‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 31 sur 69 · LB CHOEUR · texte numérisé non relu

LB CHOEUR

Allons, déployez tous les deux.

Pour vous disputer la victoire.

Les trésors de l'art oratoire; Pensers profonds, mots chaleureux.

Ici de la philosophie S'agite aujourd'hui le destin; On l'attaque, on la glorifie.

On commence un combat sans fin.

(Au Juste.) loi qui couronnas nos pères De tant de gloire et de vertu.

Pour la cause que tu préfères Parle, et dis-nous, qu' enseignes-tu?

LE JUSTE

Pour défendre ma cause, il convient que j'explique

Quelle éducation avait la Grèce antique,

Alors que la justice était dans tous les cœurs.

Dans ces jours florissants riaient les bonnes mœurs;

La voix d'aucun enfant n'osait se faire entendre^

Et quand les jeunes gens chez leur mattre allaient prendre

Leur leçon de musique, en ce temps qui n*est plus,

Ils marchaient en bon ordre, ensemble, toujours nus,

La neige tombât-elle à flot sur leur poitrine,

Ainsi que d'un tamis une blanche farine ;

Arrivés chez le maître, assis avec pudeur ,

Us répétaient nos chants de guerre tous en chœur,

Et n'altéraient jamais cette mâle harmonie

Des airs par les aïeux transmis à la patrie.

Si l'un deux eût osé rire comme un bouffon.

Ou, des hymnes sacrés amollissant le ton.

Mêler aux vieux accords les notes parasites.

Dans nos chants énervés par Phrynis introduites,

11 eût été soudain frappé, chassé, honni;

Car des Muses en lui Von eût vu l'ennemi ;

Au gymnase évitant tout signe de licence.

Ils devaient se poser toujours avec décence;

Ils ne se montraient pas de roses couronnés,

L'œil lascif, et la voix aux sons efféminés;

Ils ne devaient manger ni céleri ni grive, Ni l'anis favorable aux vieillards qu'il ravive.

l'injuste.

Comme tout cela sent le vieux temps, vieux barbon !

LE JUSTE

Oui, le temps qui forma les Grecs de Marathon ! Maintenant ils sont tous, dès leurs jeunes années. Couverts de vêtements; lorsqu'aux Panathénées Ils dansent, je m'indigne en les voyant, hélas ! Tenir leur bouclier sans penser à Pallas.

C'est pourquoi, si tu veux être pur, intrépide, N'hésite pas, jeune homme, à me chosir pour guide : J'instruirai ta jeunesse à haïr les procès; A ta vertu, des bains j'interdirai l'accès; Tu seras plein d'horreur pour les choses obscènes. Et tu t'indigneras quand les roués d'Athènes Riront de ta candeur. Irréprochable en tout.

En face des vieillards tu te tiendras debout; Envers ceux dont l'amour éleva ton enfance, Tu ne te permettras aucune irrévérence; Jamais rien de honteux n'entrera dans ton cœur; Car on doit voir l'image en loi de la pudeur.

Tu n'iras pas l'asseoir au milieu des danseuses, De crainte qu'épiant tes langueurs amoureuses, L'impure courtisane, aux banales amours, Ne te jette la pomme et ne souille tes jours ; On ne t'entendra pas contredire ton père, Ni rire impudemment de sa vieillesse austère. Celui qui t'éleva sera sacré pour toi.

Et tu vivras en tout selon l'ancienne loi !

• l'injuste.

Crois-le, jeune homme, allons, et par Bacchus je jure Que d'un franc idiot tu vas avoir l'allure.

Au gymnase toujours on te verra briller.

Et non, ainsi que font tant d'autres, babiller Sur la place publique, et perdre tes paroles En procès éternels pour des sujets frivoles.

A ta ruine ainsi l'on pourrait t'entrainer; Mais à l'Académie allant te promener.

Suivi d'un sage ami, modeste et de ton âge.

Des oliviers sacrés tu chercheras l'ombrage; La tète couronnée avec des joncs en fleur, Tu jouiras alors de la suave odeur

— îil — Que le peuplier Manc et le smilax r^^andeiu Aux beaux jours du printemps, quand les ormes éteudeni Leurs rameaux enlacés aux platanes ombreux^ Mariant dans les airs des bruits harmonieux.

Jeune honmie, si tu suis les paroles du juste* Tu garderas toujoiurs la poitrine robuste.

Les épaules d'Hercule et le teint yif et frais, Le corps et l'esprit sains; mais, si tu te livrais A ces infâmes mœurs que la débauche étale, On verrait ta poitrine étroite, ton teint pâle ; Tes épaules perdraient leur force et leur largeur, Et l'esprit de chicane entrerait dans ton cœur.

(Montrant Tlnjoste.) Lui te fera trouver la vertu vicieuse.

Le vice vertueux; crains sa langue menteuse ; Fuis cet homme, ou tu vas, ne te respectant plus. Te couvrir d'infamie ainsi qu'Antimachus !

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