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Herrenberg (1,000 chanteurs) 24 juin

1845. I 3. Tuttlingcn 24 juin 1845.

1845. I 4. Isny (sur le Bodensée) 25 juillet 1845.

Par les listes qui précèdent, par d'autres qui ne peuvent trouver place ici, et par des documents de différente nature, tels que programmes, annonces et comptes rendus de concerts, on arrive à établir approximativement que le nombre des fêtes données en Allemagne par des sociétés de chœurs d'hommes dans une période de vingt années a suivi la progression suivante :

1826, 2; 1827,2; 1828, 2; 1829, 2; 1830, 2; 1831, 3; 1832, 4; 1833, 6 ; 1834, 11; 1835, 13; 1836, 13; 1837,17; 1838, 11; 1839, 23; 1840, 19; 1841, 18; 1842, 20; 1843, 30; 1844, 36; 1845, 47; 1846, 74 : ce qui donne un total de 355 réunions musicales de chœurs d'hommes; chiffre que de nombreuses omissions dans les calculs que l'on a pu faire jusqu'à ce jour rendent sans doute bien inférieur à celui que la réalité pourrait exactement fournir. Toujours est-il que c'est là un résultat considérable d'après lequel on est conduit à penser que le chant pour voix d'hommes deviendra l'une des branches les plus importantes de l'art, et l'un des éléments de moralisation et de civilisation les plus puissants que l'on ait jamais employés. Voici a présent une nomenclature de quelques unes des fêtes de chant les plus remarquables qui ont eu lieu en divers pays depuis 1821, et qui sont destinées par les circonstances intéressantes qui s'y rattachent, ou bien par le mode grandiose de leur organisation, h faire époque dans les annales de sociétés de chœurs d'hommes.

Années.

Nature particulière

Dates du mois, de la fêle. Endroits où elle a Ueu.

Détails particuliers.

25 décembre. .

Pentecôte ....

15 juillet ....

29 mars

10 juillet

9 juillet ....

4 octobre . . .

29 juillet ....

12 juillet ....

juillet ....

4 septembre 25 octobre . . .

5 juin. 23 juin .

24 juin.

8 août.

Berlin (Prusse) Féte des chœurs de soldats de l'armée prussienne.

Birr (Suisse) Première réunion des chanteurs de l'Argow aux funérailles de Peslalozzi.

Baden (Suisse) Troisième réunion des chanteurs de l'Argow, comprenant les sections cho-

rales de quatre districts catholiques et de cinq districts réformés.

Grceditz (Silésie) Fête annuelle de chœurs d'hommes, donnée par les écoles de chant de

Haynau et de Goldberg. On y exécute des morceaux spécialement écrits pour voix d'hommes.

Meiningen Fête de chant de l'association chorale dirigée par Elster et Hummel. 500 in-

dividus du sexe masculin y chantent des Lieder à plusieurs parties.

Nuremberg Féte de chœurs d'hommes célébrée le jour de naissance, de Louis Ier.

Ieua Fête de chant. 400 chanteurs.

Frisch-Haff (Prusse) Fête de chant donnée sur un navire.

Moeskirch Fête des chœurs d'hommes de la Société de Sainte-Cécile.

Mayence Fête de Guttenberg. — Pose de la pierre fondamentale du monument de

Guttenberg.

Iena Fête de chant. Exécution d'un oratorio : les Apôtres de Philippi, composé

et dirigé par le docteur Lœwe.

Munich Jubilé pour la vingt-cinquième année du règne du roi de Bavière. Stunz

dirige un chœur de 800 chanteurs.

Saint-Gall Fête de chant. 900 chanteurs.

Irgendorf Fête des chanteurs suisses de Burgdorf. Exécution fort remarquable de

chœurs chantés par des paysans.

Mayence Inauguration de la statue de Guttenberg. Le Serpent d'airain, oratorio pour

chœurs d'hommes composé par Lœwe. 1,200 chanteurs. Francfort Fête delà création de la Société mozartienne, par Speyer. 730 chanteurs.

