‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 56 sur 90 · A M. LE D. DE · texte numérisé non relu

A M. LE D. DE

Oh ! respectez, enfant d'un siècle où tout se vend, Rome morte à coté d'un village vivant!

Que votre piété, qui sur tout veut descendre, Laisse en paix cette terre ou plutôt cette cendre ! Vivez content! dès l'aube, en vos secrets chemins, Errez avec la main d'une femme en vos mains ; Contemplez, du milieu de tant de douces choses. Dieu qui se réjouit dans la saison des roses; Et puis, le soir, au fond d'un coffre vermoulu, Prenez ce vieux Virgile où tant de fois j'ai lu; Cherchez l'ombre, et, tandis que dans la galerie Jase et rit au hasard la folle causerie, Vous, éclairant votre âme aux antiques clartés. Lisez mon doux Virgile, ô Jule, et méditez !

Car les temps sont venus qu'a prédits le poète. Aujourd'hui, dans ces champs, vaste plaine muette, Parfois le laboureur, sur le sillon courbé. Trouve un noir javelot qu'il croit des cieux tombé. Puis heurte pêle-mêle, au fond du sol qu'il fouille. Casques vides, vieux dards qu'amalgame la rouille, Et, rouvrant des tombeaux pleins de débris humains. Pâlit de la grandeur des ossements romains !

Mai 183».

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