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LES BŒUFS

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Ah } te beau temps , le temps heureux, Quand, la mit, nom gardions les bœufs ! Mon frère, bien souvent f y pense!

Non, pourtant^ plus souvent que toi.

Qui , j'en suis sûr, dis comme moi De nos vieux souvenirs d'enfance :

Ah ! le bon temps , le temps heureux.

Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Dans les grands jours de labourage , Quand il3 avaient bien retourpé

Le dur sillon , bien cheminé , On les mettait au pâturage.

Ah ! le bon temps , le temps heureux ! Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Nous étions là , sous un grand chêne , Allumant le feu du bouvier :

Une pierre était le foyer ; Le bûcher, la forêt prochaine.

Ah ! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Notre cellier, faut-il le dire?

Hélas ! c'étaient — fait trop certain ! —

C'étaient les arbres du voisin. . .

Je ne puis y penser sans rire.

Ah! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Aussi , pourquoi , loin de sa vue , A l'aventure , au bout du champ , Ses arbres venaient-ils cherchant Nos cailloux qui cherchaient la nue?

Ah! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Ou bien , aia foi ! dans l'ombre noire , Sas! à l'assaut ! c'est plutôt fait.

Raisonnement suivi d'effet.

Je raisonnais, mais dit l'histoire...

Ah! le bon temps, le temps heureux, Quand, la nuit, nous gardions les bœufs!

Je raisonnais : mais la pratique Etait ton fort. Sur le gazon , Poires et pommes à foison Venaient répondre à ma logique.

Ah ! le bon temps , le temps heureux, Quand, la nuit, nous gardions les bœufs!

De ton pied nu le rameau frêle Sentait le contact vigoureux, Discret pourtant, et doucereux, Pour que sans bruit tombât la grêle.

Ah ! le bon temps , le temps heureux.

Quand, la nuit, nous gardions les bœufs!

Ces beaux grêlons , c'est toi , mon frère , Ces grêlons d'or, qui les lançais :

Moi, pour ma part, je m'amusais Seulement à les prendre à terre.

Ah ! le bon temps , le \emp& heureux, Quand, la nuit, nous gardions les bœufs!

Et vite , vite , de la haie Trouant , sautant le vert rempart , Nous détalions comme un renard Qui de son coup tremble et s^effraie.

Âh I le hm temps , le temps henreuit, Quand , la ni«it , nous gardions lei^ bœufs !

L'œil bas, il fuit dans les tàaèbres; La poule prise , il en a peur, Il la plaint même et , dans son cœur, Lui fait des oraisons funèbres.

Ah! le bon temps, le temps heureux.

Quand , la imit, nous gardions les bœufs!

Ce néanmoins, renard la mange, Renard la mange bel et bien.

Le cœur de l'homme , j'en convien , — Et des renards , — est bien étrange !

Ah ! le bon temps , le temps heureux.

Quand» la aoit, nous gardions les bioifs!

Petits renards , à ipotre gite ,

A notre rnstiqiie bivac ,

Quand nous avions poires au sac ,

Ainsi nous chantions leur mérite.

Ah ! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Et puis , artistement grillées Sous la cendre , bien mieux qu'au pot ! Oh! — pour lôttl dire d'un seifl mot : — Pommes-de-terre charbouillées î

Ah! le bon temps, le ten^ps heureux »

Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Le mot n'est pas académique.

Alors, je m'en souciais peu.

Depuis , j'ai vu I»en autre jeu , Car je fus aussi romantique.

Ah! le bon temps, le temps heureux.

Quand , la nuit , nous gardions les bœufs I

Et les grands bœufs , couchés dans l'herbe , En ruminant , nous r^rdaient ; Et leurs grands yeux nous répondaient ; Et notre feu brillait , superbe.

no

Ah ! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit , nous gardions les hœufs !

Et notre feu rendait plus sombre Le noir lointain des prés tournans ; Et le long des bois frissonnans Sa vapeur glissait comme une ombre.

Ah ! le bon temps , le temps heureux.

Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

Dans notre âme simple et ravie , Nous ne savions pas que les bœufs Deviennent parfois dangereux , Qu'on en garde toute sa vie.

Ah ! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit, nous gardions les bœufs !

Le ciel était pur et sans voile.

La blanche lune , se levant , Gomme nous veillait en rêvant.

Nous couchions à la belle étoile.

Ah ! le bon temps , le temps heureux, Quand , la nuit , nous gardions les bœufs !

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