Publication d'un album comme monument commémoratif.

Stuttgardt Inauguration du monument de Schiller par \eIJederkraenz.l ,000 chanteurs.

Hcilbronn Fête de chant. 1,000 chanteurs.

Erlangen Deuxième fête des chanteurs franconiens. 400 chanteurs et 100 instru-

mentistes.

Ludwisburg Treizième fête générale de chant du Wurtemberg. 2,300 choristes ou réu-

nion de 74 Licdertafeln.

Archangel (Russie) Fondation d'une société ou réunion de chant allemande.

Bruxelles (Belgique) Concours entre des sociétés de chant. La Liedertafel d'Aix-la-Chapelle

l'emporte.

Detmold Septième fête de chant de l'Allemagne septentrionale célébrée dans la

vallée de Teutoburg. — Pose de la pierre fondamentale du monument de Hermann

Aarau , Première fête de chant de l'Union helvétique. 1,500 chanteurs. Sérénade

donnée à Zschokke.

Plauen Fête de chant et de jeux gymniques du Voigtland (canton de Vaud). On y

remarque des paysans en cheveux blancs, qui chantent à ravir (sic).

Esslingen. Quatorzième fête des chanteurs wurtembergeois. 2,000 chanteurs.

Dresde Grande fête de chœurs d'hommes. 570 chanteurs.

Années.

Nature particulière Dates du mois, de la fête.

Eudroits où elle a lieu.

Détails particulier].

1843. 25 juillet.

1844. 10 février. ...

— 7 juillet....

— 7 juillet.

— 7 juillet.

— 6 août ,

— 1er octobre . . ,

1845. 24 juin

— 19 juillet . . . ,

— août

— 15 septembre

— 15 septembre

1846. l"juin

— 9 août

1847. 27-28 juillet..

— 23-24 août. . .

1848. 13-14 août...

1850. 18 août.

1851. 9 juin.

— 3 août

1852. 26 septembre

1853. juin.

1853. 24-25 juillet.

Zurich (Suisse) Deuxième fête de chant de l'Union helvétique. Dix-neuvième fête de la So-

ciété du lac de Zurich (1). Concours de chant. 2,000 chanteurs de onze cantons.

Manchester (Angleterre). . . Fête musicale à laquelle participe une société de chœurs d'hommes fondée

à Manchester en 1841.

Lubeck (Allemagne) Fête de chant de l'Allemagne septentrionale. 400 chanteurs, ou réunion de

vingt et une Liedertafeln.

Gand (Belgique) Concours de chant. La société de Cologne remporte le prix.

Freising Première fête de chanteurs bavarois. 400 chanteurs, ou réunion de quinze

Liedertafeln.

Meissen Fête de chant de la Saxe. 1,000 chanteurs.

Fondation de la première société autrichienne de chœurs d'hommes par le

docteur Schmidt, rédacteur de la Gazelle musicale de Vienne.

Herrenberg Fête générale de chant du Wurtemberg. 1,000 chanteurs.

Marburg Fête et concours de chant.

Wûrzbourg Première fête générale des chanteurs allemands. 1,900 chanteurs de cent

huit sociétés.

Gotha Troisième fête des chanteurs thuringiens. 1 ,000 chanteurs. — La reine

d'Angleterre, Victoria, y assiste.

Bruxelles Fête et concours de chant. Le premier prix est remporté par la Société des

chœurs d'hommes de Cologne.

Baltimore Concert de chanteurs allemands.

Philadelphie Fête des chanteurs allemands.

Neustadt sur la Haardt. . . . Fête chorale. On y remarque des paysans qui chantent une composition

difficile en style fugué.

Naumburg Deuxième fête annuelle de l'alliance (Saengerbund) des sociétés chorales de

la Saale.

Eisenach Grande fêle de chant de l'alliance des chanteurs thuringiens. Réunion de

vingt-six sociétés de chœurs d'hommes.

