U-HAUT
— Oiseau, dis-nous, que rèves-tu là-haut? Sur ce rocher, sur cette pointe verte, Battant de l'aile et la tenant ouverte,
Puis la laissant se refermer bientôt ?
Oiseau, dis-nous, que rêves-tu là-haut?
— Eh ! que rêver, eh ! que rêver là-haut? Je vois le monde et je l'ai sous mon aile. Mais à quoi bon ? ce monde qui m'appelle. Ce vaste monde est un vaste tombeau.
Eh ! que rêver, eh ! que rêver là-haut ?
— Pleures-tu donc, pleures-tu donc là-haut?
— Pourquoi pleurer? De ce torrent qui fume. Là sous mes pieds, pourquoi grossir l'écume? Les pleurs, voilà le peu que cela vaut. Pourquoi pleurer, pourquoi pleurer là-haut?
— Que fais-tu donc, que fais- tu donc là-haut?
— Ce que tu fais, et ce que fait la nue Qui suit son cours, à la cime chenue Dort un moment, et repart aussitôt.
Ainsi je fais, ainsi je fais là-haut.
— Où vas-tu donc ? où vas-tu donc là-haut ?
— Où tu t'en vas loi-même avec la nue. Tous engagés dans l'immense étendue, Qui toujours s'ouvre et jamais ne se clôt. Ainsi je vais, ainsi je vais là-haut.
— Quoi! toujours seul, toujours tout seul là-haut?
— Triste passant, que ta voix m'importune ! Va, si tu veux, interroger la lune.
Vous jaserez à vous deux comme il faut, Mais laisse-moi, laisse-moi seul là-haut.
UÉCUREUIL
Triste et folâtre , Dans les prés verts , J'aime du pâtre Les anciens airs ; Et l'alouette, Et le grillon ; Et l'épinette Du moucheron ; Même la basse , Que rien ne lasse , Du gros bourdon .
Allez, mes frères!
Chantez, volez,
Sur les bruyères , Parmi les blés !
Allez ! allez !
Le monde tourne Avec no8s tous. Rien ne séjourne , Rien n'est à nous.
Que savez-vous?
Parmi les branches , Ecureuil vif, Qui fuis , te penches , Le pied furtif , L'œil attentif!
De Tarbre antique Que nous dis-tu?
Un ver le pique.
L'arbre est fendu Et vermoulu.
Va , de la cime (Toi seul le peux) , Dans cet abîme Noir, caverneux Du chêne creux.
Dis-moi... j'écoute...
Est-ce bien long Sous celte voûte , Dans ce vieux tronc?
Qu'y vois-tu donc?
— D'abord , des herbes , Du foin tressé ,
Débris superbes , Nid délaissé, De l'an passé.
-^ Ta découverte Ira {dus loin.
— Une peau verte , Là , dans un coin , 6it sur du foin.
— Vas-y , de grâce !
Marche en rampant.
— C'est la cuirasse Qui tombe et pend , D'un vieux serpent.
— Plus bas encore Sonde la tour.
— Un rayon dore Ce noir délour/...
— Est-ce le jour?
— Non ; la caverne Va s'enfonçant« . . .
C'est la lanterne D'un ver-luisant , Mais pâlissant.
— Allons ! courage , Brave écureuil !
Tu vois , je gage. . . .
— Hélas ! j'ai l'œil Sur un cercueil.
— Là dort , je pense , Un vieux guerrier Avec sa lance ,
Son baudrier Et son cimier?
— Non ; sa vaillance Fut sans renom.
Il n'eut pour lance , Roi du vallon , Qu'un aiguillon;
Mais , dans sa bière , Nul museadio N'a de suaire Plus blanc , plus fin , De plus beau lia.
0 gloire vaiae !
0 vaio labeur !
C'est du grand chêne , C'est le vainqueur :
Le ver moqueur.
— Suis les racines. . . .
— C'est si profond !
Soùs les collines , Sous le vieux mont Elles s'en vont.
