LA FLEUR NOYÉE
Eh bien ! la fleur des vertes cimes, Que j'ai cueillie en son jardin , Jardin penchant sur les abimes , Est-elle morte, morte enfin?
Elle vous plut (sa destinée Etait d'avoir un doux trépas) Elle vous plut une journée :
Ne riez pas.
Nous YOgiûoDS sur vaut eau si belle , Par un* jour d'azur et de feu.
Pauvre fl^u* I vous pritea soin d'elle , Mais m la maltteDant un peu* Lorsqu'elle tournait avec grâce Au bout de vos doigta délicats , Elle rêvait tme autre ptace :
Ne riez pas.
Vous la faisiez courir sur Tonde , Le long du bateau qui fuyait :
On eût dit l'aile bleue et ronde D'un papillon qui se noyait. 0 douce vague soupirante !
Etait-ce donc la seule , hélas !
Qui pût bercer la fleur mourante ?
Ne riez pas.
. f KMf'j ■* '
DORMEZ-VODS?
Dormez- vous , fleurs de la colline?
Vos yeux blevs vontHils se pencher?
Donnez- vous, fontaine argeoline , Dans la mousse , au pied duirodier ?
Dormez-vous, papillons doni l'^le, En passant , jette une étinceUe?
Faut-il parier bas?
Dormez- vous ? —r- Non , je ne dors pas.
Dormez-vous , dans les hautes herbes , Alouette et grillon jaseurs ?
Dormez-vous , sur les pins superbes , Vieux milans, éperviers chasseurs? Dormez-vous , aquilons sauvages , Laissez-vous dormir les nuages?
Faut-il parler bas ?
Dormez-vous? — Non, je ne dors pas.
Dormez- vous , étoiles heureuses ,
Tout dort-il dans yos palais d'or?
Dormez-vous , ouibres vaporeuses , Gomme nous révez-vous encor?
Et malgré ma chanson nouvelle , Vous aussi , donnez- vous, ma belle?
Faut-il parler bas?
Dormez-vous? — Non , je ne dors pas.
Dormez-vous, dou yeux de gazelle?...
Dans mon cœur il n'est donc plus jour. Sous vos eiis, coname sous son aile Dort Toiseau , dormez-vous d'amour ?
Dormez- vous, ou, si je hasarde Un coup-d'ifiil , iaites-vous la garde ,
Vous mo4{uant tout bas?
Dormez-vous? — Non , je ne dors pas.
ME CROIRAS^TB t
Ne me crois pas quand je t'assure Qu'il n'est qu'une belle à mes yeux ;
Ne me crois pas quand je te jure Que dans les tiens je vois les cieux ; Mais si je dis Fadieu suprême A cet amour trop combattu , Où réeho seul me plaint et m'aime , Me croiras-tu?
Ne me crois pas lorsque j'admire Ces traits çharmans , tant de beauté , Et tant de ^àce au doux sourire, Bien qu'unie à tant de forte.
Mais si je venais à prétendne Qu'on n'çst point, belle, esH^t entendu?
Sans être bonne , et méfne tendre , Me croiras-tu?
Ne me crois pas quand , re(bulées , Mes larmes tombent dans mon cœur ; Ne me crois pas quand , dévoilées , Ton œil n'en est que plus.ipoqueur !
Ne me, crpis pas ! mais si ma vie , Comme un oiseau qui s'est perdu , N'a pl^s d'e3Sor, tombe et dévie , Me croiras-tu?
Mr
vrr
L'OISEAC m MAI
Je chante et je babille ; Tout me semble si gai :
Jeune oiseau , jeune fille , Je suis l*Oiseau de mai.
Vous avez beau le dire :
Je soupîref , c*est vrai ; Mais comme l'eau soupire , Cohmie TOisèati de mai.
Dans les prés , sur la rive , Venez ! nous serons deux ; Je ne suis point craintive , Venez! car je le veux.
Au bord du bois sévère , Pour mes 'boucles de' jay, Voyez la primevère. . .
Je suis roiseau de mai.
">•'»» Il t
Si pourtant , quand on aime , On est tranquille , heureux ;
Si l'on reste ie même, Toujours bien amoureux ; Si jamais , froid et sombre , On ne dit : Je m'en vai ; Si Ton s'aime dans Tombre..
Je suis l'Oiseau de mai.