‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 71 sur 156 · U-HAUT · texte numérisé non relu

U-HAUT

— Oiseau, dis-nous, que rèves-tu là-haut? Sur ce rocher, sur cette pointe verte, Battant de l'aile et la tenant ouverte,

Puis la laissant se refermer bientôt ?

Oiseau, dis-nous, que rêves-tu là-haut?

— Eh ! que rêver, eh ! que rêver là-haut? Je vois le monde et je l'ai sous mon aile. Mais à quoi bon ? ce monde qui m'appelle. Ce vaste monde est un vaste tombeau.

Eh ! que rêver, eh ! que rêver là-haut ?

— Pleures-tu donc, pleures-tu donc là-haut?

— Pourquoi pleurer? De ce torrent qui fume. Là sous mes pieds, pourquoi grossir l'écume? Les pleurs, voilà le peu que cela vaut. Pourquoi pleurer, pourquoi pleurer là-haut?

— Que fais-tu donc, que fais- tu donc là-haut?

— Ce que tu fais, et ce que fait la nue Qui suit son cours, à la cime chenue Dort un moment, et repart aussitôt.

Ainsi je fais, ainsi je fais là-haut.

— Où vas-tu donc ? où vas-tu donc là-haut ?

— Où tu t'en vas loi-même avec la nue. Tous engagés dans l'immense étendue, Qui toujours s'ouvre et jamais ne se clôt. Ainsi je vais, ainsi je vais là-haut.

— Quoi! toujours seul, toujours tout seul là-haut?

— Triste passant, que ta voix m'importune ! Va, si tu veux, interroger la lune.

Vous jaserez à vous deux comme il faut, Mais laisse-moi, laisse-moi seul là-haut.

UÉCUREUIL

Triste et folâtre , Dans les prés verts , J'aime du pâtre Les anciens airs ; Et l'alouette, Et le grillon ; Et l'épinette Du moucheron ; Même la basse , Que rien ne lasse , Du gros bourdon .

Allez, mes frères!

Chantez, volez,

Sur les bruyères , Parmi les blés !

Allez ! allez !

Le monde tourne Avec no8s tous. Rien ne séjourne , Rien n'est à nous.

Que savez-vous?

Parmi les branches , Ecureuil vif, Qui fuis , te penches , Le pied furtif , L'œil attentif!

De Tarbre antique Que nous dis-tu?

Un ver le pique.

L'arbre est fendu Et vermoulu.

Va , de la cime (Toi seul le peux) , Dans cet abîme Noir, caverneux Du chêne creux.

Dis-moi... j'écoute...

Est-ce bien long Sous celte voûte , Dans ce vieux tronc?

Qu'y vois-tu donc?

— D'abord , des herbes , Du foin tressé ,

Débris superbes , Nid délaissé, De l'an passé.

-^ Ta découverte Ira {dus loin.

— Une peau verte , Là , dans un coin , 6it sur du foin.

— Vas-y , de grâce !

Marche en rampant.

— C'est la cuirasse Qui tombe et pend , D'un vieux serpent.

— Plus bas encore Sonde la tour.

— Un rayon dore Ce noir délour/...

— Est-ce le jour?

— Non ; la caverne Va s'enfonçant« . . .

C'est la lanterne D'un ver-luisant , Mais pâlissant.

— Allons ! courage , Brave écureuil !

Tu vois , je gage. . . .

— Hélas ! j'ai l'œil Sur un cercueil.

— Là dort , je pense , Un vieux guerrier Avec sa lance ,

Son baudrier Et son cimier?

— Non ; sa vaillance Fut sans renom.

Il n'eut pour lance , Roi du vallon , Qu'un aiguillon;

Mais , dans sa bière , Nul museadio N'a de suaire Plus blanc , plus fin , De plus beau lia.

0 gloire vaiae !

0 vaio labeur !

C'est du grand chêne , C'est le vainqueur :

Le ver moqueur.

— Suis les racines. . . .

— C'est si profond !