— J'entends ! tu n'oses. . . .
— Je vois , je vois Un champ de roses , De fleurs des bois , Dormant, je crois.
— Bon ! tu veux rire !
Des fleurs là-bas ,
Dans cet empire Du noir trépas....
— Et pourquoi pas?
Fleurs effeuillées , Fleurs sans couleurs ; Lys des vallées , Vierges et fleurs , Gomme des soeurs ,
Sont là couchées Dans le tombeau , Et desséchées :
Ce n'est ni beau , Ni bien nouveau.
Sous le vieux chêne Un pré de mort , De plaine en plaine , S'étend et dort ; Nul bruit n'en sort :
Rien n'y bourdonne ; Brise du soir Ni vent d'automne N'ont nul pouvoir Sur ce pré noir.
Ce pré, sous Taulre, Au loin s'étend ; Et tout , du nôtre , Tout y descend En gémissant :
Les fleurs , les belles , Aigles , soldats , Qu'on ait des ailes , Qu'on n'en ait pas , Tout vient en bas ;
Tout vient , se couche Au grand sillon , Même la mouche , Et le grillon , Et l'oisillon.
Là , Tonde pure Est sans miroir, Et la verdure Est triste à voir ; Là, tout est noir.
La rose est noire ; Noirs , roeil d'azur ,
— Mon fils , il faut le marier :
Nous la rendrons heureuse ,
Heureuse à nous remercier, Notre belle amoureuse.
— Ma mère , vous avez bien dit !
Commandez les carrosses.
Le tailleur me fait un habit , Un bel habit de noces.
— Ton habit est-il rose et blanc ?
La mode en est passée.
— Ma mère , il est couleur de sang , Gomme ma fiancée.
— Elle est vermeille , en vérité , Comme, au miroir des ondes,
Le ciel par un matin d'été...
Et le bal et les rondes ?
— Le bal est au son du tambour; Mon épouse est la Guerre.
Demain , je pars au point du jour.
Embrassez-moi , ma mère !
C'est bien assez, vous, de vous voir
Sans repos » sans ressource , Vous tuant du matin au soir !
Prenez donc cette bourse.
S'il vient à la belle un mari ,
Un mari digne d'elle , De mon argent achetez-lui
Collier, voile ou dentelle.
Gardez le reste et, pour l'hiver,
A la foire prochaine , Achetez-vous , fût-il bien cher,
Un bon manteau de laine.
Tous les trois ans je reviendrai ,
La campagne finie , Aussi longtemps que je pourrai
Vous tenir compagnie.
LE FltS ET LES OISEAUX
Couvrant la plaine de soldats , L'Empereur est en Flandre*
Le roi de France ne veut pas Longtemps le faire attendre.
Petits oiseaux ! des verts buissons , Des prés , votre demeure ,
Vite partez ! c'est aux canons De chanter à cette heure.
Dans l'air où passe un vent de Dieu , Yole d'un arbre à l'autre ,
D'oiseaux de fer l'aile de feu, En place de la vôtre.
Fuyez bien loin , parlez ! partez !
Si quelcpie pauvre femme Est seule et triste, alors chantez
Pour consoler son àme.
LBS OISBAtnC ET LA MÎfcRB
Qui chante là , pendant qu'ici
Toute seule je file ?
Petits oiseaux , je chante aussi ,
Mais d'une voix débile.
Alouette quand je serais , Je prendrais ma volée
& haut , -si haut que je verrais La terre tout d'emblée.
En bas je ne chercherais point
Ni le Roi ni la Reine , Ni l'Empereur le sceptre au poing ,
Ni duc ni capitaine.
Qui chercherais-je dans les rangs ?
Hélas ! mon cœur soupire.
Petits oiseaux , toujours errans ,
N'allez pas le lui dire.
Qui heurte-là? quel est ce bruit?
Serait-ce lui peut-être?
Non , c'est la grêle , dans la nuit ,
Qui heurte à ma fenêtre.