Berne Grande fête de l'association des chanteurs réunissant près de 2,500 cho-

ristes. Concours de chant entre dix-huit sociétés de chœurs d'hommes de huit cantons.

Vienne Grand concert de la Société de chœurs d'hommes de Vienne.

Anvers (Belgique) Fête communale d'Anvers. Concours de chant ouvert par l'Association

royale des sociétés lyriques d'Anvers. Plusieurs sociétés étrangères y prennent part. La Société de la Grande-Harmonie de Bruxelles obtient un prix; la Société de chant de Cologne {Maennergesang-Verein) remporte deux prix.

Heilbronn Deuxième fête de l'Association {Saengerbund) des chanteurs souabes, à la-

quelle participent soixante sociétés chorales.

Neustadt-Eberswalde Cinquième fête chorale de l'Association de chanteurs. Trente et une Lie-

dertafeln fournissent leur contingent à cette fête, à laquelle participent en outre 1,000 chanteurs amateurs.

Bruxelles Grand concours de chant d'ensemble entre toutes les sociétés belges par-

tagées en deux catégories : d'un côté les sociétés des communes rurales, au local de la Grande-Harmonie; de l'autre, les sociétés d'ouvriers, ainsi que celles des villes de premier et de second rang, au Temple des Augustins. Des prix sont décernés après le concours.

Londres Arrivée et séjour à Londres, pendant vingt jours, de la Société des chœurs

d'hommes dite Maennergesang-Verein de Cologne. Dix concerts environ sont donnés par cette société au profit de l'œuvre de la construction du dôme de la cathédrale de Cologne; ils rapportent 25,000 thalers. ht Maennergesang-Verein est reçu un lundi, à 9 heures du matin, par la reine Victoria et sa famille, dans le vestibule du palais de Buckingham. — Retour de la société à Cologne le 25 juin. Elle reçoit en présent de la reine Victoria, par l'intermédiaire du consul Curtis, une cruche d'argent ciselé avec des ornements en or et cette inscription : Presenled by Her Majesty queen Victoria to the kolner Maennergesang-Vcreine. In commémoration of their having sung al Buckingham palace upon the 20f/i June 1853. — Une médaille eommémorative est aussi frappée en son honneur.

Goerlitz Grande fête de chœurs d'hommes. Plus de quarante-cinq sociétés chorales

y prennent part, formant un ensemble de 1,100 chanteurs. Concerts donnés en plein air. Concours, le 25, entre les diverses sociétés de chœurs d'hommes (2).

(1) C'est celle dont il a déjà été question dans la nomenclature des fêtes de Zurich.

(2) On trouve des articles détaillés sur toutes ces fêtes, de même que sur les grands festivals et concerts monstres donnés chez différentes nations, dans les revues périodiques et journaux de musique de l'Allemagne, entre autres dans les suivants : Leipziger allgem. musik. Zeitschrift, publié parBreilkopf (ann. 1799 et suiv.); Berliner allgem, musik.

Zeilung, publié par B.-A. Marx (ann. 1805 et suiv.); Wiener allgem. musik. Zeilung, publié par F.-A. Kanne (ann. 1817 et suiv.); Eutonia, publié a Bieslau par Hientzsch (ann. 1825 et suiv.); Cœcilia, publié par les frères Scholl, à Mayence (ann. 1824 et suiv.); Neue Zeilschrifi fur Musik., publié à Leipzig par Robert Schumann (ann. 1832 et suiv.); Neuc allgemeine musik. Zeilung, publié à Vienne par le docteur Aug. Schmidt (ann. 1841 et suiv.); Karlsruher musikalische ZcVschrift, pu-

