EN ROUTE
— Mère, ma mère en cheveux blancs!
Eh quoi ! nouvelle amère !
Vos yeux et vos pas sont tremblans. . .
Je viens , je viens ! ma mère !
J'ai ma retraite , un peu d'argent ,
Déjà vieille moustache , Vieille épaulette de sergent ,
Et ce ruban sans tache.
Un peu de vin vous fait du bien ;
Nous en aurons , ma mère.
Et grondez-moi quand j'ai pour rien
Chassé sur la bruyère.
Et grondez-moi quand je serai D'une humeur un peu sombre ,
Et que le soir je me tairai , Au coin du feu, dans l'ombre.
Ainsi je marche avec gaité , Tant que le jour m'éclaire.
Je crois , parbleu ! que j'ai chanté , Pensant à vous, ma mère.
Encore une heure , et je serai Au bout de mon voyage.
Encor trois pas , et je verrai...
Je vois mon vieux village !
LE RflTOUR
— Bonnes gens, d'où revenez-vous?
Pourquoi cette civière ?
— » Soldat ! d'un lieu d'eu l'on est tous !
Soldat I du cimetière.
Une vieille, sur son grabat.
Est morte solitaire , Et veuve et mère de soldat :
Noos l'avons mise en terre.
— C'est ma mère ! je suis son fils!
Sur moi le malheur tombe.
Eh ! retournons , è mes anis 1
Retournons à sa tombe.
Je veux la vdr, eh ! mes amis !
Je veox revoir ma mère , Et l'embrasser, je sttis son fils ,
L'embrasser dans sa bière.
Toi qui sans larme et sans frayeur
T'en vas avec ta pelle , 0 fossoyeur, bon fossoyeur !
Reviens ! un mort appelle. —
La noire fosse , en un moment , Rouvre son n<Mr âblme ;
La noire bière , lentement , Gagne la verte cime.
— ' Ma mère ! pour me recevoir (J'arrive tard, n'importe !)
Md mère, venez vous asseoir, Hélas ! à quelle porte ! —
It souleva le blanc linceul , Puis la eoiSe abaissée ;
Et s'écriant : Me voilà seul !
Il la tint embrassée.
La mère se mit à trembler,
Remua la paupière. . .
Dieu venait de la rappeler De son sommeil de pierre.
Car elle n'avait que dormi , Mais si fort, que son àme
Déjà s'essayait à demi Sur ses ailes de flamme.
Déjoignant les mains elle dit :
C'est mon fils qui m'appelle.
Pourrai-je sortir de mon lit?
Rallumer la chandelle? —
Il l'emporta sur le gazon :
— Mère ! qu'on se dépêche
De regagner notre maison , Car la nuit sera fraîche !
— Pourquoi restons-nous , mon ami , Si tard loin du village?
— Ma mère, vous avez dormi Là-bas sous cet ombrage.
— Mon fils , pourquoi ce long trajet De prairie en prairie?
- Pour vous cueillir un beau bouquet , Car vous êtes guérie.
- Mon enfant, pourquoi passons-nous , Le long du cimetière?
- Ma mère ! tranquillisez-vous , Faites votre prière.