Soùs les collines , Sous le vieux mont Elles s'en vont.

— J'entends ! tu n'oses. . . .

— Je vois , je vois Un champ de roses , De fleurs des bois , Dormant, je crois.

— Bon ! tu veux rire !

Des fleurs là-bas ,

Dans cet empire Du noir trépas....

— Et pourquoi pas?

Fleurs effeuillées , Fleurs sans couleurs ; Lys des vallées , Vierges et fleurs , Gomme des soeurs ,

Sont là couchées Dans le tombeau , Et desséchées :

Ce n'est ni beau , Ni bien nouveau.

Sous le vieux chêne Un pré de mort , De plaine en plaine , S'étend et dort ; Nul bruit n'en sort :

Rien n'y bourdonne ; Brise du soir Ni vent d'automne N'ont nul pouvoir Sur ce pré noir.

Ce pré, sous Taulre, Au loin s'étend ; Et tout , du nôtre , Tout y descend En gémissant :

Les fleurs , les belles , Aigles , soldats , Qu'on ait des ailes , Qu'on n'en ait pas , Tout vient en bas ;

Tout vient , se couche Au grand sillon , Même la mouche , Et le grillon , Et l'oisillon.

Là , Tonde pure Est sans miroir, Et la verdure Est triste à voir ; Là, tout est noir.

La rose est noire ; Noirs , roeil d'azur ,

— Mon fils , il faut le marier :

Nous la rendrons heureuse ,

Heureuse à nous remercier, Notre belle amoureuse.

— Ma mère , vous avez bien dit !

Commandez les carrosses.

Le tailleur me fait un habit , Un bel habit de noces.

— Ton habit est-il rose et blanc ?

La mode en est passée.

— Ma mère , il est couleur de sang , Gomme ma fiancée.

— Elle est vermeille , en vérité , Comme, au miroir des ondes,

Le ciel par un matin d'été...

Et le bal et les rondes ?

— Le bal est au son du tambour; Mon épouse est la Guerre.

Demain , je pars au point du jour.

Embrassez-moi , ma mère !

C'est bien assez, vous, de vous voir

Sans repos » sans ressource , Vous tuant du matin au soir !

Prenez donc cette bourse.

S'il vient à la belle un mari ,

Un mari digne d'elle , De mon argent achetez-lui

Collier, voile ou dentelle.

Gardez le reste et, pour l'hiver,

A la foire prochaine , Achetez-vous , fût-il bien cher,

Un bon manteau de laine.

Tous les trois ans je reviendrai ,

La campagne finie , Aussi longtemps que je pourrai

Vous tenir compagnie.

LE FltS ET LES OISEAUX

Couvrant la plaine de soldats , L'Empereur est en Flandre*

Le roi de France ne veut pas Longtemps le faire attendre.

Petits oiseaux ! des verts buissons , Des prés , votre demeure ,

Vite partez ! c'est aux canons De chanter à cette heure.

Dans l'air où passe un vent de Dieu , Yole d'un arbre à l'autre ,

D'oiseaux de fer l'aile de feu, En place de la vôtre.

Fuyez bien loin , parlez ! partez !

Si quelcpie pauvre femme Est seule et triste, alors chantez

Pour consoler son àme.

LBS OISBAtnC ET LA MÎfcRB

Qui chante là , pendant qu'ici

Toute seule je file ?

Petits oiseaux , je chante aussi ,

Mais d'une voix débile.

Alouette quand je serais , Je prendrais ma volée

& haut , -si haut que je verrais La terre tout d'emblée.

En bas je ne chercherais point

Ni le Roi ni la Reine , Ni l'Empereur le sceptre au poing ,

Ni duc ni capitaine.

Qui chercherais-je dans les rangs ?

Hélas ! mon cœur soupire.

Petits oiseaux , toujours errans ,

N'allez pas le lui dire.

Qui heurte-là? quel est ce bruit?

Serait-ce lui peut-être?

Non , c'est la grêle , dans la nuit ,

Qui heurte à ma fenêtre.

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