‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 73 sur 156 · EN ROUTE · texte numérisé non relu

EN ROUTE

— Mère, ma mère en cheveux blancs!

Eh quoi ! nouvelle amère !

Vos yeux et vos pas sont tremblans. . .

Je viens , je viens ! ma mère !

J'ai ma retraite , un peu d'argent ,

Déjà vieille moustache , Vieille épaulette de sergent ,

Et ce ruban sans tache.

Un peu de vin vous fait du bien ;

Nous en aurons , ma mère.

Et grondez-moi quand j'ai pour rien

Chassé sur la bruyère.

Et grondez-moi quand je serai D'une humeur un peu sombre ,

Et que le soir je me tairai , Au coin du feu, dans l'ombre.

Ainsi je marche avec gaité , Tant que le jour m'éclaire.

Je crois , parbleu ! que j'ai chanté , Pensant à vous, ma mère.

Encore une heure , et je serai Au bout de mon voyage.

Encor trois pas , et je verrai...

Je vois mon vieux village !

LE RflTOUR

— Bonnes gens, d'où revenez-vous?

Pourquoi cette civière ?

— » Soldat ! d'un lieu d'eu l'on est tous !

Soldat I du cimetière.

Une vieille, sur son grabat.

Est morte solitaire , Et veuve et mère de soldat :

Noos l'avons mise en terre.

— C'est ma mère ! je suis son fils!

Sur moi le malheur tombe.

Eh ! retournons , è mes anis 1

Retournons à sa tombe.

Je veux la vdr, eh ! mes amis !

Je veox revoir ma mère , Et l'embrasser, je sttis son fils ,

L'embrasser dans sa bière.

Toi qui sans larme et sans frayeur

T'en vas avec ta pelle , 0 fossoyeur, bon fossoyeur !

Reviens ! un mort appelle. —

La noire fosse , en un moment , Rouvre son n<Mr âblme ;

La noire bière , lentement , Gagne la verte cime.

— ' Ma mère ! pour me recevoir (J'arrive tard, n'importe !)

Md mère, venez vous asseoir, Hélas ! à quelle porte ! —

It souleva le blanc linceul , Puis la eoiSe abaissée ;

Et s'écriant : Me voilà seul !

Il la tint embrassée.

La mère se mit à trembler,

Remua la paupière. . .

Dieu venait de la rappeler De son sommeil de pierre.

Car elle n'avait que dormi , Mais si fort, que son àme

Déjà s'essayait à demi Sur ses ailes de flamme.

Déjoignant les mains elle dit :

C'est mon fils qui m'appelle.

Pourrai-je sortir de mon lit?

Rallumer la chandelle? —

Il l'emporta sur le gazon :

— Mère ! qu'on se dépêche

De regagner notre maison , Car la nuit sera fraîche !

— Pourquoi restons-nous , mon ami , Si tard loin du village?

— Ma mère, vous avez dormi Là-bas sous cet ombrage.

— Mon fils , pourquoi ce long trajet De prairie en prairie?

- Pour vous cueillir un beau bouquet , Car vous êtes guérie.

- Mon enfant, pourquoi passons-nous , Le long du cimetière?

- Ma mère ! tranquillisez-vous , Faites votre prière.

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