‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 73 sur 90 · UN JOUR DE FETE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

UN JOUR DE FETE PUBLIQUE

— Allons, dit-elle, encor ! pourquoi ce front courbé? Songeur, dans votre puits vous voilà retombé ! A quoi bon pour rêver venir dans une fête?

Moi je lui dis, tandis qu'elle inclinait la tête.

Et que son bras charmant à mon bras s'appuyait :

— Oui, c'est dans cette place où notre âge inquiet Mit une pierre afin de cacher une idée, C'est bien ici qu'un jour, de soleil inondée,

La grande nation dans la grande cité

Vint voir passer en pompe une douce beauté,

Ange à qui l'on rêvait des ailes repliées,

Vierge la veille encor, des jeunes mariées

Ayant l'étonnement et la fraîche pâleur.

Qui, reine et femme, étoile en même temps que fleur,

Unissait, pour charmer cette foule attendi'ie,

Le doux nom d'Antoinette au beau nom de Marie !

Son prince la suivait, ils souriaient entre eux,

El tous en la voyant disaient : Qu'il est heureux ! —

Et je me lus alors, car mon cœur était sombre;

La laissant contempler la fête aux bruits sans nombre.

Le fleuve où se croisaient cent bateaux pavoises,

Le peuple, les vieillards à l'ombre reposés,

Les écoliers jouant par bandes séparées.

Et le soleil tranquille, et, de joie enivrées.

Les bouches qui, couvrant l'orchestre aux vagues sons,

Jetaient une vapeur de confuses chansons.

Moi, vers ce qui se meut dans une ombre éternelle. Je m'étais retourné. L'âme est une prunelle.

Oh ! pensais-je, pouvoir étrange et surhumain De celui qui nous tient palpitants dans sa main ! 0 volonté du ciel ! abîme où l'œil se noie ! Gouffre où depuis Adam le genre humain tournoie ! Comme vous nous prenez et vous nous rejetez !

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