic séculaire
Que bat la nue au foudre ardent ,
L'orage a versé sa colère
Sur mon front toujours imprudent.
Soudain , de murmurantes ondes
Ont ouvert leurs sources fécondes
Dans ce terrain tout sillonné ,
Et , coulant à sa fantaisie ,
Un noir torrent de poésie
Dans rame en pleurs a bouillonné.
Où m'emportez- vous, onde amère, Onde sans rivage et sans port?
Contenez ce bruit éphémère , Et laissez reposer la mort.
iOO
Oh ! je voudrais sur la colline Que le divin Soleil domine , M'arréter, me taire , m'asseoir, Et voir en bas , sur l'eau profonde , Passer tous les débris du monde , Et demeurer là jusqu'au soir.
Ou bien, pareille au coquillage
Plein d'un mystérieux accord ,
Que ne fait point vibrer l'orage ,
Ni la fraîche haleine du bord ,
Que n'ai-je une intime harmonie ,
Un discret et charmant génie ,
Roi caché de mon cœur serein ,
Où frémirait sa voix captive ,
Roulant à l'oreille attentive ,
Comme un bruit sourd, son chant d'airain.
0 rude destin du poète ,
Rêve d'or chèrement payé !
Si du moins la tourbe indiscrète
T'accordait silence et pitié !
Si , lorsqu'il passe un chant sonore ,
Dont notre sein frissonne encore.
On n'en troublait pas les échos ,
Ou que cette voix inspirée Dans la poitrine déchirée Pût dormir avec ses sanglots !
Vains souhaits ! plainte inexaucée , Coupables murmures du cœur !
Qu'est-ce que Targile insensée Pour lutter avec le Seigneur !
A lui donc de compter nos peines , D'épargner les dures haleines A l'agneau faible et sans toison ; De retirer l'accord suprême , Quand de la voix qu'il fit lui-même Il ne veut plus ouïr le son !
Oui , mon Dieu ! tant que sur ma bouche
Ton doigt ne vient pas se poser,
Je vaincrai le besoin farouche
De me taire et ne plus penser.
l'abandonnant ma destinée ,
La voulant comme elle est donnée ,
Sans plus contester avec toi ,
Je la subirai sans la craindre :
A toi seul aussi de me plaindre
Et de te pencher jusqu'à moi !
Qu'importe, en effet, si ma route Se perd dans l'horizon humain !
Plus d'orgueil, d'espoir ni de doute ! Je n'ai qu'à suivre mon chemin.
Fussé-je la plus humble pierre Dont se forme le sanctuaire , L'œil de Dieu m'y verra toujours ; Et le marbre de Fautel même Ne saurait vouloir sans blasphème Que je me plie à ses contours.
Pourquoi, d'ailleurs, en rédifice
Tant de tourmente et de rumeur?
Que la pierre vive obéisse !
Que tout rende gloire au Seigneur !
A lui la voûte murmurante
Où montera l'hymne vibrante ,
Alléluia de l'univers !
À lui le pauvre grain de sable
Dont l'existence insaisissable
Se perd dans les divines mers !
«^---Ê^sw^iài^D^fi^^