Il résulte des documents qui précèdent, et qui ne sont cependant autre chose qu'un simple aperçu, que des sociétés de chœurs d'hommes établies dans des pays étrangers à l'Allemagne, ainsi qu'à la Belgique et même à notre continent, par exemple à Manchester dans la Grande-Bretagne, à Archangel en Russie, à Philadelphie et à Baltimore en Amérique, instituent des réunions et donnent des fêtes de chant à l'instar de celles qui se célèbrent au delà du Bhin avec tant d'éclat et une pompe si pittoresque. On va se demander pourquoi je n'ai pas encore cité la France, et si la France doit toujours être nommée la dernière quand il s'agit d'efforts tentés en faveur du progrès de l'art. A vrai dire, jusqu'à une époque assez rapprochée des temps actuels, il semble que la France ait ignoré la manière de former de grandes réunions musicales sur le plan des concerts monstres d'Allemagne et des festivals ou meetings d'Angleterre. Toutefois, sous la première république, elle avait réalisé quelque chose d'analogue dans les ensembles de musique vocale et instrumentale qui concouraient à l'exécution des hymnes et des chants patriotiques les jours de grandes cérémonies nationales. C'est ainsi que la fête de X Etre suprême, au champ de Mars, fut conçue d'une manière tout à fait grandiose; un chœur nombreux de chanteurs s'y fit entendre sous la direction de Gosscc. Cependant il n'est rien résulté de là pour l'objet dont nous nous occupons. Plus tard, on rencontre quelques tentatives isolées de concerts monstres ; mais le charlatanisme mettait souvent dans le programme des promesses que l'on n'avait pas la loyauté de remplir. Les moyens matériels d'exécution laissaient d'ailleurs presque toujours à désirer ; l'art d'exercer les masses, de les faire manœuvrer avec ordre, d'en obtenir un ensemble satisfaisant, restait inaccessible aux directeurs de ces entreprises. 11 appartenait à une association de bienfaisance qui dispose à peu près aujourd'hui de toutes les forces musicales du pays, de concevoir la possibilité de ces grandes solennités artistiques et d'y faire régner un éclat qu'elle seule est en mesure de leur donner.

On a compris que je veux parler de Y Association des artistes musiciens, fondée en janvier 18/i3, par un ami éclaire des lettres, des arts et de l'humanité, M. le baron Taylor, avec le concours de quelques personnes au dévouement desquelles les circonstances m'ont accordé l honneur de pouvoir joindre mes propres efforts. Celte association a déjà donné au bénéfice de sa caisse de secours plusieurs fêtes qui ont obtenu un immense succès et dont les excellents résultats ont servi à la fois les intérêts de l'art et ceux de la charité. A ces diverses fêtes ont participé la fleur des musiciens de France, les sociétés chorales les mieux organisées ; quelquefois des musiques de régiments, ainsi que les chœurs des braves orphéonistes de l'armée. La description de ces fêtes ne rentre pas dans le cadre que je me suis tracé ; mais je ne puis passer sous silence celles qui ont contribué aux progrès du chant choral, et qui, pour la plupart, sont dignes d'être comparées à un grand nombre des festivals d'Allemagne et de Belgique. Je commencerai par la fête de l'alliance des Lettres, des Arts et de l'Industrie, organisée par les comités des six associations de littérateurs, d'artistes (1) et d'industriels. Elle fut donnée au parc et château d'Asnières, le 25 août 1850. Au nombre de ses éléments figurait une partie chorale de la plus grande richesse. Cette partie chorale ne se composait pas seulement des orphéonistes de Paris, des Enfants de Paris, des Enfants de Lutèce, des Orphéonistes de Caen, Rouen, Troyes, Auxerre, Beauvais, Saint-Florentin, Orléans, Melun, Montargis, Sens, Tonnerre, Arcis, elle réunissait encore toutes les sociétés chorales étrangères qui avaient pu se rendre à l'appel des membres de l'Association des artistes musiciens.

