‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 14 sur 90 · A MADEMOISELLE J · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE J

L'ombre en mon cœvir s'est (épanchée ; Sons mes prospérités cachée La douleur pleure en ma maison ; Un ver ronge ma grappe mûre; Toujours un tonnerre murmure Derrière mon vague horizon.

L'espoir mène à des portes closes.

Celte terre est pleine do choses Dont nous ne voyons qu'un côté.

Le sort de tous nos vœux se joue; Et la vie est comme la roue D'un char (hins la poudre emporté.

A mesure que les années, Plus pâles et moins couronnées, Passent sur moi du haut du ciel.

Je vois s'envoler mes chimères Comme des mouches éphémères Qui n'ont pas su faire de miel.

Vainement j'attise en moi-même

L'amour, ce feu doux et suprême

Qui hrùhï sur tous les trépieds,

Et toute mon àme enflammée

S'en va dans le ciel en fumée

Ou lomhe eu cendre sous mes pieds.

Mon étoile a fui sous la nue.

La rose n'est plus revenue Se poser sur mon rameau noir.

Au fond de la coupe est la lie, Au fond des rêves la folie, Au fond de l'aurore le soir.

Toujours quelque bouche flétrie.

Souvent par ma pitié nourrie, Dans tous mes travaux m'outragea.

Aussi que de tristes pensées, Aussi que de cordes brisées Pendent à ma lyre déjà !

Mon avril se meurt feuille à feuille; Sur chaque branche que je cueille Croît l'épine de la douleur; Toute herbe a pour moi sa couleuvre ; Et la haine monte à mon œuvre Comme un bouc au cvtise en fleur!

La nature grande et touchante,

La nature qui vous enchante,

Blesse mes regards attristés.

Le jour est dur, l'aube est meilleure.

Ilélas ! la voix (|ui me dit : Pleure!

Est celle (jui vous dil : Chantez!

A MADEMOISELLK J. 139

Chantez ! chantez ! helle inspirée !

Sahiez celte aiihe dorée

Qui jadis aussi m'enivra.

Tout n'est pas sourire et lumière.

Quelque jour de votre pau})ière

Peut-être une larme éclôra !

Alors je vous plaindrai, pauvre àme !

Hélas ! les larmes d'une femme, Ces larmes où tout est amer, Ces larmes où tout est sublime, Viennent d'un [)Ius profond abîme Que les gouttes d'eau de la mer !

1" niais 1835.

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La pauvre Heur disait au papillon céleste :

— Ne fuis pas !

Vois comme nos destins sont différents. Je reste,

Tu t'en vas !

Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes

Et loin d'eux.

Et nous nous ressemblons, et l'on dit que nous sommes

Fleurs tous deux !

Mais hélas ! l'air t'emporte et la terre m'enchaîne.

Sort cruel !

Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine

Dans le ciel !

142 LES CHAiMS DU GRËPUSCULE

Mais non, tu vas trop loin! Parmi des fleurs sans nombre

Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre

A mes pieds.

Tu fuis, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore

Luire ailleurs.

Aussi me trouves-tu toujours à cbaque aurore

Toute en pleurs !

Oh! pour que notre amour coule des jours fidèles,

0 mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes

Comme à toi ! —

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