LE VAIN DESIR
Jeune fille, de qui la forme aimable et blanche
A lui sous mes baisers, Ne te dérobe plus sous ces plis amassés
Quand vers toi je me penche !
Ne me fuis point sans cesse, et ne me promets plus
Plus que tu ne donnes.
Est-ce en vain que vers toi d'un élan monotone
Vont mes vœux superflus !
Quand je te presserais sur ma poitrine avide, 'M
Avec mi feu brûlant.
Je n'étreindrais jamais que ton corps indolent
Dont rien n'emplit le vide !
Je ne posséderais de toi que ton contour.
Que ta face physique !
Or, je voudrais t'entendre, ô secrète musique
De l'invisible amour !
LE SOrVEMR
Que j'ai de peine, hélas ! à me la peindre encore Cette rare beauté que le temps décolore, Pour laquelle longtemps je fus plein de ferveur Et dont le souvenir va mourir dans mon cœur ! Comme il m"est difficile en ma mélancolie De raviver ce teint, cette forme qui plie. Ces mouvements d'amour, ce front de perles ceint. Et cette bouche encore et ces bras, et ce sein ! J'ai beau me répéter : c'est ainsi qu'indolente. Sa démarche semblait quelque cadence lente ; C'est ainsi qu'elle était, lorsque par les chemins, Distraite, elle égrenait la rose et les jasmins ; C'est ainsi qu'elle allait vers la source déserte, Quand de ses beaux cheveux elle semblait couverte.
Et que, triste, elle errait d"un pas désordonné
Hélas ! que j'ai de peine à me l'imaginer!