‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 12 sur 90 · AUTRE CHANSON · texte numérisé non relu

AUTRE CHANSON

L'aube naît et ta porte est close !

Ma belle, pourquoi sommeiller?

A l'heure où s'éveille la rose Ne vas-tu pas te réveiller?

0 ma charmante, Écoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi !

Tout frappe à ta porte bénie.

L'aurore dit : Je suis le jour !

L'oiseau dit : Je suis l'harmonie!

Et mon cœur dit : Je suis l'amour !

0 ma charmante, Écoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi !

Je t'adore ange et t'aime femme.

Dieu qui par toi m'a complété A fait mou amour pour ton âme Et mon regard pour ta beauté.

0 ma charmante, Écoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi !

Février 18.

Oh ! pour remplir de moi la rêveuse pensée,

Tandis que tu m'attends, par la marche lassée.

Sous l'arbre au bord du lac, loin des yeux, importuns,

Tandis que sous tes pieds l'odorante vallée,

Toute pleine de brume au soleil envolée,

Fume comme un beau vase où brûlent des parfums ;

Que tout ce que tu vois, les coteaux et les plaines. Les doux buissons de fleurs aux charmantes haleines,

La vitre au vif éclair, Le })ré vert, le sentier cpii se noue aux villai^cs, Et le ravin profond débordant de feuillages

Comme d'ondes la mer,

poKsii;. — m. 17

Que le bois, le jardiu, la maison, la nuée,

Dont midi ronge au loin l'ombre diminuée,

Que tous les points confus qu'on voit là-bas trembler,

Que la branche aux fruits mûrs, que la feuille sécbée,

Que l'automne, déjà par septembre ébauchée,

Que tout ce qu'on entend ramper, marcher, voler,

Que ce réseau d'objets qui t'entoure et te presse,

Et dont l'arbre amoureux qui sur ton front se dresse

Est le premier chaînon, Herbe et feuille, onde et terre, ombre, lumière et flamme. Que tout prenne une voix, que tout devienne une âme,

Et te dise mon nom !

Eiiiihicii, li septembre 1834.

Puisque j'ai mis ma lèvre à la coupe encor pleine; Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli; Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire Les mots où se répand le cœur mystérieux ; Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j'ai vu briller sur ma tète ravie Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ; Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dii-e aux rapides années :

— Passez! passez toujours! je n'ai plus à vieillir!

Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées;

J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir!

Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli. Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre ! Mon cœur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !

1"' janvier 1835. Minuit et demi.

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