Ceux-ci, en effet, non contents de s'adresser à leurs confrères de la province, étaient entrés en relation avec un assez grand nombre de cercles lyriques et philharmoniques des nations belges et allemandes, tels que : h Société des chœurs de Buerle, h Société royale de Mêhul, de Bruxelles: la Société Philomèle, de Louvain ; la Société philharmonique de la Fraternité, de Deguze (Belgique) ; la Société Willems genostscheap, de Gand ; la Société des mélomanes, de Gand ;

blié a Carlsruhe par feu le docteur F.-S. Gassner (ann. 1842 et suiv.); Signale fur die musikalisckeWeU , Leipzig (ann. 1843 et suiv.); Euterpe, publié à Erfurt et Langensalza, par Henlschel (ann. 1841 et suiv.); Teutoniafûr Maennergesang, publié par JuliusOtloet le docteur Schlcdebach, à Dresde (ann. 1846 et suiv.). On possède aussi quelques brochures exclusivement relatives à cet objet. Parmi ces monographies, on doit signaler, comme l'une des plus intéressantes et des mieux écrites, la suivante, qui a pour auteur un savant musicien, M. Galhy : Erinnerung an das erste norddeutsche Musikfest zu Lûbek, von Aug. Galhy; Hamburg, Niemeyev, 1840 {Souvenirs de la première fête musicale

allemande de Lubek, par A. Galhy; Hambourg, 1840, avec pl.). M. Galhy, qui excelle à les décrire, sait aussi donner les meilleurs conseils sur la manière d'organiser ces sortes de fêtes. Déjà, dans plusieurs occasions, on a eu recours, pour cet objet, ù ses lumières et à son expérience, et l'on peut dire qu'il a maintes fois contribué au succès de ces grandes solennités artistiques.

(1) Des auleurs et compositeurs dramatiques ; des gens de lettres ; des arlistes dramatiques; des artistes musiciens ; des artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs; des inventeurs et artistes industriels.

la Société Méhul, d'Anvers; la Société lyrique des artilleurs bourgeois, d'Ath ; la Société musicale des amis réunis, de Waeringhem ; la Société de Saint-Grégoire, de Louvain ; la Société Rolland de Latre, la société dite de Y Echo de l Escaut; la Société de Gauthier, de Soignies ; la Société des amis réunis, de Gand ; la Société lyrique, de Synghen ; la Concordia, de Bonn (Prusse) ; la Société d'Orphée, de Liège (1). Ainsi, pour la première fois, et grâce aux facilités accordées par les directeurs de chemins de fer, les sociétés lyriques de la Belgique et de !a Prusse rhénane fraternisèrent avec les nôtres. Sur quel nohle et utile appui n'avons-nous pas lieu de compter quand la grande ligne de Strasbourg, mettant les chemins de fer d'outre-Bhin en correspondance avec les nôtres, les artistes de l'Association française pourront inviter leurs confrères des contrées les plus recalées de l'Allemagne à venir embellir nos fêtes de bienfaisance (2).

Les masses chorales réunies pour la solennité du 2 août 1850 étaient dirigées par un de nos plus habiles ordonnateurs de fêtes de chant d'ensemble, M. Eugène Delaporte, assisté de ses collaborateurs les plus actifs et les plus dévoués. Elles formaient une réunion totale d'environ deux mille voix. Les orphéonistes exécutèrent différents morceaux et remportèrent tous les suffrages dans la Cantate de l'alliance. En cette circonstance, d'ailleurs, ils se distinguèrent sous plusieurs rapports, c'est-à-dire non seulement par leur manière de chanler, mais encore par leur esprit de concorde et par leurs sentiments hospitaliers. Les orphéonistes de Paris, entre autres, de leur propre mouvement et sans y avoir été obligés par les conditions réglementaires du programme, allèrent se placer en députation aux embarcadères des chemins de fer pour recevoir leurs confrères de la province et de la Belgique, et pour les conduire dans les logements qu'ils avaient retenus et préparés pour eux. Quelque temps après cet heureux commencement de nos rapports fraternels avec les artistes des autres pays, un grand concours de chant d'ensemble fut ouvert à Bruges. Toutes les sociétés chorales de la Belgique s'y disputèrent la palme. Le comité de l'Association des artistes musiciens, dans le but de rendre de plus en plus intimes les bonnes relations qui existent déjà entre les musiciens belges et l'association française, décida à l'unanimité, sur la proposition de son honorable président, M. le baron Taylor, qu'une médaille d'or de la valeur de cent francs serait offerte en prix par l'Association des artistes musiciens de France à l'une des sociétés victorieuses. Celte médaille, désignée au programme du concours sous le titre de Prix d'honneur, fut décernée par le jury de Bruges à la Société des chœurs de Gand. A la suite de cet événement, M. Vakenoerc, président du concours, fut délégué auprès du comité de l'Association des artisîes musiciens, afin de lui apporter l'expression verbale des sentiments de confraternité qui animent les sociétés belges.

Ayant entrepris de relater les principaux faits qui ont contribue depuis peu parmi nous au développement du chant d'ensemble, je ne saurais me dispenser de parler encore ici d'un festival donné à Strashourg le 27 novembre 1850. avec le concours des soldats chanteurs de la garnison, sous les bienveillants auspices de l'autorité militaire, notamment du général Magnan, qui commandait alors les troupes de la division de l'Est. Les chœurs qui s'y firent entendre furent très applaudis, et ce fut justice, car ils firent preuve d'une grande sûreté d'attaque et d'une grande précision dans l'exécution de plusieurs morceaux chantés sans accompagnement (3). Ce sont là des progrès qui méritent d'être signalés et dont la France déjà peut s'enorgueillir. Mais ce qui assure de la manière la plus positive un avenir de splendeur à nos réunions de chant, c'est le rôle important assigné aux sociétés chorales dans le congrès musical organisé par les soins de l'Association et tenu à Troyes les 1er, 2 et 3 juin de l'année 1851. Jamais imagination d'artiste ne rêva une fête plus belle. La première journée de ce festival fut remplie par des concours de chant d'ensemble et de musique militaire ; la deuxième par l'exécution de la messe de Y Orphéon et par un concert de musique religieuse ou concert spirituel; enfin, la troisième par un grand concert vocal et instrumental. Les armées chantantes qui figuraient dans le premier tournoi se composaient de la députation de la Société de Leerne Saint-Martin, arrondissement de Gand ; de la Société des chœurs, de Gand ; des Orphéonistes lillois; de la Société des enfants de Paris; de Y Orphéon du Conservatoire de Paris ; de Y Orphéon de Sens ; de YOrphéon de Nemours ; de la députation de Y Orphéon de Nogent ; de la Société de l'Orphéon de Troyes, de Y Ecole normale; des élèves du collège et des élèves de l'école de chant des

(1) Toutes ces sociétés ont cordialement répondu à l'appel de l'Asso- et celles qui n'ont pu y assister en corps se sont fait représenter par un

dation des artistes musiciens. Elles seraient toutes venues à la fêle si certain nombre de délégués,

les inondations de la Belgique et les sinistres qu'elles occasionnèrent (2) Ces lignes étaient écrites avant 1852.

n'eussent été, pour quelques unes d'entre elles, un insurmontable (3) Voy. dans la Revue et Gazette musicale, 22 décembre 1850,

obstacle. Néanmoins presque toutes ont pris part à cette grande solennité, l'article où j'a! rendu compte de cette solennité.

écoles communales. Après leur réunion dans la salle du concours disposé dans l'inlérieur de la halle au blé de Troyes, les membres du jury prirent place sur les bancs qui leur étaient réservés, et la musique du 8e hussards, placée audessus des gradins occupés par les orphéonistes, joua un morceau pour annoncer l'ouverture du concours. L'école normale de Troyes entra la première en lice; elle fut suivie des élèves du collège qui chantèrent un chœur, puis des élèves des écoles communales qui exécutèrent aussi un morceau. Les élèves du collège et des écoles communales furent suivis à leur tour par l'Orphéon de Sens et celui-ci par les Orphéons de Nemours et de Troyes. Vint ensuite l'Association des enfants de Paris, laquelle succéda à l'Orphéon de Lille, et finalement les chanteurs de Gand. Les résultats de ce concours donnèrent lieu à la distribution des récompenses suivantes, distribution qui se fit le deuxième jour du congrès.

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